Sperme, ovules, embryons : les donneurs français devront décliner leur identifiants

Bonjour

Comme désarçonnés. L’annonce, hier 17 avril 2018, dans les colonnes du Monde, du changement radical de doctrine de la Fédération nationale des Centres de Conservation des Œufs et du Sperme (Cecos) a pris les médias généralistes de court. La Croix « ouvre le débat » quand Le Figaro et Libération font l’impasse sur le sujet. France Inter tente la pédagogie quand RTL demande des explications à Nathalie Rives, présidente de la Fédération des Cecos.

L’affaire n’est pas des plus simples qui devra, in fine, être tranchée par le législateur. Résumons-là. La Fédération des Cecos (29 centres qui organisent le don de gamètes en France, et conservent spermatozoïdes, ovules et embryons) se prononce en faveur d’une « levée partielle de l’anonymat des donneurs » Ceci vaudrait pour les donneurs de sperme, mais aussi pour les donneuses d’ovocytes et les couples donneurs d’embryons « surnuméraires » conçus dans le cadre de fécondations in vitro. Ces données pourraient être  « un texte décrivant les motivations du donneur, son origine géographique, son secteur d’activité professionnelle, ses antécédents médicaux (et ce alors même même si les personnes présentant des risques sont dès à présent écartées…), s’il a des enfants ou non, le nombre d’enfants issus du don etc. »

« Cela permettrait de répondre aux attentes de certains enfants ou jeunes adultes conçus par don, en humanisant le donneur, sans déstabiliser l’édifice actuel » explique Nathalie Rives. Rien n’est encore acquis en ce qui concerne le caractère obligatoire ou non, pour les donneurs, de ces mesures. Donner ses cellules sexuelles, voire ses embryons « surnuméraires » imposera-t-il de donner aussi cette somme de données dont on postule (sans doute à tort au vu des progrès du numérique) qu’elle seront « non identifiantes » ?

Porte ouverte au commerce des gamètes

En toute hypothèse la position de la Fédération des Cecos marque une rupture majeure et sans doute irréversible dans l’histoire française du don de gamètes. L’anonymat était (avec la gratuité et le bénévolat) l’une des clefs de voûte du dispositif éthique mis en place, en 1973 par le Pr Georges David à l’hôpital de Bicêtre.  « Il était une réponse aux opposants à cette technique proposée à certains couples infertiles, en particulier l’Eglise catholique, qui assimilaient le don de gamètes à un adultère » se souvient Le Monde. C’était aussi, et surtout, l’extension du modèle éthique mis en place avec le don du sang (et plus tard des organes) – ainsi qu’un rempart contre la marchandisation du corps humain. Et c’est ce modèle, largement plébiscité en France, qui fut intégré dans les premières lois de bioéthique de 1994.

« Notre proposition permettrait de répondre aux attentes de certains enfants ou jeunes adultes conçus par don, en humanisant le donneur, sans déstabiliser l’édifice actuel », estime Nathalie Rives. Pourquoi ne pas aller plus loin et donner satisfactuin à celles et ceux qui (comme  l’association PMAnonymes) réclament la possibilité pour les enfants d’accéder à l’identité du donneur à leur majorité. Pourquoi ne pas plaider en faveur d’un accès sans limitation aux origines personnelles d’une personne majeure qui le souhaiterait ?

 « L’identité du donneur n’est pas forcément la réponse au questionnement des jeunes adultes, répond  Mme  Rives. Parallèlement, nous savons que les couples receveurs plébiscitent l’anonymat du don. Le recours au don de gamètes s’effectue après un parcours difficile, qui les oblige à renoncer à concevoir avec leurs propres spermatozoïdes ou ovules. C’est une grande souffrance. L’intervention d’un tiers identifié dans leur démarche n’est pas souhaitée. »

Quel serait l’impact de cette mesure sur le nombre de donneurs de gamètes ? Nul ne le sait. « Ceux qui donnent aujourd’hui n’y sont pas prêts, reconnaît Mme Rives. Seront-ils remplacés par une autre catégorie de donneurs ? » Si oui lesquels ? Si tel n’est pas le cas, et après avoir été fermées durant un demi-siècle, les portes seront ouvertes, en France, au commerce des cellules sexuelles.

A demain

 

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