Médecine, violences et agressions croissantes : dès demain des cabinets vidéo-surveillés ?

 

Bonjour

C’est un reflet de notre époque que publie, chaque année depuis 2003 l’Observatoire de la sécurité des médecins. Avec, pour 2017, un triste record : pour la première fois plus d’un millier « d’incidents » recensés  agressions verbales et physiques, menaces, vols ou dégradations. Plus d’un millier au minimum, rien n’imposant au médecin de déclarer qu’il a été agressé, menacé ou victime d’un vol.

« Les généralistes restent de loin les premières victimes de ces violences, résume Le Quotidien du Médecin (Elsa Bellanger) qui reprend dans le détail les chiffres établis par l’institution ordinale.  Ils sont ainsi à l’origine de 61 % des déclarations – alors qu’ils ne représentent que 44 % de la profession. Chez les spécialistes, les praticiens les plus touchés sont, comme en 2016, les ophtalmologues (58 incidents soit 6 % des déclarations), les psychiatres (33 incidents soit 3 % des cas) et les dermatologues (25 incidents, 2 % des déclarations). »

Signe des temps l’Ordre s’inquiète également de la « progression préoccupante » des incidents relayés par les médecins du travail. Toutes spécialités confondues, les femmes sont surreprésentées parmi les victimes : elles ont déclaré 51 % des incidents (46 % en 2016), alors qu’elles ne représentent que 47 % de la profession médicale. « Le fait qu’elles soient de plus en plus nombreuses dans la profession ne suffit pas à expliquer l’augmentation des violences dont elles sont victimes et parfois la cible en tant que femmes », souligne la CSMF. Le syndicat ne donne toutefois pas d’explication.

Singuliers colloques

En pratique les agresseurs sont en majorité des patients (50 %) ou des personnes accompagnant le patient (16 %). Dans 1 % des cas, il s’agit d’un collègue ou d’un collaborateur… Les agressions ont lieu principalement en milieu urbain, en centre-ville (53 % des cas) ou en banlieue (21 %), dans le cadre d’un exercice de médecine de ville (76 % des déclarations). Principaux événements recensés : agressions verbales et menaces (62 %) mais les vols ou tentatives de vols (ordonnances et ordonnanciers, tampons professionnels, sacs à main, argent). « Dans 2 % des cas, l’agresseur utilise une arme – couteau ou un cutter le plus souvent, mais aussi des cailloux, une canne ou une hache (cas unique)… note Le Quotidien. Dans 7 % des déclarations, l’agression a entraîné une interruption de travail.

Signe des temps, encore, et de l’évolution du « colloque singulier » : les principaux motifs avancés relèvent souvent de l’exercice médical : un reproche sur la prise en charge (29 %), un refus de prescription de médicament ou d’arrêt de travail (14 %) ou encore un temps d’attente jugé excessif (10 %). Les vols et la falsification de document (ordonnance, certificat, etc.) motivent respectivement 22 % et 10 % des vols. Plus rarement, on trouve une contestation de décision médicale ou le refus de payer la consultation.

Massacres hospitaliers

Et après ? Aucune suite n’est donnée dans la majorité des cas (52 %). Seuls 10 % des incidents donnent lieu au dépôt d’une main courante. Regrettant ces taux trop faibles, l’Ordre appelle « chaque médecin victime d’une agression à engager des procédures adéquates auprès des autorités et à le signaler à l’Ordre afin qu’il puisse s’y associer ».

Et ensuite ? Le syndicat CSMF dénonce ces « situations inadmissibles » et en appelle aux pouvoirs publics : « combien faudra-t-il de médecins agressés, blessés, voire tués, pour que les pouvoirs publics réagissent ? ». Il en appelle à Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur et réclame des mesures concrètes : la reconnaissance prioritaire des numéros de téléphone des cabinets et des médecins par les services de police ou de gendarmerie ; a sécurisation des cabinets médicaux par l’installation de caméras de vidéosurveillance à proximité sur la voie publique ; l’aide publique pour l’installation de caméras de vidéosurveillance dans les salles d’attente, et de boutons d’alarme dans les cabinets. »

Pour la CSMF cette insécurité croissante est un facteur aggravant qui décourage encore plus les jeunes médecins de s’installer en libéral. L’exercice hospitalier est-il moins exposé aux violences et autres harcèlements ? On peut en douter en refermant « Hôpitaux en détresse, patients en danger. Arrêtez le massacre ! » des Prs Philipe Halimi et Christian Marescaux 1. Ce réquisitoire hors collection vient d’être publié par Flammarion. Nous y reviendrons.

A demain

1 A découvrir également la web-série « Hôpital à la dérive, patients en danger » visible sur https://passeurdalertes.org/ « Deux ans d’enquête pour comprendre ce qu’il se passe dans nos hôpitaux publics au bord de l’implosion. Maltraitance institutionnelle, souffrance des soignants, suicides, burn-out, mise en danger des patients, telles sont les conséquences des politiques menées à l’hôpital public. »

2 réflexions sur “Médecine, violences et agressions croissantes : dès demain des cabinets vidéo-surveillés ?

  1. Merci de l’attention que vous accordez au livre du Professeur Philippe Halimi fondateur de l’association Jean-Louis Megnien.Bernard Nicolas m’a fait l’honneur d’intégrer mon témoignage dans cet ouvrage .

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