Nouveaux comas : la « drogue du viol » est devenue une source d’ivresse sans alcool

Bonjour

La mode est partout y compris dans le champ des toxicomanies. A Paris, du temps de Jean Cocteau, c’était l’opium 1. Aujourd’hui, si l’on en croit Le Parisien/Aujourd’hui en France, c’est le GHB/GBL. Cette ancienne « drogue du viol, revisitée, représenterait une nouvelle menace considérable pour les fêtards de la capitale – au point d’en faire trembler une préfecture de police depuis peu orpheline du Palais de Justice (et bientôt de l’Hôtel-Dieu).

Sans doute faut-il ici raison garder et revenir à l’essentiel : une note datée du 13 avril de l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT) : « GHB/GBL, éléments récents d’information ».

Viols et récréations

De quoi parle-t-on ici ?  Du GHB (gamma-hydroxybutyrate), classé comme « stupéfiant » en France depuis 1999. C’est une molécule utilisée dans le cadre médical comme anesthésique et dans le traitement de la narcolepsie. Mais c’est aussi, en même temps,  une substance « consommée de manière récréative » ainsi (mais beaucoup plus rarement) que dans le cadre de « tentatives de soumission chimique » – d’où son ancienne appellation de « drogue du violeur ».

Que savoir, en pratique ? Que ses effets apparaissent au bout de 15 minutes et durent habituellement 1 heure 30 à 2 heures. Qu’à faibles doses, elle a un effet relaxant, désinhibant et euphorisant. Mais qu’au-delà ses effets sédatif et dépresseur respiratoire peuvent conduire à une perte de conscience -« communément appelée G-hole » (sic) –  qui peut « aller jusqu’à un coma et aboutir au décès » (re-sic).

Savoir aussi, l’affaire ne manque pas de sel, que le GBL (gamma-butyrolactone) est un solvant industriel qui, une fois ingéré, est transformé en GHB par l’organisme. « La prise de GBL entraîne donc les mêmes effets que celle du GHB bien qu’ils apparaissent plus progressivement (30 à 45 mn) et durent un peu plus longtemps (3 à 5 heures) » précise, dans sa sagesse, l’OFDT.  Et signe des temps difficiles que nous vivons, ce dernier a vu, à partir de 2006, le GBL se substituer progressivement au GHB en raison de son faible coût (de 50 à 70 euros le demi-litre) et de sa facilité d’accès via Internet – en dépit de l’interdiction de cession au public intervenue en 2011. A savoir :

« Le GHB, incolore et inodore et le GBL, incolore, sont facilement transportables dans les établissements festifs où ils sont dilués sur place dans de l’eau ou un soda. Le GHB/GBL fait très rarement l’objet d’une revente en établissement. Il est le plus souvent partagé entre consommateurs. »

« Jusqu’au milieu des années 2000, la consommation de GHB est un phénomène bien circonscrit à une frange du milieu homosexuel masculin et urbain qui fréquente notamment les clubs gay , principalement parisiens. L’usage du GHB/GBL s’intensifie provoquant à Paris une série de surdoses (avec coma) relayées par des campagnes de presse et de prévention dans le milieu festif gay. Ils’étend aux espaces gay friendly de plusieurs métropoles régionales françaises (Bordeaux, Lille, Toulouse et Marseille).

« Ce milieu ne concerne pas les personnes homosexuelles en général. Il s’agit des personnes qui fréquentent le milieu de la fête et notamment les cercles urbains gays ou à tendance gays où une attention particulière est prêtée au corps et aux activités sexuelles. »

A Paris : préfet de police et prophète de la nuit

Les consommateurs trouvent dans le GHB/GBL une alternative peu onéreuse à l’alcool – qu’ils consomment habituellement. Il peut être utilisé « à des fins de stimulation du désir sexuel, d’amplification de la libido ou encore de recherche d’endurance et de performance sexuelle ». Et depuis environ deux ans il connaît en outre, une nouvelle diffusion dans les clubs et discothèques – une offre « liée au développement récent d’une offre festive regroupant différentes populations.

« Ainsi, l’usage du GHB/GBL concerne aujourd’hui une population mixte (filles et garçons) et de plus en plus jeune (17-25 ans) qui fréquente habituellement les espaces festifs généralistes. Au sein des espaces festif techno, les motivations des jeunes usagers sont liés à la recherche d’effets semblables à ceux de l’ecstasy/MDMA (d’où le nom d’« ecstasy liquide » parfois donnée au GHB/GBL par ces consommateurs) : euphorie, désinhibition, sentiment de bien-être, empathie, intensification des perceptions. »

Or ces nouveaux usagers, quels que soient leurs profils, n’ont qu’une faible connaissance du produit et des risques. Peu familiers des dosages précis indispensables à une consommation « récréative », ils consomment en outre le GHB/GBL avec d’autres substances, notamment l’alcool, ce qui accroît considérablement les risques de comas.

Plusieurs « articles de presse » ont fait état de ce type d’événements fin 2017 et début 2018 alors que les professionnels organisateurs de soirées ont relayé des inquiétudes sur les conséquences de ces usages. Depuis 2014, le CEIP-A de Paris, ville particulièrement concernée, constate une augmentation des cas de comas pour lesquels la consommation de GHB/GBL est incriminée. Le nombre de comas qui lui a été signalé a ainsi doublé entre 2014 et 2017 pour atteindre une quarantaine de cas en 2017. Le phénomène continue en 2018 et inquiète les patrons des ces nuits festives. Comme ceux du  « Rosa Bonheur sur Seine », du « Rex Club », des « Nuits fauves » ou du « Petit Bain ».

Dans Le Parisien, Michel Delpuech, 65 ans, préfet de police de Paris, prophétise : « Si rien n’est fait, on pourrait avoir 100 comas dans l’année ». Et après ? Cocteau, lui, en était revenu. Né en 1889 il est mort en 1963.

A demain

1 Cocteau J. Opium (Stock). « En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d’une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Roussel) viennent s’ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel), sur la poésie, sur la création, sur l’art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c’est celui de l’opium.  » Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est quitter le train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort.  » »

 

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