Assistance Publique (Paris) : les suites de l’affaire de la malade qui avait froid dans son lit

Bonjour

La médiatisation d’une affaire hospitalière (celle « de la malade en fin de vie qui avait grand froid dans son lit ») peut faire un certain bruit. Elle permet aussi d’en savoir plus sur un vieil hôpital et de mieux comprendre les rouages de cette immense machinerie administrative à finalité médicale qu’est l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Voici les nouveaux éléments à porter au dossier.

1 Le premier mail médical d’alerte. Il avait été adressé le 28 février (10h 47) à Sabine Dupont, directrice de l’hôpital Beaujon, par le Pr Philippe Lévy, chef du service de pancréatologie-gastroentérologie de cet établissement.

« Madame la directrice,

« Nous sommes aujourd’hui le 28/2/18. Dans la chambre d’un service dit « de pointe » hébergeant des malades graves, en l’occurence en fin de vie, il fait 17°C. « La malade a froid dans son lit, une parka, un pull en laine, une étole autour du cou. Pas très facile de vomir avec cet attirail. Grande lectrice, elle n’arrive pas à lire  son dernier livre ayant trop froid aux mains.

« On lui a promis de scotcher les fenêtres, un traitement très moderne et esthétique pour assurer l’étanchéité.  Ce n’est pas fait.  On lui a promis un chauffage d’appoint.  Il n’y en a pas.  On lui a promis… une couverture.  Il n’y en a pas non plus. »

 2 La réponse de l’administration de l’AP-HP. Elle est signée de François Crémieux, directeur des Hôpitaux Universitaires Paris Nord Val-de-Seine. Datée du même jour (18h 40) elle est adressé au Pr André Grimaldi.

« Suite aux échange de ce matin et à la médiatisation des mails de votre liste de diffusion, je tenais à vous apporter les éléments suivants. L’hôpital Beaujon, ouvert en 1935, connaît des difficultés techniques récurrentes, en particulier pour le chauffage l’hiver et à la climatisation l’été.

 « Des mesures palliatives sont mises en œuvre et les patients sont accueillis dans les meilleures conditions possibles. Ce jour, l’aile nord du bâtiment, soumise à des vents particulièrement froids, est difficilement chauffée autour de 20°, en particulier les chambres de bout d’ailes. Le réseau de vapeur qui alimente le bâtiment ne peut pas produire plus de chaleur au risque d’endommager voire de casser les tuyauteries.

 « Un chef de service a alerté la direction ce matin à 10H47 du froid particulier dans la chambre d’une patiente. Je lui ai répondu par mail à 10H50 et les services techniques et logistiques sont intervenus dans les minutes  qui ont suivi cet appel. Des couvertures supplémentaires et des radiateurs d’appoint ont été distribués et de nouvelles fenêtres ont pu être calfeutrées avec de l’adhésif pour limiter les flux d’airs froid. Des interventions avaient eu lieu ces derniers jours dans d’autres services de Beaujon.

« Par ailleurs, le service incriminé dans le mail sera entièrement rénové en 2018 pour un investissement global de 5 millions d’euros. Les plans ont été validés et les travaux débuteront avant l’été. Cet investissement à Beaujon fait suite à la rénovation récente de nombreux secteurs : la maternité et le service d’orthopédie (2017), le servie d’imagerie (2015), de médecine nucléaire (2014), des endoscopies (2013).

« Ces rénovations se poursuivront en 2019 et 2020. Compte tenu de l’état général du bâtiment, l’AP-HP prévoit sa reconstruction avec l’hôpital Bichat, dans le cadre du projet d’hôpital nord, à horizon 2025 pour un coût total de 750 millions d’euros. Les enjeux énergétiques font partie des raisons qui rendent impossible toute réhabilitation des bâtiments existants. 

« Après la médiatisation des échanges de mails, j’ai renouvelé cet après-midi ma confiance aux équipes techniques et logistiques, aux ouvriers, techniciens et ingénieurs de l’hôpital Beaujon qui font leur maximum pour entretenir un des plus vieux bâtiments de l’AP-HP et relever les défis techniques quotidiens auxquels ils sont confrontés. »

3 Les commentaires du Pr Philippe Lévy.  Ce mail daté du même jour (23h 50) à ses confrères.

« Je me dois d’apporter quelques précisions (…) Le chef de service en question -votre serviteur- a déjà alerté la direction l’hiver passé (je ne me rappelle plus l’heure exacte…) puisque une vague de froid avait déjà provoqué des températures insoutenables dans le service et des réactions de patients. Le même chef de service a alerté la direction cet été car une température maximale de 41°C a été relevée dans une chambre et je ne parle pas ici de température rectale. 

« Pour le fait du jour, il ne s’agit pas d’une seule chambre ni du bout des ailes du bâtiment mais du service entier, le signalement portant sur une chambre à titre tristement caricatural. D’autres services du bâtiment, notamment la chirurgie digestive, sont dans le même état. 

« A l’occasion de ces incidents, nous avons manqué de couvertures, de radiateurs d’appoint et cet été, de ventilateurs. Rappelons que la vague de froid a été annoncée plusieurs jours à l’avance et dure depuis 4 jours. Son caractère exceptionnel a bien été signalé par Météo-France.

 « Je ne peux donc que m’étonner que le phénomène n’ait pas été anticipé, ne serait-ce qu’au niveau des couvertures (!!!), qu’une surveillance du phénomène n’ait pas été mise en place de façon efficace (est-ce le rôle d’un chef de service que d’aller mesurer la température dans les chambres?), qu’un ingénieur -par ailleurs charmant, compétent et efficace- n’ait que du ruban adhésif à proposer pour « régler » le problème et encore, seulement pour les chanceux qui ont manifesté (il faudra l’arracher cet été pour ventiler).

« Tout ceci ne sont pas des « mesures palliatives pour accueillir les patients dans les meilleurs conditions possibles » car ce terme palliatif sous-entend des soins de confort mais aboutit au contraire à des conditions d’hospitalisation tout simplement indignes et épouvantables et donc à de la maltraitance de patients.

« Les travaux dans le service sont sans cesse repoussés, seront-ils faits ? Le mot de F. Crémieux est la première nouvelle sur ce sujet depuis plusieurs mois. A lire cette mise au point de F Crémieux, nous serions privilégiés !!!
Beaujon comme Bichat pourrissent sur pieds en attendant un hypothétique hôpital Nord dont on peut douter de la date d’ouverture (ce n’est pas un procès d’intention mais la conclusion d’une observation de faits sur trente ans d’expérience à l’APHP).

Qu’un directeur protège son personnel administratif et technique (lui même sans aucun doute très contraint) est dans ses fonctions. Protéger les malades et le personnel médical devrait aussi en faire partie, voire être prioritaire (…)  Si je devais résumer mon sentiment en deux mots, je dirai honte et effarement. »

1er mars: Météo France annonce un net redoux sur le nord de Paris.

A demain

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