Autisme et polémiques : l’addiction aux écrans, nouvelle héroïne des petits enfants ?  

Bonjour

Choc des présents. Une  tribune collective dans Le Monde qui va alimenter de nouvelles polémiques ; une autre, solitaire et institutionnelle, pleine de bonnes intentions mais comme déconnectée des sujets d’actualité.

Dans la première ce sont des professionnels du soin, de la prévention, et des chercheurs 1 qui dénoncent une série  d’informations « à caractère sensationnel » diffusées notamment sur France 2 et RMC. Extraits :

« Nous sommes des professionnels du soin, de la prévention, et des chercheurs spécialisés dans le champ de la petite enfance, de l’enfance, de l’autisme, et de l’addiction. Conscients des dangers des écrans chez les plus jeunes, nous souhaitons pourtant témoigner de nos inquiétudes face aux affirmations erronées dont certains médias se font l’écho, notamment dans le reportage d’« Envoyé spécial » « Accros aux écrans » (18 janvier, France 2).

« Depuis quelque temps, des vidéos circulent sur le Net : des signes d’autisme surviendraient chez des tout-petits très exposés à la télévision. Des chiffres effrayants sont avancés : un enfant sur vingt, dans chaque classe d’âge, dans une ville donnée. Des chiffres cinq fois supérieurs aux statistiques communément citées sur la prévalence des troubles du spectre autistique ! Enfin, affirmation tout aussi fantaisiste, il nous est assuré que la suppression des écrans conduit dans la majorité des cas à la disparition des symptômes en un mois.

Une référence qui n’est pas sans faire songer à l’affaire évoquée dans un papier de ce blog 2.  

« Ces vidéos évoquent de très nombreux enfants exposés aux écrans 6 à 12 heures par jour, ceci même en l’absence de problématique sociale ou familiale précise-t-onOr un enfant laissé de façon aussi importante devant un récepteur est de facto victime d’une carence éducative et/ou affective grave. Si la régulation de cette consommation est indispensable, elle ne suffira en aucun cas à compenser l’ensemble des effets du défaut de soins sur le développement de l’enfant. A l’évidence de telles situations requièrent une prise en charge pluridisciplinaire rapide et conséquente. »

Pour les auteurs, aucune étude à ce jour ne permet d’établir une relation de causalité entre consommation d’écrans et autisme. Ce qui est en revanche fréquemment constaté, c’est un intérêt précoce des enfants atteints de troubles autistiques pour les écrans, qui prend une forme répétitive et qui est en lien avec leurs particularités cognitives. Ne passons pas à côté de troubles développementaux en chargeant les écrans de tous les maux !

Ils ajoutent qu’un autre épouvantail est aujourd’hui agité dans le débat public concernant les très jeunes enfants : celui de l’addiction aux écrans. Et de rappeler que cette addiction n’a été reconnue ni par l’Académie de médecine (2012), ni par l’Académie des sciences (2013) – pas plus que par le plus récent DSM-5 [la dernière édition du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’Association américaine de psychiatrie].

« Or que nous dit-on dans l’émission « Envoyé spécial » du 18 janvier ? Que donner un écran numérique à son bébé est « exactement l’équivalent d’une drogue » ! Sur d’autres antennes comme l’émission « Bourdin direct » sur RMC (10 janvier 2018), il est fait état de nombreux enfants de 3 ans qui se lèvent toutes les nuits à 3 heures du matin pour se saisir du smartphone de leurs parents et se brancher sur YouTube ! Si une telle attitude existe, elle ne peut être liée qu’à une utilisation massive du smartphone parental durant la journée. Comment affirmer, alors, que « les parents ne sont responsables en rien » ?

Les rumeurs infondées lancées actuellement nourrissent selon eux « une panique morale exploitée par certains médias, en dehors de toute rigueur scientifique ». Et il ne faut pas voir là « un nouveau problème que personne n’aurait pris au sérieux auparavant ». Pour résumer il serait des plus fâcheux que ces messages simplistes portés devant des interlocuteurs politiques contrarient les projets d’éducation au numérique fondamentaux à mettre en place à l’école et en même temps il serait déplorable que les prévisions fantaisistes sur les effets de la suppression des écrans ne fassent perdre un temps précieux dans le repérage et la prise en charge précoces des troubles du spectre autistique.

La tribune individuelle est signée Pr Dominique Le Guludec, présidente de la Haute Autorité de Santé (HAS): « Autisme : poursuivons nos efforts » . « Depuis une vingtaine d’année, des progrès considérables ont été réalisés dans la connaissance de l’autisme et des interventions à mettre en œuvre, écrit-elle. Il est impossible cependant de se satisfaire de la situation actuelle tant pour les personnes autistes et leur famille, que pour les professionnels qui les accompagnent. (…) A la veille du 4e plan autisme, le chemin à parcourir est encore long. Nous espérons que l’engagement de tous sera à la hauteur des enjeux. La HAS sera à l’écoute des besoins qui émergeront et se tient prête à mobiliser ses compétences. »

Rien sur les écrans, le plus jeune âge et les addictions ultra-précoces. A l’évidence la HAS devra élargir son écoute et ses visions, doper sa mobilisation.

A demain

1 Jacques Angelergues(vice-président, Cerep-Phymentin) ; Patrick Belamich (président, Fédération des centres médico-psycho-pédagogiques) ; François-Marie Caron (« past président » [titre actif au sein du CA], Association française de pédiatrie ambulatoire) ; Marie-Noëlle Clément (vice-présidente, Programme de recherches et d’Etudes sur l’autisme) ; Michel Dugnat (président, Association recherche information périnatalité) ; Agnès Florin (présidente, Association francophone de psychologie et de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent) ; Bernard Golse (président, Coordination internationale entre psychothérapeutes psychanalystes s’occupant de personnes avec autisme et membres associés) ; Jean-François Havreng (président, Association nationale des hôpitaux de jour) ; William Lowenstein (président, SOS addictions) ; Denis Mellier (coprésident, World Association for Infant Mental Health France) ; Georges Picherot (président, Groupe de pédiatrie générale de la Société française de pédiatrie) ; Pascal Plantard (codirecteur, Groupement d’intérêt Scientifique M@rsouin) ; Dominique Ratia Armengol (présidente, Association nationale des psychologues pour la petite enfance) ;Catherine Salinier (présidente, Pédiatres du Monde) ; Pierre Suesser (coprésident, Syndicat national des médecins de protection maternelle infantile) ; Serge Tisseron (président, association Trois Six Neuf Douze) ; Michel Wawrzyniak (président, Fédération nationale des écoles des parents et des éducateurs).

2 « Bébés et post-vérité : le trop d’écrans responsable de graves troubles du développement » Journalisme et santé publique, 18 mai 2017

2 réflexions sur “Autisme et polémiques : l’addiction aux écrans, nouvelle héroïne des petits enfants ?  

  1. « Et de rappeler que cette addiction n’a été reconnue ni par l’Académie de médecine (2012), ni par l’Académie des sciences (2013) – pas plus que par le plus récent DSM-5 [la dernière édition du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’Association américaine de psychiatrie]. »

    Sans rire, c’est une preuve cela?

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