Euthanasie : Emmanuel Macron bousculé par 156 députés voulant légiférer « sans délai »

Bonjour

C’est inattendu : dans une tribune publiée par Le Monde daté du 1er mars 156 députés – dont 122 étiquetés La République en marche (LRM) – réclament  qu’une nouvelle loi sur la fin de vie soit adoptée « sans délai » 1. « Il convient de donner aux malades en fin de vie la libre disposition de leur corps et, c’est essentiel, de leur destin. C’est pourquoi nous, députés issus d’horizons différents, proposons de légiférer en ce sens au cours de l’année 2018 », écrivent-ils. Extraits :

« De nombreux Français en phase avancée d’une maladie incurable vont  chercher – et obtenir – la délivrance dans l’un ou l’autre des pays ayant déjà légiféré sur cette possibilité (Belgique, Suisse, Pays-Bas, Luxembourg, Canada, plusieurs Etats américains, etc.)

Un malade en fin de vie, dans une « impasse thérapeutique », peut obtenir une aide active à mourir dans les hôpitaux français. Ces euthanasies sont pratiquées en toute illégalité. Il faut pour cela connaître un médecin compatissant et courageux, ce qui crée des inégalités entre nos concitoyens. D’après l’INED, entre 2000 et 4000 personnes en phase terminale reçoivent cette aide chaque année dans notre pays.

Reconnaissons que ces fins de vie organisées en catimini, du fait de l’absence d’encadrement légal, exposent à toutes les dérives, telles que des décisions par une équipe soignante sans sollicitation de l’avis du malade. A l’opposé, des malades implorent ce soulagement mais ne sont pas entendus. (…)

 « Il en va aujourd’hui de cette question comme il en allait de l’IVG au début des années 1970 : des femmes y recouraient en sollicitant les services de la Suisse ou de la Grande-Bretagne, tandis que d’autres trouvaient des médecins complaisants en France. Malheureusement, celles qui n’avaient pas accès à ces solutions étaient contraintes de faire appel à des « faiseuses d’anges » et s’exposaient alors à des risques considérables. Les décès de jeunes femmes se comptaient par centaines. Il était temps, en 1975, de sortir de l’hypocrisie des avortements clandestins et d’offrir aux femmes la possibilité de disposer librement de leur corps. »

Il y a un an, confidences à La Croix

C’est inattendu dans la mesure où il y a deux ans l’adoption de la loi Claeys-Leonetti (instaurant notamment un droit à la sédation profonde et continue pour les malades en phase terminale) avait semblé épuiser une large partie de la polémique politique sur le sujet. Et jamais les nouveaux députés de la majorité élus en juin 2017 n’avaient laissé entendre qu’ils étaient à ce point favorable à une évolution de la législation.

« Il y a beaucoup de parlementaires mobilisés, soit d’anciens professionnels de santé, infirmiers et médecins, soit des parlementaires qui ont vécu, comme moi, cette épreuve de vie douloureuse en accompagnant leurs proches » explique dans Le Monde, Olivia Grégoire, porte-parole du groupe LRM. « Il y a autour de 240 à 250 députés dont on est sûr qu’ils seraient favorables à une loi », ajoute Jean-Luc Roméro,  président de l’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).  A la différence de la précédente mandature, les députés de la majorité ne subissent pas de pressions sur ce sujet, les choses sont donc ouvertes ».

M. Roméro est-il certain que des pressions n’existeront pas ? Pour l’heure aucun des membres du gouvernement ne s’exprime sur le sujet. Comment imaginer un seul instant que le président de la République ne se manifestera pas ? Il y a un an, quelques semaines avant l’élection présidentielle, il s’était confié à La Croix:

 « Sur ce sujet, céder aux oukases des uns ou des autres n’est pas une bonne chose. Il faut tirer les enseignements des cas spécifiques aujourd’hui débattus, respecter les convictions personnelles et religieuses de chacun, entendre aussi ce que disent les professionnels de santé.

« Le cadre actuel de la loi permet déjà à chacun d’exprimer ses volontés, il faut que cela soit expliqué et utilisé pleinement, ce qui n’est pas encore le cas. Ensuite, je souhaite qu’on améliore encore l’accompagnement dans les derniers moments de la vie et que tout soit fait pour qu’on puisse au mieux supprimer la souffrance des patients. Je suis favorable à ce que ce débat avance mais je ne me précipiterai pas pour légiférer. »

Mais, dans le même temps, il avait ajouté :

« Il faut sortir d’une espèce de dogme où le politique pourrait décider de tout et aurait vocation à trancher des sujets éthiques, sociétaux, parfois anthropologiques. Le rôle d’un président de la République est de donner un cadre aux débats sur ces sujets et de s’assurer que la société mûrit.

Emmanuel Macron avait encore glissé cette belle phrase aux lecteurs de La Croix :

« Aussi vrai que le capitalisme est en train de se fracasser sur son incapacité à penser sa propre régulation sociale ou environnementale, on se fracassera sur l’avancée de ces technologies si on n’en pense pas les limites éthiques. La France a un rôle majeur à jouer et je compte m’y investir. »

A demain

1 « Pour une liberté républicaine : le choix de sa fin de vie » . Premiers signataires : Jean-Louis Touraine, député (LRM) du Rhône, vice-président de la commission des affaires sociales ; Olivier Falorni, député (non inscrit – Radical) de Charente-Maritime ; Brigitte Bourguignon, députée (LRM) du Pas-de-Calais, présidente de la commission des affaires sociales ; Yaël Braun-Pivet, députée (LRM) des Yvelines, présidente de la commission des lois ; Barbara Pompili, députée (LRM) de la Somme, présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire ; Olivier Faure, député (Nouvelle Gauche) de Seine-et-Marne, président du groupe Nouvelle Gauche ; Carole Bureau-Bonnard, députée (LRM) de l’Oise, vice-présidente de l’Assemblée nationale ; Yves Jégo, député (UDI/Agir/Indépendants) de Seine-et-Marne, vice-président de l’Assemblée nationale ; Laurianne Rossi, députée (LRM) des Hauts-de-Seine, questeure ; Manuel Valls, député (LRM) de l’Essonne, ancien premier ministre.

 

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