« Le vin n’est pas un ‘’alcool’’ » : qui soutient ainsi Emmanuel Macron contre Agnès Buzyn ?

Bonjour

«  En témoignant de son attachement pour le vin, Emmanuel Macron a rendu un hommage à nos artisans, à nos paysages, à notre histoire ». C’est le début d’une étonnante chronique œnologico-politique publiée dans un grand quotidien généraliste du matin. Ce même quotidien qui avait publié, il y a quelques jours, une tribune demandant à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, de « cesser de diaboliser le vin qui est une part de la société française » – tribune signée des membres de l’ « Académie du vin de France » 1.

Aujourd’hui, donc, le texte d’une chroniqueuse réputée dont nous vous laissons deviner le nom. Elle prend ici, sans nuance, le relais des attaques de l’Académie en s’appuyant sur la phrase désormais célèbre d’Emmanuel Macron confiant qu’il boit du vin « deux fois par jour ». Morceaux choisis :

« (…) Mais il est un élément qui sera compté au crédit du Président. Quelques mots, sans doute bien anodins aux yeux des énarques du Trésor, et pourtant majeurs, tant ils constituent une défense et illustration de la civilisation française dans ce qu’elle a d’irréductible à l’esprit comptable de l’hygiénisme contemporain.

(…) Ainsi Emmanuel Macron a-t-il répondu à ceux qui lui demandaient s’il faudrait un nouvel amendement pour durcir la loi Evin. Mots incroyables. Pour la première fois depuis des années, un président de la République ose réhabiliter la consommation quotidienne et raisonnable de vin. Mieux, il l’a fait pour répondre à sa ministre de la Santé, qui reprenait l’antienne des nouveaux combattants du Bien, pour qui toute consommation de vin est à mettre sur le compte d’une déviance malsaine. »

Suit un rapprochement historique religieux et médical qui, en ce début du XXIe siècle, ne manque pas de piquant :

« Bien sûr, ce ne sont plus les dames patronnesses du XIXe siècle fustigeant les penchants coupables de l’ouvrier, mais il y a quelque chose d’effroyablement condescendant, et, pour tout dire, inquisitorial, dans cette façon de désigner le «premier verre de vin» comme premier pas vers le cancer. Inquisitorial car tout cela s’édicte au nom du Bien.

 « Les blouses blanches ont remplacé les dames patronnesses, les comptes de la Sécurité sociale sont le nouvel objectif, et non plus la morale bourgeoise, mais le processus est le même. Pour la meilleure des causes, lutter contre la souffrance et les maladies, limiter les méfaits d’un alcoolisme dont nul ne pourrait dire qu’il n’est pas un fléau, ceux qui savent entendent rééduquer les pauvres âmes errantes et faibles. Non pas informer les citoyens pour leur permettre de choisir les risques qu’ils entendent assumer, mais les dresser à adopter le comportement ‘’vertueux’’. »

 « Boisson de table »

Puis les flèches décochées contre la ministre de la Santé :

« C’est bien ainsi qu’il faut entendre les remarques de la ministre de la Santé: ‘’L’industrie du vin laisse croire que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka ou du whisky. […] On a laissé penser à la population française que le vin […] apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre.’’

 Agnès Buzyn se réclame de la ‘’science’’, non seulement pour nier les données scientifiques sur les antioxydants contenus dans certains vins, mais surtout pour masquer la manipulation des mots. Parler d’ ‘’industrie’’ à propos du vin est une insulte à tous ces artisans qui constituent l’immense majorité des producteurs de vin en France, justement parce que le vin de France, par son ancrage dans les terroirs, a toujours résisté à l’industrialisation réclamée par les tenants du marché et de l’alignement sur les critères anglo-saxons. »

Et, in fine, l’argumentaire jésuite sur lequel repose l’ensemble ; puis la conclusion politique :

« Mais surtout, le vin n’est pas un ‘’alcool’’.Il est une boisson de table contenant de l’alcool, et pour cela à boire avec pondération et intelligence. Mais il est avant tout une boisson culturelle, porteuse de toute la mémoire historique et géographique de la France. Et c’est justement quand on le réduit à n’être qu’un ‘’alcool’’ qu’on le condamne à n’être qu’un vecteur d’alcoolisation. C’est en niant sa dimension culturelle, alimentaire et agricole, qu’on en fait un danger pour la santé et la sécurité (…)

« Nul ne sait quelle France Emmanuel Macron laissera dans quatre ans. Mais il a par, ces quelques mots, et peut-être malgré lui, rendu hommage à ce pays qui résiste à l’uniformisation des marchés et à la réduction du monde à des nombres, à ces citoyens émancipés parce que porteurs d’une histoire et d’un patrimoine, à ce qui fait que la France est belle. »

Agnès Buzyn se devrait de répondre au plus vite à cette philippique. Mais dispose-t-elle pour cela, face au président de la République, d’assez d’autonomie politique ?

A demain

1 Les membres de l’Académie du vin de France : Alain Graillot, Domaine Alain Graillot (président) ; Jean-Charles Abbatucci, Domaine Comte Abbatucci ; Nicolas de Bailliencourt, Château Gazin ; Olivier Bernard, Domaine de Chevalier ; Michel Bettane, journaliste ; Christian de Billy, Champagne Pol Roger ; Jean-Noël Boidron, Château Corbin-Michotte ; Philippe Bourguignon, Restaurant Laurent ; Gérard Chave, Domaine Jean-Louis Chave ; Béatrice Cointreau, Château du Perron ; Pierre Couly, Domaine Pierre et Bertrand Couly ; Jean-Bernard Delmas, Château Montrose ; Philippe Demailly, ophtalmologiste ; Véronique Drouhin, Maison Joseph Drouhin ; Alain Dutournier, Restaurant Le Carré des Feuillants ; Benoît France, Éditions Benoît France ; Claude Geoffray, Château Thivin ; Léonard Humbrecht, Domaine Zind-Humbrecht ; Olivier Jullien, Mas Jullien ; David Khayat, cancérologue ; Dominique Lafon, Domaine des Comtes Lafon ; Alain de Laguiche, Château d’Arlay ; Jean-Charles Le Bault de la Morinière, Pernand-Vergelesses ; Alexandre de Lur-Saluces, Château de Fargues ; Henry Marionnet, Domaine de la Charmoise ; Erik Orsenna, de l’Académie française ; Jean-Pierre Perrin, Château de Beaucastel ; Noël Pinguet, Vouvray ; Jean-Robert Pitte, membre de l’Institut ; Bernard Pivot, de l’académie Goncourt ; Jacques Puisais, œnologue ; Henri Ramonteu, Domaine de Cauhapé ; François Roland-Billecart, Champagne Billecart-Salmon ; René Rougier, Château Simone ; Frédéric Rouzaud, Champagne Louis Roederer ; Jacques Seysses, Domaine Dujac ; Régine Sumeire, Château Barbeyrolles ; Pierre Trimbach, Domaine Trimbach ; Jean-Laurent Vacheron, Domaine Vacheron ; Christine Vernay, Domaine Georges Vernay ; Aubert de Villaine, Domaine de la Romanée-Conti.

3 réflexions sur “« Le vin n’est pas un ‘’alcool’’ » : qui soutient ainsi Emmanuel Macron contre Agnès Buzyn ?

  1. Tout de même, on sait bien qu’une consommation modérée de vin rouge, du fait des anti-oxydants a effectivement un effet bénéfique même si ce n’est pas à la Ministre de la Santé ni au Président de se prononcer sur ce sujet.

    • L’efficacité supposée du Resvératrol a été mise en doute il y a déjà plusieurs années. Ensuite il y a d’autres aliments qui contiennent des antioxydants et pas d’alcool; enfin, il est sans doute plus à la ministre de la santé, qui est médecin, qu’au président de la république (qui est…banquier ?) de ce prononcer sur ce sujet…

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