Hôpital : « Cher Martin Hirsch, pourquoi vous faire le relais de la vieille politique ? »

Bonjour

C’est une bien belle adresse signée par des médecins que l’on aurait jadis qualifiés de mandarins. Ils sont treize. Des âges, des spécialités et des confessions politiques différents.  Treize noms de la célèbre AP-HP. Treize à signer dans Libération du 14 mars une lettre à leur directeur général, Martin Hirsch. Une lettre qui fait mal.

« Cher Martin Hirsch, Nous nous adressons non seulement au directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, mais à la personnalité politique connue pour son engagement en faveur des pauvres et des exclus, à vous qui savez que le service public est la richesse de ceux qui n’en ont pas, écrivent ces Treize. Les inégalités sont devenues telles dans notre pays qu’’’on n’a jamais vu tant d’argent rouler pour la rente et pour le luxe, et l’argent se refuser à ce point au travail et à la pauvreté’’ (Charles Péguy), tant d’argent rouler pour les profits du CAC 40, et l’argent se refuser à ce point aux hôpitaux et aux Ehpad. Puisse le directeur général de l’AP-HP ne pas oublier la cause défendue par l’homme politique engagé. »

On lira la suite dans le quotidien fondé par Jean-Paul Sartre à l’époque des mandarins, une époque où les hôpitaux ne souffraient pas comme ils souffrent aujourd’hui. On y apprendra que, selon ces Treize, le déficit de l’AP-HP, comme celui de la majorité des hôpitaux de France, n’est pas dû à l’incompétence des directeurs, à l’irresponsabilité des médecins, à la paresse des personnels, aux abus des patients, tous arc-boutés sur leurs «privilèges».

« Il est voulu et programmé, affirment-ils, par la puissance publique qui d’une main diminue d’année en année les tarifs (T2A) et les dotations (recherche, enseignement, centres de références, précarité) tandis que de l’autre, elle accepte quand elle ne décide pas elle-même l’augmentation des charges (prix des médicaments et des dispositifs médicaux, coût des équipements, remboursement des emprunts, partenariats public-privé, inflation des règles administratives etc.). »

L’aboulie et l’Hôtel-Dieu

Pour les Treize, les mesures proposées ne régleront pas les problèmes structurels « mais feront payer un peu plus les patients et les professionnels : augmentation de la facturation des chambres individuelles, non-remplacement des congés, diminution du nombre de médecins et d’infirmières… ».

Ils prennent soin de rappeler que, dans son dernier ouvrage,  Martin Hirsch avait fait de la qualité des soins son « fil rouge ». Et que, sur les 200 millions d’euros de déficit de l’AP-HP, plus de 100 millions sont dus à des factures non recouvrées dont une bonne part non recouvrables. « Cette part doit être payée par l’Etat, à moins que désormais on veuille que les hôpitaux remplacent la carte Vitale par la carte Visa. Faut-il arrêter de soigner les exclus ? » Puis, à la fin de l’envoi, l’estocade :

« Cher Martin Hirsch, nous attendons de vous une parole forte et une décision courageuse. Ne devriez-vous pas vous faire le porte-parole de la communauté des professionnels de l’AP-HP plutôt que le relais de la vieille politique de l’hôpital (…) ? Enfin, Martin Hirsch, pour rendre crédible la nouvelle politique fondée sur l’application du juste soin pour le patient au moindre coût pour la collectivité, il vous appartient de prendre une décision courageuse : la fermeture de l’Hôtel-Dieu de Paris dont le maintien au sein de l’AP-HP n’a plus de justification. Sa non-fermeture n’est qu’une fiction politique coûteuse.

« Certes le précédent président vous en avait donné mandat lors de votre nomination à la tête de l’AP-HP. Mais l’AP-HP n’a plus les moyens d’assurer la survie de ce bâtiment vidé de ses malades tandis que les Parisiens assistent au lent délabrement de ce patrimoine historique. Si l’Hôtel-Dieu doit renaître, ce sera sur un projet extérieur à l’AP-HP. En attendant, ce n’est pas au personnel de faire les frais de l’aboulie politique. »

Aboulie, en psychopathologie : « trouble mental caractérisé par la diminution ou la privation de la volonté, c’est-à-dire par l’incapacité d’orienter et de coordonner la pensée dans un projet d’action ou une conduite efficiente ».

« Cher Martin Hirsch, vous comprendrez l’espoir que nous mettons en votre pouvoir d’intervention politique et vous excuserez la liberté de notre interpellation. Croyez à nos sentiments respectueux et à notre dévouement au service public hospitalier au service du public. »

A demain

1 Les Treize : Jean-François Bergmann professeur de thérapeutique, CHU Lariboisière ; Jacques Boddaert professeur de gériatrie, CHU Pitié-Salpêtrière ; Philippe Chanson professeur d’endocrinologie CHU Bicêtre; André Grimaldi professeur émérite de diabétologie, CHU Pitié-Salpêtrière ; Philippe Grimbert professeur de néphrologie, chef de service, CHU Henri-Mondor ; Etienne Larger professeur d’endocrinologie, CHU Cochin ; Véronique Leblond professeure d’hématologie, chef de pôle, CHU Pitié- Salpêtrière ; Catherine Lubetzki professeure de neurologie, chef de département de neurologie, CHU Pitié-Salpêtrière ; Ronan Roussel professeur de diabétologie CHU Bichat ; Gabriel Steg professeur de cardiologie, CHU Bichat ; José Timsit professeur d’endocrinologie, CHU Cochin ; Jean-Paul Vernant professeur émérite d’hématologie, CHU Pitié-Salpêtrière ; Jacques Young professeur d’endocrinologie, CHU Bicêtre.

2 réflexions sur “Hôpital : « Cher Martin Hirsch, pourquoi vous faire le relais de la vieille politique ? »

  1. Comme on dit de nos jours : « +1 » , bien que je ne travaille plus à l’AP-HP.

    L’Etat dit faites plus avec moins.
    Bien sûr au temps des dépenses inutiles ça passait. Maintenant on est à l’os.

    « Blackbird singing in the dead of night
    Take these broken wings and learn to fly
    All your life
    You were only waiting for this moment to arise
    Blackbird singing in the dead of night
    Take these sunken eyes and learn to see
    All your life
    You were only waiting for this moment to be free
    Blackbird fly, blackbird fly
    Into the light of the dark black night
    etc… »
    John Lennon / Paul McCartney

    Ceci dit les urgences de l’hôtel Dieu fonctionnent toujours.
    Quand on les fermera ça fera exploser un peu plus les urgences les plus proches: Cochin, Saint Antoine …
    Mais bof c’est juste un problème d’organisation…., n’est-ce pas , et si la spécialité de médecine d’urgence est presque la moins prisée , cela ne veut rien dire n’est-ce pas ?

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