Drogues : les ados français ne consomment plus pour transgresser mais pour être « normaux »

Bonjour

Dans un monde logique ce sont des résultats précieux dont le politique s’emparerait : ceux de l’étude ARAMIS, disponible depuis peu sur le site de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) 1. Soit un travail mené entre 2014 et 2017 (entretiens individuels et collectifs) auprès de 200 jeunes (13-18 ans) issus de milieux sociaux diversifiés en France métropolitaine. ARAMIS : Attitudes, Représentations, Aspirations et Motivations lors de l’Initiation aux Substances psychoactives.

Cette étude explore leurs motivations à consommer des drogues (principalement de l’alcool, du tabac et du cannabis), leurs perceptions selon les substances ainsi que leurs connaissances des risques. Elle retrace aussi les trajectoires de consommation. L’enquête ARAMIS souligne aussi la perception largement partagée par les jeunes d’un environnement (familial, amical, social mais aussi culturel, via, par exemple, l’impact de séries très populaires) favorable aux usages, marqué par l’omniprésence des occasions de consommer et l’offre des produits.

Ces éléments apparaissent d’autant plus incitatifs qu’ils vont de pair avec une relative facilité d’accès à des substances légalement interdites de vente aux mineurs (alcool et tabac) ou illicite (cannabis).

La rencontre avec les « produits » ?  Une expérience banalisée, à laquelle il est difficile de se dérober à l’adolescence. Avec cette observation :

« Dans ce contexte d’accessibilité aisée à des produits en théorie prohibés, les initiations relèvent davantage d’un désir de conformité sociale que d’une transgression. La curiosité, l’angoisse de passer à côté d’une expérience et surtout la volonté d’adhésion au groupe sont principalement évoquées à propos de l’envie de ‘’tester’’ ».

Derrière cet « enjeu central de sociabilité » et de « renforcement des liens avec les pairs » se cachent des différences selon les substances addictives :

Tabac : Le contact initial est toujours rapporté de façon négative – y compris parmi ceux qui se flattent d’avoir ensuite surmonté cette « épreuve » et leur répulsion initiale.

Alcool : Les jeunes relatent avoir le plus souvent d’abord goûté très jeunes – au sein du cercle familial. Les avis sont moins univoques, singulièrement quand il s’agit de l’initiation festive entre amis quelques années après la première expérience.

Cannabis : Sa découverte est plutôt jugée positivement par comparaison à celle du tabac – a fortiori quand il s’agit d’herbe.

Dans la « hiérarchie des dommages », le tabac est fortement stigmatisé alors que la nocivité de l’alcool ou du cannabis paraissent minimisées. D’où, malgré tout, cet espoir (lointain) de dénormalisation de la consommation de tabac (qui concerne toujours aujourd’hui un adolescent sur trois)  :

« Le tabac est en effet jugé très dangereux tant pour son pouvoir addictif que pour ses graves conséquences sanitaires (auxquelles de nombreux adolescents sont confrontés dans leur contexte familial). Il en résulte une représentation fortement dégradée du tabac et un processus de dénormalisation de son usage qui distingue cette génération des précédentes.

« Les risques du cannabis semblent pour leur part assez largement ignorés. À rebours de la disgrâce du tabac, le cannabis, et surtout l’herbe, bénéficient d’une image positive et dédramatisée. L’herbe en vient même à être valorisée pour ses vertus médicinales(…) une multiplicité de motivations sont mises en avant : relaxation, apaisement, distraction, endormissement, auto-thérapie… mais aussi des fonctions stimulantes pour affronter contraintes et difficultés. »

Et puis, encore, ceci, qui renvoie aux vieux propos marxistes sur la religion dans ses connexions avec l’opium et le peuple :

« D’autres jeunes gens, minoritaires en nombre mais qui portent un discours résolu, se tiennent délibérément à l’écart des usages. Leur démarche volontariste face à un certain conformisme ambiant peut correspondre au désir de s’opposer, par exemple, à un historique familial de consommations excessives et à des représentations négatives de personnes dépendantes.

 « L’abstinence à l’adolescence peut enfin être liée au facteur religieux. Concernant, les discours des jeunes de confession musulmane, l’enquête ARAMIS témoigne des tensions qui peuvent exister à propos de l’alcool entre une aspiration à consommer et l’interdit religieux relayé au sein du cercle familial; cet interdit est aussi évoqué à propos des usages de tabac et de cannabis. »

Dans une France logique ce sont là des résultats dont le politique laïc s’emparerait pour aider à bâtir un monde meilleur.

A demain

1 Ivana Obradovic, , « Représentations, motivations et trajectoires d’usage de drogues à l’adolescence », Tendances n°122, OFDT 2017, 8 p. https://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/eftxioy1.pdf

 

4 réflexions sur “Drogues : les ados français ne consomment plus pour transgresser mais pour être « normaux »

  1. Pour faire vite, et sans vouloir jouer le donneur de lecon, c’est pas faute de l’avoir dit et écrit, etc… A suivre

    >

  2. Bonjour,
    Pouvez-vous m’expliquer votre phrase de conclusion ? elle est écrite dans un style « vous voyez très bien où je veux en venir », mais je ne vois pas du tout. Il me semble que face à de tels résultats, le « politique laïc » ne peut qu’être déchiré entre deux aspirations contradictoires : la réduction de l’influence de la religion (musulmane) dans la société et la réduction des conduites addictives des jeunes.
    Ou alors on ne se comprend pas sur le sens du mot laïcité (ce ne serait pas étonnant, il y en a 60 millions de définitions par les temps qui courent)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s