Baclofène, alcool, vices et vertus : un appel à la raison pour en finir avec les passions

Bonjour

C’est, sinon un rebondissement, du moins une nouveau chapitre dans l’histoire atypique d’un médicapent atypique contre les ravages de la maladie alcoolique. C’est un appel de la Société française d’alcoologie (SFA). « Le baclofène fait l’objet de débats passionnés et passionnels, observe-t-elle. Notre mission n’est pas de s’inscrire dans ce cadre, mais de fournir aux professionnels et aux patients les données scientifiques publiées de façon à ce que chacun puisse se faire une opinion sur ce médicament dans le traitement du mésusage d’alcool. »

Cet appel se fonde sur un rapport documenté signé des Pr Mickaël Naassila, et François Paille, respectivement président et président d’honneur de la SFA 1. Un rapport ou plus précisément une revue des travaux publiés sur le sujet.  et qui « ne s’est intéressée qu’aux données d’efficacité et de tolérance du baclofène sur la consommation d’alcool ».

Les auteurs préviennent : ils ont cherché à se garder des passions et des passionné.e.s. – sans parler des journalistes… Cela s’écrit ainsi : « Concernant les études d’efficacité, compte-tenu de l’environnement médiatique du baclofène, seules les données issues des études contrôlées et randomisées en double-aveugle ont été retenues ».

Loin des passions, la « tolérance ». Ici toutes les études disponibles ont été retenues quand bien même nombre d’entre elles « souffrent de biais méthodologiques divers ». « Les données produites sont discordantes, écrivent les auteurs. Il s’agit souvent d’études réalisées sur un faible nombre de sujets. Les posologies de baclofène sont diverses, comprises entre 30 mg/j et 300 mg/j et  schémas d’utilisation ne correspondent guère à l’utilisation qui est faite en pratique du médicament. » Au final, le flou domine, avec une tendance générale rassurante sans jamais que l’on puisse sculpter dans le marbre.

Que font l’INSERM et l’ANSM ?

Conclusion diplomatique : « vu l’état actuel des connaissances, le rapport bénéfice/risque du baclofène est faible voire très modéré ».

« Au total, il est à ce moment encore difficile d’établir le rapport bénéfice/risque du baclofène de manière fiable et de proposer des conclusions claires quant à son utilisation pratique, en particulier en ce qui concerne les profils de patients susceptibles de mieux répondre à ce traitement (si l’on excepte l’importance de la consommation d’alcool) et les posologies.

« Son utilisation devrait se faire sous couvert d’une surveillance rapprochée et chez les patients pour lesquels les traitements mieux tolérés ont échoué. Lorsque les études rapportent des résultats positifs, la taille de l’effet est en général du même ordre de grandeur que celle des autres traitements actuels. »

C’est ainsi que la SFA demande que les connaissances scientifiques sur le baclofène soient améliorées « de façon non discutable » – et ce grâce à un véritable essai clinique « construit à partir des connaissances accumulées sur ce médicament, et mené dans les meilleures conditions méthodologiques (…) de façon à permettre des conclusions fiables et solides ». Au final « cet essai devra apporter les réponses scientifiques concrètes indispensables à une utilisation basée sur les preuves et raisonnée ».

Question raisonnable de santé publique : pourquoi, depuis dix ans que le baclofène a commencé à être massivement utilisé en France, un tel essai n’a-t-il jamais été mené ? Loin des passions les dirigeants de l’INSERM et de l’ANSM pourraient-ils répondre à cette simple interrogation ?

A demain

1 « Liens d’intérêts du Pr Paille :
Essais cliniques : Lundbeck
Interventions ponctuelle : activités de conseil pour D&A Pharma, Ethypharm, Indivior, Lundbeck
Conférences : invitations en qualité d’intervenant par Indivior, Lundbeck, Merck Serono
Conférences : invitations en qualité d’auditeur par Lundbeck
Liens d’intérêts du Pr Naassila :
Recherche fondamentale : Bioprojet Biotech, Theranexus, Biocodex, SATT Sud-Est
Conférences : invitations en qualité d’intervenant par Indivior, Lundbeck, Merck Serono
Conférences : invitations en qualité d’auditeur par Bouchara Recordati »

 

3 réflexions sur “Baclofène, alcool, vices et vertus : un appel à la raison pour en finir avec les passions

  1. Arrêtons un peu l’hypocrisie ! Nous sommes en 2017, soit près de 10 ans après le début de l’expérimentation par les patients du baclofène dans l’alcoolodépendance. Patients qui, au passage, ce sont fait depuis bien longtemps une idée sur la balance bénéfice/risque du baclofène. Les patients sont toujours demandeurs et à la recherche de médecins prêts à prescrire hors RTU.
    Plus personne en France ne peut ignorer que 30 à 60 mg/j sont des doses largement insuffisantes pour la majorité des patients. D’ailleurs le corps médical, exception faite de quelques personnes, dont par un étrange hasard les auteurs de ce rapport, a largement protesté contre la restriction de juillet à 80mg/j de l’ANSM parce qu’elle risquait d’entrainer la rechute des patients …
    Dans ces conditions, comment peut-on encore tenir compte d’études faite à 30 ou 60 mg/j ? Toutes les cohortes publiées montrent une dose efficace moyenne au alentour de 150-180mg/j
    Il n’y a donc que trois essais randomisés en double aveugle à considérer dont 2 sont largement positifs :
    – Baclad, dose individualisée maximale de 270mg/j est positif : 68% de bons résultats pour le baclofène contre 24% pour le placebo
    – Bacloville, dose individualisée maximale de 300mg/j est positif : 56,8% de bons résultats pour le baclofène contre 26,8% pour le placebo
    – Alpadir, dose cible (identique pour tous) de 180mg/j est négatif : 12% de bons résultats (maintien de l’abstinence) pour le baclofène contre 10,5% pour le placebo. Concernant cet essai, au-delà de la dose largement plus faible que les 2 autres essais, on peut quand même s’interroger sur le pourquoi du piètre résultat dans les 2 groupes.

    Concernant la sécurité, à part l’étude CNAM/INSERM, largement contestée et qui ne montre en aucun cas l’imputabilité du baclofène dans le phénomène de surmortalité constatée, rien de très préoccupant n’apparait nulle part.

    La conclusion des 2 auteurs « Vu l’état actuel des connaissances le rapport bénéfice/risque du baclofène est faible voire très modéré » ainsi que leur appel à un nouvel essai est donc un parfait exemple de malhonnêteté intellectuelle et d’hypocrisie. Le message est clair : gardons le plus longtemps possible les malades captifs, sous peine de ne plus pouvoir intéresser les industriels à financer nos travaux. Tant pis pour les patients et les 50 000 morts par an de l’alcool. On protestera bien fort contre le gouvernement qui ne fait pas de prévention et le lobby du vin et la morale sera sauve …

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