Augmentation factice du prix du tabac : quand les fabricants narguent ouvertement l’Etat

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La comédie continue : le gouvernement annonce urbi et orbi qu’il augmente les prix du tabac pour lutter contre un fléau addictif dont il se repaît ; les cigarettiers décident aussitôt de rogner sur leurs marges dégonflant du même coup l’effet annoncé par le pouvoir politique.

Le dernier épisode est rapporté, ce lundi 30 avril 2018 par Le Figaro (Ivan Letessier) et repris par le site des buralistes. Qu’apprend-on ? Qu’en dépit de la publication de nouveaux tarifs les prix des paquets de cigarettes ne varieront qu’à la marge, ce lundi. Il est vrai que les nouveaux prix avaient été publiés dans un arrêté au Journal Officiel daté du 1er avril.

En pratique le paquet de vingt Marlboro Red (leader du marché) qui était à 8 euros depuis le 1er mars – contre 7,30 euros auparavant – va conserver ce prix. Dans la même catégorie, les paquets de Philip Morris et de Gauloises blondes restent eux aussi à 8 euros, tandis que ceux de Camel filtre passent à 7,90 euros, soit une baisse de 10 centimes.

En « entrée de gamme », les Winston Rouge et les Chesterfield Red restent à 7,80 euros, tandis que les Lucky Strike Red, qui étaient au même prix, baissent de 10 centimes à 7,70 euros – contre 6,80 euros avant le 1er mars. Les Gauloises blondes ? Elles restent à 8 euros.  Pour sa part le gouvernement fait valoir que le prix moyen du paquet de 20 cigarettes s’établit désormais à 7,90 euros, avec des tarifs allant de 7,50 euros à 9,30 euros, et que « près de la moitié des paquets de 20 cigarettes auront un prix égal ou supérieur à 8 euros ». Rappelons que ce même gouvernement envisage toujours, officiellement, d’atteindre un prix public minimal de dix euros d’ici novembre 2020.

Cigarettes tombées du camion

Dans le même temps Le Figaro fait valoir, « sacré paradoxe », que la hausse des recettes fiscales sur les produits du tabac attendue par Bercy risque d’être inférieure à ce qui avait été prévu dans le budget 2018. En théorie la décision gouvernementale d’augmenter les taxes avait notamment pour objet d’inciter les cigarettiers à relever leurs prix, de faire chuter les ventes chez les buralistes et de doper les recettes fiscales. « En préparant le budget 2018, voté au Parlement en décembre, les services de Bercy ont chiffré la hausse des recettes fiscales sur les produits du tabac à 500 millions d’euros pour cette année, en plus des 12 milliards perçus en 2017, résume Le Figaro.  La hausse risque d’être inférieure. »

 D’abord parce que la baisse des ventes officielles est légèrement plus forte que celle anticipée à Bercy. Ensuite à cause la stratégie des cigarettiers. Ainsi  Philip Morris International (PMI) et ses Marlboro.

« En fixant le prix de Marlboro à 8 euros (au lieu de 8,40) et celui de sa seconde marque Philip Morris à 7,90 euros (au lieu de 8,30), PMI n’a pas seulement contraint ses rivaux à limiter leur hausse. Il a entraîné un manque à gagner pour l’État, qui avait fait ses projections de recettes fiscales sur des prix plus élevés. ‘’L’État sera privé en 2018 de 199 millions d’euros de recettes fiscales du fait du positionnement choisi par Marlboro, assure un industriel du tabac, qui tient à garder l’anonymat. Ajouté à l’impact du choix de ses rivaux de positionner les marques les moins chères à 7,70 euros, le manque à gagner pour l’État grimpe à 309 millions d’euros’’.»

Un calcul contesté par la direction des Douanes, à Bercy. Reste cette vérité qui est que l’État français ne peut imposer les tarifs qui restent déterminés par les cigarettiers. Il ne peut que fixer que le «minimum de perception», élément fiscal fixé par le législateur. Depuis mars, le minimum de perception correspond à un prix plancher du paquet de 7,90 euros. En théorie. Et reste cette autre vérité, que personne ne semble capable (ou désireux) de chiffrer : les ventes des mêmes cigarettes, mais à des prix nettement inférieurs, en dehors du circuit officiel des buralistes.

A demain

 

 

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