Méthadone mortelle, « chemsex » à la mode, alcools et conflits d’intérêts à l’Elysée  

Bonjour

Dernières nouvelles en provenance du font de la lutte contre les drogues et des addictions.

Méthadone. C’est un communiqué de presse de la Fédération Française d’Addictologie : « Risques d’overdoses et de décès liés à la méthadone ». Il y a quelques jours le bilan à neuf ans du suivi d’addictovigilance et de toxicovigilance (pour les formes sirop et gélule de la méthadone) a été présenté à la Commission des stupéfiants et psychotropes de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé : « Retour sur la séance du 1er février 2018 de la Commission des stupéfiants et psychotropes ».

La méthadone « forme sirop » est indiquée dans le « traitement substitutif des pharmacodépendances majeures aux opiacés dans le cadre d’une prise en charge médicale, sociale et psychologique ». Quant à la « forme gélule », elle est indiquée « en relais de la forme sirop chez des patients traités par la forme sirop depuis au moins un an et stabilisés, notamment au plan médical et des conduites addictives ».

Qu’apprend-on ? Que 5,9 % des consommateurs de méthadone l’ont obtenu illégalement en 2008 (contre 9,7 % en 2016) avec une augmentation des cas nécessitant une prise en charge hospitalière. Que l’on observe une augmentation, durant la neuvième année du suivi : de la consommation de méthadone par des sujets naïfs ou occasionnels, du nombre de patients ayant présenté un coma profond et du nombre de patients ayant fait une tentative de suicide.

On estime que le taux de décès par méthadone est de 2 décès pour 1 000 patients traités – six fois plus élevé avec la méthadone qu’avec la buprénorphine et 4,5 fois plus élevé qu’avec l’héroïne. L’analyse des données met également en évidence des prescriptions de méthadone hors AMM dans la douleur et dans certains cas ne respectant pas les recommandations de 2010 (douleurs rebelles en situation palliative avancée – complexité de la titration et extrême importance de la surveillance des patients). Une demande d’AMM pour la méthadone dans le traitement de la douleur est en cours d’instruction.

La Commission des stupéfiants et psychotropes « s’est interrogée sur l’accessibilité de la méthadone en France et plus particulièrement sur les raisons de son obtention illégale ».

« ChemSex » ; soit l’usage de substances psychoactives avant ou pendant les relations sexuelles afin d’améliorer performance, durée et plaisir sexuel. Le « Slam » désigne quant à lui l’injection de substances psychoactives psychostimulantes dans ce même contexte sexuel. Le « ChemSex » peut avoir des conséquences sanitaires individuelles (addictions, complications somatiques) et collectives  (transmission d’infections virales ou bactériennes) très importantes, rappellent les spécialistes. En 2016, un signal d’addictovigilance avec des décès en lien avec la pratique du « ChemSex » avait alerté l’ANSM. Au vu des risques liés à cette pratique et du nombre de décès rapportés au réseau d’addictovigilance, une mise à jour du rapport précité a été réalisée.

Les données de cette mise à jour qui porte sur les risques liés à la pratique du « ChemSex» (Slam inclus) sur la période de janvier 2014 à août 2017 font état : – d’une augmentation du nombre de cas notifiés ; – d’une population plus jeune ; – d’une répartition géographique nationale plus homogène ; – d’une évolution des substances psychoactives utilisées ; – de risques cardiovasculaires, neuropsychiques (suicides) et d’addiction plus importants ; – de comas et décès plus nombreux. Aucun chiffre n’est ici malheureusement donné.

L’alcool et l’Elysée. Alerte de plusieurs associations de lutte contre les addictions.  L’affaire remonte à mai 2017 et concerne Audrey Bouroleau nommée au Palais de l’Elysée après avoir été déléguée générale de « Vin et Société ». Nous avions alors évoqué ce qui avait été présenté comme une percée du lobby alcoolier.

« Huit mois plus tard, ce risque est confirmé alors que la filière vin se félicite du rôle joué par l’ex-lobbyiste pour aider la filière à obtenir ce qu’elle « n’avait jamais obtenu précédemment, écrivent les associations. Les professionnels du vin ont remis le 29 janvier 2018 leur plan de filière. Depuis le 15 décembre, ils refusaient de le transmettre au Ministre de l’Agriculture tant qu’ils n’auraient pas obtenu une « clarification de la politique de santé publique à l’égard du vin ». En cause, la Stratégie nationale de santé 2018-2022 qui inclut l’alcool – et non le vin pris isolément – dans les « substances psychoactives licites ou illicites » au même titre que le tabac . Une vérité scientifique alors que l’alcool est à l’origine chaque année en France de près de 50 000 décès prématurés et la 2ème cause de mortalité routière.

« Grâce à l’action de Audrey Bourolleau, ‘’ conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural’’ du Président de la République, ces professionnels se félicitent aujourd’hui d’avoir eu gain de cause et même au-delà. Selon l’un des porte-paroles de la filière, un courrier du Président de la République aurait répondu à leurs attentes et notamment d’obtenir ‘’deux points majeurs, que nous n’avions jamais obtenus précédemment’’. En l’occurrence, la reconnaissance des acteurs du vin comme des acteurs de prévention et donc un acteur légitime auprès du ministère de la Santé. »

Les associations « ne remettent pas en cause le droit des producteurs d’alcool à faire valoir leurs arguments sur leur situation économique ou les normes des productions ». En revanche elles « alertent sur le danger d’en faire des acteurs de prévention ». Conflits d’intérêts ? Pour l’heure le Palais de l’Elysée est muet – et le ministère de la Santé se tait.

A demain

 

 

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