Cannabis verbalisé entre 150 et 200 euros : le gouvernement reconstruit la ligne Maginot

Bonjour

Mardi. Le Monde prolonge heureusement l’actualité addictive et politique dominicale en interrogeant Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction. Comme nombre de ses confrères soignants M. Couteron ne se fait aucune illusion sur l’impact sanitaire de la mesure phare du rapport parlementaire : mise en place d’une amende ou d’une contravention de 150 à 200 euros pour usage de cannabis.

« Cette réforme ne marquera pas un changement fondamental dans la politique à l’égard du cannabis et des stupéfiants. C’est un toilettage de la pratique policière, pas une mesure de santé publique. Nous aurions souhaité qu’on se demande comment aller à la rencontre des millions de consommateurs, et notamment les mineurs. Or ceux-ci ne seront pas concernés 1.Seules les 140 000 personnes interpellées chaque année pour usage le seront. On est donc bien en dessous de tout seuil d’efficacité. »

M. Couteron oublierait-il les avantages d’une réponse « immédiate et systématique » ?

« En leur temps, le rappel à la loi, l’injonction thérapeutique ou les stages  »stupéfiants »  nous avaient déjà été vendus comme des mesures  »rendant la sanction plus efficace  ». L’amende ou la contravention viendront donc s’ajouter à cette liste. Car contrairement à ce qu’on peut croire, la sanction policière n’est pas le meilleur outil d’accès aux soins ou de motivation au changement. »

Le troublant silence d’Agnès Buzyn

 Plus généralement le président de la Fédération Addiction dénonce ce qu’il perçoit comme un énorme décalage entre la réalité qu’il connaît et la vision qu’en ont les politiques :

« A l’heure des achats sur Internet, de l’autoproduction ou de la livraison à domicile, je ne crois pas qu’il soit possible de lutter contre le cannabis en asséchant le marché. Les politiques qui le croient ont une vision du marché du cannabis qui date. Ils ont un schéma de guerre de 14-18 face à des gens qui sont au XXIe siècle. Je m’interroge d’ailleurs sur les silences de la ministre de la Justice et de la ministre de la Santé sur cette question. »

Que Jean-Pierre Couteron se rassure, il n’est pas le seul à s’interroger sur ces silences. Sans parler de celui d’Emmanuel Macron qui, candidat au poste de chef de l’Etat, avait fait de la prévention la clef de voûte de son action.

A demain

1 L’amende forfaitaire délictuelle proposée par le rapport parlementaire n’est pas applicable aux mineurs, soumis à une justice spécifique. Or ces derniers représentent 17 % des usagers interpellés. Les spécialistes estiment que la moitié des jeunes de 17 ans ont, en France, déjà « expérimenté » le cannabis que 10% % sont des consommateurs réguliers.

 

 

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