Trop, c’est trop : Agnès Buzyn en assez du discours «catastrophiste» sur les hôpitaux

Bonjour

Le pouvoir exécutif au four et au moulin médiatique. Hier le Premier ministre dans Le Parisien pour affirmer que rien ne le ferait céder dans le conflit envenimé avec la SNCF « Nous irons jusqu’au bout ! ». . Jeudi le président de la République dans un exercice inédit chez … Jean-Pierre Pernaut (TF1)  Aujourd’hui Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé dans Libération.

Où l’on entend, pour la première fois, une femme en colère contre un discours médiatique dominant qui évoque la crise profonde que traverse le système hospitalier français. Et en même temps un hommage appuyé à une majorité des établissements qui œuvrent sans crier. « Un numéro d’équilibriste avant l’annonce, en mai, d’un plan de réformes ‘’conséquent’’» croit savoir Libé.

 « L’hôpital, c’est un monde que je connais très bien, j’y ai passé plus de trente ans », aime à dire la ministre. Le reconnaîtrait-elle aujourd’hui. Et pourquoi, depuis Paris, parler de cette immensité au singulier ? A-t-elle lu l’inégal mais profondément dérangeant « Hôpitaux en détresse, patients en danger » des Prs Philippe Halimi et Christian Marescaux (Flammarion). Comprend-elle les raisons profondes de ce qu’elle perçoit comme un dénigrement quand d’autres voient, avec raison, une succession d’appels au secours ? Ou une perte progressive de sens.

En quoi l’exercice du pouvoir exécutif modifie-t-il la vision de la réalité ? Morceaux choisis des propos tenus à Libé (recueillis par Eric Favereau – photo de Jérôme Bonnet).

« Si j’ai accepté ce poste de ministre, c’est notamment parce que, connaissant bien notre système de santé et l’hôpital, je souhaitais faire bouger les lignes. J’ai ouvert avec le Premier ministre un vaste projet de transformation du système de santé. Je vois bien que le problème n’est pas l’hôpital pris isolément et je ne veux pas faire une énième reforme qui ne traiterait en fait qu’un bout du sujet. L’hôpital s’inscrit dans un environnement. Et cet environnement dysfonctionne aussi. Les chantiers de transformation nous projettent à court et moyen terme (…)

« Il y a des secteurs hospitaliers qui sont en surchauffe comme les urgences, mais il y a aussi des services en sous-activité  1 (…) : il y a donc des lits qui devraient basculer. Il faut s’organiser différemment. En plus, avec le passage de la chirurgie vers l’ambulatoire – 70 % au moins de tous les actes chirurgicaux -, on aura moins besoin de lits. Voilà. Chaque hôpital doit se poser la question de ce changement et de sa réorganisation. (…) Un problème complexe s’ajoute : l’attractivité des carrières. Un groupe de travail doit nous remettre des propositions pour faire bouger les lignes aussi en matière de ressources humaines, afin de proposer des perspectives de carrière plus variées, plus ouvertes au sein de l’hôpital. »

Solidarité gouvernementale historique

Agnès Buzyn s’irrite : « J’en ai assez du discours catastrophiste sur l’hôpital. Nos hôpitaux publics font un travail remarquable (…) Oui, il y a des lieux qui dysfonctionnent, 10 % à 14 % des services d’urgences sont en surchauffe, mais pas tous, loin s’en faut. Partout ou presque, ce sont des lieux de soin de qualité et même des centres d’excellence. »

La suite ? Ce sera  Il « mieux les positionner et jouer la complémentarité entre les hôpitaux plutôt que la compétition » ; « maintenir des hôpitaux de proximité et des hôpitaux qui vont accueillir et traiter les maladies complexes, qui demandent des plateaux techniques et des compétences spécifiques » ; « avoir des hôpitaux flexibles » quant au nombre de leurs lits ; des hôpitaux « agiles ». On entend des hôpitaux intelligents, mais le mot n’est pas dit. Sans oublier une petite déflagration : « tout ne doit pas venir du ministère ou du directeur ».

Reste à comprendre le pourquoi profond de l’expression de ce malaise. Une nouvelle fois Agnès Buzyn dénonce le rôle malsain de la tarification à l’activité (T2A) – « Aujourd’hui, des hôpitaux veulent siphonner l’activité de leurs voisins, c’est absurde et ce n’est pas sain ». Une T2A qui sera non pas supprimée mais dont le poids sera « nuancé ». Et une Haute Autorité de Santé (que la ministre connaît bien pour l’avoir présidée) qui devra doit « aller beaucoup plus vers la pertinence des pratiques médicales ».

Pour le reste c’est tout simplement, selon elle, « le système qui arrive au bout ». C’est « l’hôpital, la médecine de ville et le parcours qui ne vont pas bien ». Mais aucun souci quant à l’exécutif : « Jamais un gouvernement n’a été aussi solidaire ». On aimerait savoir, précisément, depuis quand.

A demain

1 Agnès Buzyn : « Il y a des secteurs hospitaliers qui sont en surchauffe comme les urgences, mais il y a aussi des services en sous-activité. Regardez en hépatologie, on soigne et on guérit des hépatites avec des médicaments sans hospitaliser les malades ; il y a donc des lits qui devraient basculer.» Qu’en pensent les hépatologues hospitaliers en sous-activité.

 

2 réflexions sur “Trop, c’est trop : Agnès Buzyn en assez du discours «catastrophiste» sur les hôpitaux

  1. Pour un Scoop c’en est un ! Pas même du temps du seul Interféron, les patients atteints d’une hépatite C étaient hospitalisés. Sur les 8 à 12 000 traitements en bi-thérapie idem. Pour les anti-prothéases de 1ère génération (bocéprévir/télaprévir) accumulant les effets secondaires et le recours à l’EPO et les culots de sang au pire, on était en ambulatoire. Alors d’où vient cette fable qui d’ailleurs ne peut s’appuyer sur aucune donnée épistémologique* fiable & récente ? On ne connait même pas le nombre exact de cancer du foie (natif or not, ni le nombre de décès).
    Elle reposerait sur les patient.e.s avec cirrhose décompensée, cancer du foie, ascite, encéphalopathie qui sont arrivé.e.s en soins intensifs parce que dépisté.e.s plus que tard et les transplantations. Près de 80 000 personnes sont malades chroniques du VHC sans le savoir. Et ce n’est pas avec les budgets débloqués pour le dépistage, les TROD & le matériel de prévention de RDR pour les usagers injecteurs & crackers que les choses vont s’arranger.
    Le mot d’ordre lancé il y a bien longtemps « Plus vite on sait, plus vite on est guéri » reste toujours d’actualité. L’orientation vers un dépistage généralisé via un bilan de santé par les MG est à mettre en oeuvre. Reste que sur une estimation de 3 malades chroniques pour la patientèle d’un MG, passé le défrichage, la tâche reste difficile.

    * épidémiologie Hépatite C : le 1er rapport de recommandations 2014 reposait sur certaines données de 2004. A la demande d’experts comme Didier Samuel et des associations, une actualisation & une recherche des données devaient être mises en oeuvre. Nous l’attendons toujours.

    Patrick Favrel activiste Hépatant & contributeur du Rapport (sur les chapitres : usagers de drogues, transplantation)

  2. Une ministre ayant vécu elle-même ainsi qu’elle l’affirme un harcèlement moral ne devrait-elle pas pourtant être dérangée par la violence du management hospitalier ?Comment espérer un hôpital « attractif » alors que la carrière d’un médecin hospitalier se conclut par une autolyse ?

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