Nouveau : pour savoir si vous êtes empathique, donnez votre salive à « 23andMe »

Bonjour

Tombons-nous ici le yeux grands ouverts dans le piège du réductionnisme ? Soit une publication de Translational Psychiatry (12 mars 2018) : « Genome-wide analyses of self-reported empathy: correlations with autism, schizophrenia, and anorexia nervosa » – un travail relayé par le service de presse de l’Institut Pasteur : « les gènes jouent un rôle dans l’empathie ». Un travail académique 1 où l’on retrouve toutefois, étrangement, la société 23andMe qui aura fourni une fraction d’un trésor génétique qui lui a été gracieusement offert et avec lequel elle a fait de solide bénéfices. On espère que la question des conflit d’intérêts a été minutuesement étudiées 2.

Où l’on s’attaque à la question de l’empathie via sa face nord : génétique. Empathie : « Composé du préfixe grec em-, de en, « dans », et de -pathie, d’après sympathie. Capacité de s’identifier à autrui, d’éprouver ce qu’il éprouve ». Une vieille histoire déjà aux confins de la religion, de la philosophie, de la psychanalyse et des neurosciences. Au carrefour de la sympathie, de la compassion, de l’altruisme voire de la contagion émotionnelle . On attendait la génétique : la voici donc.

46.861 clients et autant de salives

L’étude a été menée par des chercheurs de l’Université de Cambridge, de l’Institut Pasteur, de l’université Paris Diderot, du CNRS et, donc, de la société de génétique 23andMe. Au final « elle suggère que notre empathie n’est pas seulement le résultat de notre éducation et de notre expérience, mais aussi en partie influencée par les variations génétiques ». Voici la définition  donnée de l’objet :

« Jouant un rôle clé dans les relations humaines, l’empathie est à la fois la faculté de reconnaître les pensées et les sentiments d’autrui, et celle d’y apporter une réponse émotionnelle adaptée. Dans le premier cas, on parle d’«empathie cognitive », et dans le second, d’« empathie affective ». »

Un rappel : il y a quatorze ans, une équipe de scientifiques de l’Université de Cambridge mettait au point le Quotient d’Empathie ou EQ, une brève mesure d’auto-évaluation de l’empathie. Grâce à ce test (qui propose de mesurer les deux types d’empathie) les chercheurs ont montré que certains d’entre nous sont « plus empathiques que d’autres » – et que les femmes (en moyenne) sont légèrement plus empathiques que les hommes. Les autistes, quant à eux, rencontrent en moyenne des difficultés avec l’empathie cognitive, même lorsque leur empathie affective reste intacte.

La nouveauté : l’équipe de Cambridge (Pr Simon Baron-Cohen),  l’Institut Pasteur, l’université Paris Diderot, le CNRS (Pr Thomas Bourgeron) et 23andMe, « rapportent les résultats de la plus grande étude génétique menée sur l’empathie, utilisant les données de plus de 46 000 clients [sic] de la société 23andMe. Ces personnes ont toutes complété en ligne le questionnaire EQ et fourni un échantillon de salive pour analyse génétique ».

En pratique : notre empathie est en partie (« au moins un dixième) génétique. Les auteurs du travail nous rassurent : les femmes sont en moyenne plus empathiques que les hommes. « Cependant, cette variation n’est pas due à notre ADN car aucune différence n’a été observée dans les gènes qui contribuent à l’empathie chez les hommes et les femmes, reconnaissent les chercheurs. Par conséquent, la différence d’empathie entre les sexes est le résultat d’autres facteurs, tels que la socialisation, ou de facteurs biologiques non génétiques tels que les influences hormonales prénatales, qui diffèrent également entre les sexes. »

Equation génétique de la prédestination

Les chercheurs observnt aussi que les variants génétiques « associés à une plus faible empathie » sont également associés à un risque plus élevé d’autisme. D’autres entités psychiatiques pourraient être concernées. « Nous franchissons une étape majeure dans la compréhension du rôle joué par la génétique dans l’empathie. Si les gènes n’expliquent qu’un dixième de la variation du degré d’empathie entre les individus, les facteurs non génétiques sont aussi essentiels » affirme Varun Warrier (étudiant en doctorat à l’Université de Cambridge, premier auteur.

Pour le Pr Bourgeron responsable de l’unité  de Génétique humaine et fonctions cognitives, à l’Institut Pasteur, ces résultats offrent « un éclairage neuf et passionnant sur les influences génétiques sous-tendant l’empathie ». « Individuellement chaque gène joue un petit rôle et il est donc difficile de les identifier. La prochaine étape consistera donc à étudier un nombre encore plus grand de personnes afin de répliquer ces découvertes et d’identifier les voies biologiques associées aux différences individuelles en matière d’empathie » dit-il. Parions que 23andMe sera au rendez-vous de la science et du commerce.

Reste aussi, désormais, à travailler les dimensions génétiques du libre arbitre et de la prédestination.

A demain

1 Cette étude a reçu le soutien de l’Autism Research Trust (www.autismresearchtrust.org) et de la Templeton World Charity Foundation (TWCF), Inc. Elle a également bénéficié du soutien du Conseil de la recherche médicale, du Wellcome Trust, de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’Université Paris-Diderot, de la Fondation Bettencourt-Schueller, du Cambridge Commonwealth Trust et du St John’s College de l’Université de Cambridge. Elle a été menée en association avec l’Institut national pour la recherche en santé (NIHR) Collaboration pour le leadership en recherche appliquée et soins (CLAHRC) du Cambridgeshire & Peterborough NHS Foundation Trust, l’Institut national de recherche sur le génome humain (NHGRI) des Instituts nationaux de santé (NIH) et la Fondation américaine des sciences.

2 Extrait de la publication : « Research participants were drawn from the customer base of 23andMe, Inc., a personal genetics company, and are described in detail elsewhere. There were 46,861 participants (24,543 females and 22,318 males). All participants included in the analyses provided informed consent and answered surveys online according to a human subjects research protocol, which was reviewed and approved by Ethical & Independent Review Services, an AAHRPP (The Association for the Accreditation of Human Research Protection Programs, Inc.)-accredited private institutional review board (http://www.eandireview.com). « 

2 réflexions sur “Nouveau : pour savoir si vous êtes empathique, donnez votre salive à « 23andMe »

  1. Il serait grand temps que l’épigénétique vienne bousculer toutes ces certitudes liées à la génétique.
    Mais il est à craindre que cela se fasse de façon confidentielle car l’épigénétique n’a rien à vendre, ce qui est loin d’être le cas de la génétique.

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