Ritaline® : pourquoi cette «explosion» de sa consommation chez des patients adultes ?

Bonjour

Alerte ! Où l’on reparle, en mal, de la célèbrissime Ritaline® (méthylphénidate, Novartis Pharma) 1 et des détournements d’usage dont elle ferait de plus en plus fréquemment l’objet en France. Le phénomène est mis en lumière dans une étude pharmaco-épidémiologique qui vient d’être publiée dans The British Journal of Clinical Pharmacology : Patterns and profiles of Methylphenidate use in both children and adults .

Ritaline®10 mg : comprimé sécable appartient à un groupe de médicaments appelés psychostimulants.

Est utilisé dans le traitement du « Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité » (TDAH) chez les enfants et les adolescents de 6 à 18 ans. Est utilisé seulement après échec des traitements sans médicament, tels que conseils et thérapie comportementale.

Ritaline®10 mg ne doit pas être utilisé dans le traitement du TDAH chez l’enfant de moins de 6 ans ou chez l’adulte, car la sécurité et les bénéfices de son utilisation n’ont pas été établis dans ces groupes d’âges. Améliore l’activité de certaines parties du cerveau qui ne sont pas assez actives. Le médicament peut contribuer à améliorer l’attention (durée d’attention), la concentration et à réduire les comportements impulsifs. »

 Ritaline®10 mg doit être utilisé dans le cadre d’un programme de traitement global, qui comprend en général des mesures : psychologiques, éducatives et sociales. Il ne doit être prescrit que par des spécialistes des troubles du comportement de l’enfant ou de l’adolescent (…) 

 Peut également utilisés dans le traitement de la narcolepsie chez l’adulte et l’enfant de plus de 6 ans, en cas d’inefficacité du traitement par le modafinil (Modiodal®).»

Tout cet encadrement officiel semble aujourd’hui bien loin d’être respecté. « Ce qui fait l’originalité de notre travail, c’est une caractérisation plus précise de la population adulte  explique au Quotidien du Médecin (Charlène Catalifaud) la Pr Joëlle Micallef (Service de pharmacologie clinique et pharmacovigilance, CHU Timone, AP-HM) qui a dirigé le travail publié dans The British Journal of Clinical Pharmacology ; un travail original car mené à partir des données de l’Assurance maladie des régions Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Corse.

Au total 3 534 nouveaux utilisateurs de ce médicament ont été inclus, à partir de ces données  entre juillet 2010 et juin 2013. Ils ont été analysés par tranche d’âge : 0-6 ans, 6-11 ans, 12-17 ans, 18-24 ans, 25-49 ans et plus de 50 ans. Il apparaît que le taux de nouveaux utilisateurs a augmenté de 7 % entre 2011 et 2013, passant de 27 à 29/100 000 habitants. Les nouveaux utilisateurs sont à 34 % des adultes « Nous avons constaté une explosion de la consommation chez les adultes », s’étonne la Pr Micallef auprès du Quotidien du Médecin.

La narcolepsie ? Elle ne peut expliquer ce phénomène : du modafinil n’avait été prescrit dans les six mois précédant l’initiation du méthylphénidate que chez  3 % des 18-24 ans, 2 % des 25-49 ans et 12 % des plus de 50 ans. Pour la Pr Micallef ajoute que « la proportion de patients consommant du méthylphénidate dans la continuité d’un traitement mis en place durant l’enfance n’est pas compatible avec l’AMM de la Ritaline qui date de 1995 ».

Potentiel d’abus bien connu

Plus généralement ces constations sont selon elles révélatrices de détournements d’usage du méthylphénidate, en particulier chez les 25-49 ans. « Le méthylphénidate est proche chimiquement des amphétamines. Son potentiel d’abus est bien connu, explique-t-elle. Les patients ont recours à plusieurs prescripteurs simultanément, sans que ces derniers soient au courant. Le médecin généraliste est autorisé à renouveler le traitement, mais pas à l’initier, car le diagnostic relève d’un spécialiste. Il peut ainsi renouveler sans avoir connaissance que le patient est allé voir un autre médecin. »

Cette spécialiste observe aussi l’existence de prescriptions de méthylphénidate chez des enfants de moins de 6 ans, hors indication. « Ce phénomène est à surveiller également, car l’utilisation de ce type de traitement sur le cerveau encore non mature de jeunes enfants n’est pas sans poser question, s’inquiète-t-elle. L’idée n’est pas de stigmatiser le méthylphénidate, médicament qui a révolutionné la prise en charge des enfants TDAH, mais d’en appeler à la vigilance de tous. Les professionnels de santé, médecins mais aussi pharmaciens, ont ici un rôle essentiel à jouer en addictovigilance. »

Qu’en dit-on à l’Agence nationale de sécurité du médicament ? « Bien qu’une augmentation des chiffres de vente continue d’être observée, l’utilisation de ce médicament en France reste faible notamment en comparaison à d’autres pays européens, expliquait l’ANSM il y a un an. (…) environ 30% des initiations de traitement sont réalisées par des médecins libéraux, spécialistes et généralistes alors que la primo-prescription doit être réalisée par un spécialiste hospitalier. Cette pratique a déjà été signalée dans le précédent rapport publié en juillet 2013 (…)  Il est également observé la persistance d’un nombre restreint d’initiations de traitement chez des patients adultes atteints de TDAH, ce qui constitue une utilisation hors AMM de ce médicament en France qui peut favoriser la survenue d’effets indésirables graves. »

A demain

1 Existe aussi sous différentes présentations : QUASYM LP®, CONCERTA LP®, MEDIKINET® , QUASYM LP®

 

 

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