Sida et MST : qui doit alerter le(s) partenaires(s) de la personne découverte contaminée ?

Bonjour

Voilà une belle question de bioéthique qui, malheureusement, ne figure pas au programme des Etats généraux du même nom. Elle vient d’être (enfin) abordée par le Conseil national du sida : « Avis suivi de recommandations sur la notification formalisée aux partenaires ».

Résumons : un médecin vient d’établir un diagnostic de contamination par le VIH ou un autre agent infectieux pathogène transmissible par voie sexuelle. Qui doit informer le (ou les) partenaire(s) de ce patient des risques auxquels ils sont exposés ? Le médecin doit-il, ici, être impliqué dans la diffusion de l’information, au nom de la santé publique ? Si oui quid du secret médical ? Si non à qui confier cette tâche ? Depuis un quart de siècle une série d’affaires judiciaires ont démontré que le sujet n’avait rien d’anecdotique. Personne ne souhaitait toutefois, en haut lieu, aborder le sujet.

Prudent avis

Tel n’est plus le cas avec cet avis du « Conseil national du sida et des hépatites virales » (CNS). Avis on ne peut plus prudent :

« La nécessité de développer les pratiques de dépistage en direction des personnes exposées au risque d’IST est aujourd’hui avérée. Certains pays ont mis en place un service d’accompagnement du patient (ou NFP) dont l’objectif est d’inciter un patient atteint d’IST à en informer son ou ses partenaires sexuels, afin qu’ils se fassent dépister. Un tel service, qui fournit à la fois un outil diagnostique utile à la santé des patients, et un outil de prévention, efficace et probablement coût-efficace en santé publique, devrait être envisagé en France.

« Le CNS recommande de formaliser l’aide qui peut être apportée aux patients atteints d’une IST pour mieux les inciter à en informer leur(s) partenaire(s) et les accompagner dans cette démarche. Il propose que des services d’accompagnement à la notification soient organisés et systématiquement proposés. L’accompagnement des patients comprendra une information sur la démarche de notification et son intérêt, sur les outils et stratégies de notification disponibles, sur la nature de l’aide que le professionnel de santé ou les autres personnels intervenant dans le système de santé peuvent leur apporter à cet effet.

« L’accompagnement à la NFP devra tenir compte de la multiplicité des situations individuelles et des modalités et outils à mettre en œuvre. Ils conduiront à développer des stratégies diversifiées pour rendre la NFP à la fois acceptable pour le patient et son ou ses partenaires et respectueuse de leur vie privée, compatible avec le respect du secret professionnel et avec la confidentialité des informations, et efficace du point de vue de la santé publique. »

« Considérant le cadre légal, réglementaire et déontologique existant et dans l’attente de son éventuelle évolution, le CNS ne recommande pas la pratique de la notification par les intervenants en santé eux-mêmes, en raison des risques encourus en cas de rupture du secret professionnel. Une telle intervention ne devrait être envisagée par les intervenants en santé que, à la demande du patient et en préservant son anonymat, dans des circonstances conjuguant absence de risque effectif de rupture de l’anonymat et intérêt majeur de santé publique ; de telles conditions pourraient être réunies lorsque le patient et son partenaire sont tous deux engagés dans des relations avec un nombre élevé de partenaires simultanés. »

Ordre inflexible

Dans un entretien à Libération le Pr Patrick Yeni, président du Conseil national du sida explique que l’Ordre des médecins « s’oppose clairement à ce que le médecin procède lui-même à la notification ». « Dès lors, la notification par un professionnel de santé ne pourrait être qu’anonyme afin que la personne à qui l’on va dire qu’elle a eu une relation avec une personne qui s’est révélée séropositive ne puisse pas savoir qui c’est, explique-t-il. Et ce n’est pas simple, cet anonymat peut être difficile à préserver. Il nous apparaît dès lors important qu’il y ait une évolution des conditions légales et réglementaires permettant de concilier la notification par un tiers et l’obligation de secret professionnel de ce dernier. Avant cela, la notification sera essentiellement portée par les patients eux-mêmes, avec le soutien du personnel de santé. »

Il ne s’agit ici que d’un avis. « Ce qui est essentiel, c’est que cet avis soit porté politiquement pour qu’il ne reste pas à l’état de simple et bonne idée mais conduise à une prise de conscience » ajoute le Pr Yeni. Où l’on voit, une nouvelle fois, que la balle est dans le camp du pouvoir exécutif. C’est à dire entre les mains du président de la République.

A demain

2 réflexions sur “Sida et MST : qui doit alerter le(s) partenaires(s) de la personne découverte contaminée ?

  1. Bonsoir
    Sincèrement, votre article m’a laissé pantois… Et je ne comprends pas qu’on puisse imaginer qu’un médecin ait la charge de cette information.
    Devrai-je suivre tous mes patient(e)s porteurs d’une IST au cours de leurs sorties en boite de nuit et taper sur l’épaule du partenaire du soir pour lui dire : « fais gaffe mec (ou meuf), ton pote il est pas net ! » ? ou bien « donne moi ton 06 Mec, je t’envoie un SMS demain tu vas pas être déçu ! » ?
    Bien évidemment non. Chaque patient est responsable de lui-même et devant la loi. C’est à lui, et uniquement à lui, de prévenir son partenaire habituel ou du soir, ou de lui éviter une contamination.
    Et une contamination secondaire à l’absence volontaire de protection relève clairement d’un peines encourues lors des empoisonnements et des coups et blessures volontaire avec préméditation.
    La seule réserve à cette attitude est le majeur protégé ou le patient psychiatrique. Là je ne sais pas comment faire.

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