Assistance médicale à la procréation : depuis près de 30 ans ils ne se parlent plus. Leurs noms ?

 

Bonjour

Même les Etats Généraux de la Bioéthique ne les réuniront pas. On peut, au choix, voir là une fâcherie enkystée, un conflit d’ego qui a définitivement mal tourné, une vieille opposition politique radicalisée. C’est aussi, pour les plus optimistes, un symptôme éclairant témoignant à sa maière de deux visions de la bioéthique.

L’un est médecin, l’autre pas. Les deux le font savoir régulièrement, dans les médias, depuis près de quarante ans. Le premier a 74 ans et milita un temps au sein de l’Union des étudiants communistes (UEC).Le  second a quatre de plus, a connu Jean Rostand et se pose en ennemi absolu du libéralisme économique. Les deux tirent, pour l’essentiel, leur aura médiatique, après la naissance d’ « Amandine-premier-bébé-éprouvette-français-né-en-1982 », de leurs engagements publics respectifs. Les deux ont tôt compris l’importance d’avoir un accès facilité dans les médias généralistes.

On aura reconnu, à notre droite, René Frydman et, sur l’autre rive, Jacques Testart. Ce dernier a, une nouvelle fois, la parole dans les colonnes du Monde. Pour un entretien-autobiographie militant (Catherine Vincent). L’actualité, s’il en fallait une, est toute trouvée : les Etats généraux de la bioéthique et son dernier ouvrage en date 1 dans lequel il dénonce « les promesses suicidaires des transhumanistes ».

Confidences d’un trappeur

Où l’on retrouve son histoire, ses souvenirs de « trappeur de banlieue » quand, déjà, il « adorait capturer les animaux vivants. C’était dans une zone qui ne s’appelait pas encore le « 9-3 », avec des vaches, des hannetons, des mésanges et des mulots. Et, à 12 ans, l’athée Jean Rostand.

On retrouve le jeune homme en pension dans le Var, à l’Ecole pratique d’agriculture de Hyères ; avec bientôt, un diplôme de jardinier-horticulteur-arboriculteur-apiculteur. 1958. La guerre. L’Ecole supérieure d’agriculture d’Alger. Confidence :

« Dans un pays en guerre, on ne parle pas -politique : on relate les faits divers, les horreurs qui arrivent aux uns et aux autres. Plus de la moitié de ma promotion était constituée de Français d’Algérie. J’entendais donc surtout le son de cloche des pieds-noirs, mais je tombais parfois sur des tracts du FLN et je ne savais pas trop quoi penser… Et puis, au bout d’un an, j’ai rencontré Danièle, une juive pied-noir qui est devenue ma femme. Ses parents étaient commerçants à Alger, ils sont partis comme tout le monde en  1962 et je suis rentré avec eux. Je me suis marié avec Danièle – la première de mes trois épouses. Nous nous sommes inscrits au PCF, que j’ai quitté après Mai  68 pour adhérer à la Ligue communiste. »

Puis la rencontre avec l’extraordinaire Charles Thibault, de l’Institut national de la recherche agronomique ; puis celle avec le non moins remarquable Emile Papiernik de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. La suite est connue qui, dans la foulée de Louis Brown (1978) le verra passer de la physiologie de la reproduction bovine à l’humaine. Et, déjà, les premières tensions avec René Frydman :

« Il essayait de s’approprier le laboratoire comme si j’étais son technicien, ce que je ne supportais pas du tout. Et puis, il y a eu la grossesse d’Amandine. Et l’accouchement, je ne l’ai pas vécu. Je l’ai appris à 3 heures du matin par un coup de fil de Frydman, qui m’annonce que le bébé [Amandine] est sorti, que ça s’est très bien passé et qu’on a une conférence de presse à midi ! ».

Viré de l’hôpital Béclère

Nous souvenons de l’ambiance triomphaliste bon enfant. Qui, alors, percevait les tensions au sein du jeune duo réuni par Papiernik ? Reste, aujourd’hui, une mémoire vive :

« Le battage médiatique qui a suivi la naissance d’Amandine nous a transformés – abusivement – en -héros. On en rigolait ensemble, on allait dans des congrès à l’autre bout du monde… C’était assez confortable, bien sûr. Mais en même temps, je trouvais que ce n’était pas mérité. Entre Frydman et moi, les choses ont continué de se dégrader. Nous avions monté un vrai laboratoire hospitalier, avec du bon matériel, mais nous étions de moins en moins souvent d’accord. Frydman voulait qu’on congèle les ovules, moi j’étais contre car, à l’époque, cela créait des anomalies chromosomiques… Nous avions beaucoup d’autres sources de conflits. Jusqu’à ce que j’apprenne, en  1990, que j’étais viré de l’hôpital Béclère.

« Où en sont, aujourd’hui, vos relations avec René Frydman ? » lui demande Le Monde.  « On ne s’est pas reparlé depuis 1990 » 2.

On lira la suite qui témoigne pleinement de la prescience de Testart quant aux dérives potentielles à venir, avec l’émergence du diagnostic pré-implantatoire et celle de l’ICSI. Prophétie et militantisme pluriel contre les menaces d’un nouvel eugénisme, démocratique.

Aujourd’hui un nouveau livre et, toujours, un besoin d’espérance qui fait que cet athé est parfois courtisé par des catholiques.  Et toujours, chez Testart, ce sens de la formule :

«  Le transhumanisme, c’est le nouveau nom de l’eugénisme. C’est l’amélioration de l’espèce par d’autres moyens que la génétique. C’est la perspective de fabriquer des humains plus intelligents qui vont vivre trois siècles, quand les autres deviendront des sous-hommes. Et cette perspective, qui créera une humanité à deux vitesses, est en passe d’être acceptée par la société. »

A demain

1 Testart J. Rousseaux A. « Au péril de l’humain » Editions du Seuil

2 On retrouve toutefois leur deux noms parmi les signataires de la tribune « GPA : ‘’Non au marché de la personne humaine’’ » publiée dans Le Monde du 19 janvier dernier

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