Un journaliste «ne reconnaît plus son Eglise» : confession, transparence et religion

Bonjour

Oui, il y a bel et bien une vie après le journalisme imprimé sur papier: c’est  le journalisme sur internet – associé à la rédaction de livres. Ainsi notre confrère Henri Tincq, longtemps spécialiste des questions religieuses au Monde, aujourd’hui sur Slate.fr et auteur de « La Grande Peur des catholiques de France » (Grasset).

« ‘’Je ne reconnais plus mon Église’’. C’est par cette phrase que Henri Tincq, l’un des plus grands spécialistes français du catholicisme, commence cet essai qui fera date dans l’histoire politique et sociale de la religion en France. L’Église de France, qui avait si bien su s’assouplir dans la deuxième moitié du XXe siècle, est devenue tout autre. Elle a peur. Elle vit dans la peur, une peur confortée par une incontestable agressivité anti-religieuse et un légitime sentiment de désarroi.

« Fondé sur une analyse précise et extrêmement bien documentée des nouvelles tendances qui la tirent vers un conservatisme ‘’à droite toute’’, Henri Tincq fait état de chiffres glaçants, de slogans inquiétants, de silences assourdissants. Faisant le lien avec les grands courants du passé, des dérives réactionnaires du XIXe siècle et de l’Action Française au catholicisme social, il constate une dérive «  catho-identitaire  ». L’Église de France se réfugie dans une contre-société réfractaire à toute nouveauté. Le mariage pour tous en a été un déclencheur, l’Islam ne lui est plus qu’épouvante  ; elle est persuadée qu’une ‘’cathophobie’’ existe. Comment enrayer cette spirale qui ne fait que nuire, à l’Eglise, quand on est un chrétien humaniste  ? »

Aujourd’hui il s’exprime dans de qui fut longtemps un creuset de l’athéisme journalistique :  Libération (Bernadette Sauvaget). Est-il un catholique blessé ? Extraits :

« En partie, oui. Je ne reconnais plus l’Eglise de ma jeunesse, le catholicisme dans lequel j’ai été éduqué, où j’ai milité lorsque j’étais jeune et sur lequel j’ai beaucoup écrit au début de ma carrière de journaliste. C’était un catholicisme social, ouvert, généreux, missionnaire, œcuménique, cherchant le dialogue avec les autres religions et le monde athée. La montée des forces de droite, voire d’extrême droite, au sein du catholicisme français est une cruelle déception. Elle se traduit par des réflexes identitaires, néoconservateurs qui défigurent l’histoire et l’héritage de l’Eglise dans notre pays. »

Tranchées médiatiques

Plus ils avancent en âge et moins les journalistes font l’économie de leurs souvenirs professionnels. Notre confère catholique n’échappe pas à cette règle universelle :

« En 1988, j’avais assisté, comme journaliste du Monde, à Ecône, en Suisse, aux ordinations illégales d’évêques par Mgr Lefebvre, le chef de file des intégristes catholiques. Avec beaucoup d’autres observateurs, je me disais que ce petit mouvement opposé à toute évolution de l’Eglise et au concile Vatican II allait finir comme une petite secte.

« Cela ne s’est pas du tout passé de cette manière-là. Et c’est une surprise pour moi. Ce petit monde intégriste a fait mieux que résister. Il a continué de prospérer. Les ‘’lefebvristes’’ disposent de 600 prêtres à travers le monde, dont la grande majorité en France. Actuellement, ils comptent plus de 200 séminaristes. Ce chiffre est à mettre en parallèle avec celui des 650 séminaristes seulement en formation actuellement dans les diocèses classiques en France. L’Eglise perd beaucoup de prêtres. Mais les traditionalistes et les communautés catholiques, dites «nouvelles» qui sont proches d’eux, disposent de troupes jeunes et déterminées. »

Pour Henri Tincq l’un des marqueurs du nouvel « intransigeantisme » catholique « néoconservateur» réside dans l’opposition aux actuels projets politiques d’extension de la procréation médicalement assistée et de la gestation pour autrui. Suite et fin de la confession imprimée dans le quotidien de Jean-Paul Sartre :

 « Les ‘’cathos de gauche’’ continuent d’être actifs dans la vie des paroisses et des associations, de plus en plus engagés dans des formes militantes très concrètes : la réinsertion des chômeurs, l’accueil des réfugiés, le soutien au logement social, la lutte contre les précarités. C’est un engagement discret mais proche de la réalité des souffrances, au service d’une transformation concrète de la société. Ce sont des formes d’action très estimables, qui n’ont plus rien à voir avec l’activisme et le triomphalisme de l’Eglise d’autrefois et qui, pour moi personnellement, me conviennent et me rassurent. »

Où l’on voit, une nouvelle fois, que n’est plus beau que la vérité sinon confession joliment racontée.

A demain

 

 

3 réflexions sur “Un journaliste «ne reconnaît plus son Eglise» : confession, transparence et religion

  1. Comme toute organisation composée d’êtres humains, l’Église n’est pas monolithique.
    Certes, il existe dans l’Église différents courants et tendances, cependant, sans les sous-estimer, il ne faut pas faire de certains de ces courants une généralité.
    Si, au cours de ces dernières années, certaines évolutions législatives et certaines prises de position ont contribué à « crisper » certains courants, il ne faut pas seulement regarder l’Église Catholique et les catholiques au travers d’une lorgnette principalement « citadine ».
    Les catholiques des campagnes – sans forcément être de « gauche » – ont également une approche « sociale » et vivent la solidarité avec leurs prochains.
    Je comprends la frustration de certains au regard de certaines attitudes trop souvent éloignées de l’amour du prochain et de la charité évangélique, mais il ne faut pas non plus ignorer ce qui se passe hors des villes.
    De manière générale – et cela ne s’applique pas seulement aux catholiques – il serait bon de redécouvrir ce qui se vit dans les campagnes et peut-être d’arrêter de vouloir faire grossir indéfiniment les villes. La solidarité se vit plus aisément dans les campagnes, et surtout de manière moins politique et plus humaines.
    De même. si les médias essayaient de comprendre et d’expliquer pourquoi certains ne sont pas favorables à la GPA au nom de la dignité humaine, cela permettrait un dialogue. Au lieu de cela, la plupart des médias stigmatisent les opinions et, selon les cas, les font passer pour « ringardes » ou « réac ». Cela ne peut qu’ajouter à la crispation ambiante.
    Si aucun dialogue sincère et ouvert n’est possible au sein de la société, alors c’est l’intolérance qui gagne et tout le monde perd.
    L’Église a une contribution respectable aux débats sociétaux. Le problème est que les positions de l’Église sont trop souvent stigmatisées et considérées comme réactionnaires par des médias « main stream », ce qui empêche tout débat et tout dialogue.
    Si un dialogue constructif était de nouveau possible, alors, je pense que certains courants néoconservateurs en seraient d’autant affaiblis.

    PS: Je ne prétends pas détenir la vérité mais, en tout état de cause, j’aspire à vivre dans une société plus apaisée.

  2. « Au lieu de cela, la plupart des médias stigmatisent les opinions… »
    « Si aucun dialogue sincère et ouvert n’est possible au sein de la société, alors c’est l’intolérance qui gagne et tout le monde perd. »
    C’est tout à fait juste et il ne faut pas le réduire qu’à la religion.
    Cela s’applique à tous les sujets de société dont la santé.
    Regarder ce qui se passe quand on parle de vaccins, d’homéopathie etc !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s