Religion et thérapeutique : première confession du Dr Michel Aupetit, archevêque de Paris

 

Bonjour

Il parle. Il parle, enfin, et c’est dans Le Quotidien du Médecin. Et que nous dit Mgr/Dr Michel Aupetit ? Ceci : « Le médecin n’a pas l’obligation de répondre à tous les desiderata des patients ». « Sur la bioéthique, le nouvel archevêque de Paris ne mâche pas ses mots, résume Le Quotidien. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, cet ancien généraliste parle en médecin aux médecins. Il s’inquiète de l’évolution actuelle de leur métier et justifie les positions de l’Église, hostile aux évolutions de la législation en matière de fin de vie, de recherche sur l’embryon ou de procréation médicalement assistée.

« Face à de telles sollicitations, le médecin a-t-il encore une latitude pour réfléchir ? » interpelle-t-il. Et d’alerter sur le risque d’une « société du désir individuel aux conséquences terribles ». Morceaux (généraux) choisis – suivis de quelques exemples concrets :

« La médecine évolue et c’est important : plus on a de moyens à disposition, mieux l’on peut soigner les patients. La question bioéthique est : que fait-on de ce progrès technique ? J’ai peur que nous pratiquions une médecine à l’anglo-saxonne, fondée sur le contrat, et non plus une médecine fondée sur la relation de confiance entre le médecin et le patient, qui est pourtant la tradition médicale française 1. Je crois beaucoup à cette médecine fondée sur la confiance : la confiance fait partie prenante du soin. L’homme n’est pas seulement une mécanique ou un complexe moléculaire ou chimique ; c’est aussi une personne qui entre en relation. Et cette relation fonde le soin, l’accompagnement et la thérapie.

« Ce glissement vers le contrat m’inquiète. Je crois à la rencontre de deux libertés : le patient doit avoir la liberté de choisir son médecin ; et le médecin, sauf urgence, n’a pas l’obligation de répondre à tous les desiderata des patients. C’est le pacte fondateur de la médecine. Le corps médical est dans une situation difficile. Aujourd’hui, il tend à être considéré comme un prestataire de service. Et ça c’est terrible.  ‘’C’est possible, donc je vous le demande’’ : face à de telles sollicitations, le médecin a-t-il encore une latitude pour réfléchir, ou est-il simplement là pour exécuter des ordres ? »

« L’Église n’est pas là pour faire des lois, mais pour éveiller les consciences. Quelle société voulons-nous pour demain ? Il y a un vrai enjeu de société. Nous sommes à un carrefour entre deux sociétés. L’une est fondée sur la fraternité, elle repose sur les relations interpersonnelles, et sur un droit qui cherche la défense du plus faible. Mais aujourd’hui, un autre type de société se construit, fondée sur l’individualisme et sur le principe de l’autonomie. Le droit change et s’aligne sur les désirs individuels. Cela devient, comme pour la médecine, un contrat entre l’État et la personne. Il n’y a plus de principe commun. Avec le risque de verser dans le communautarisme. »

Au sujet de la PMA/AMP :

Pour Michel Aupetit la question est : y a-t-il un droit de l’enfant ou un droit à l’enfant ? A-t-on droit à l’enfant ? « Non, répond-il. C’est le chosifier. (…) La Convention relative aux droits de l’enfant adoptée en 1989 avec la participation de la France, mentionne le droit d’être élevé par son père et par sa mère. Voulons-nous une société du désir individuel aux conséquences terribles ? Ou celle qui prône le respect des personnes, du droit de l’enfant, des plus fragiles… »

Concernant le disgnostic prénatal et la trisomie :

Pour Michel Aupetit la question est que fait-on des avancées techniques ? « Le progrès technique est-il ordonné au progrès humain ? Le diagnostic prénatal est formidable pour détecter des problèmes et anticiper des soins. Mais s’il ne sert qu’à éliminer les trisomiques, ça ne va pas. C’est entrer dans une société eugéniste où les plus faibles n’ont plus leur place.  Ce qui pose problème, c’est que l’on procède à un tri sélectif. Or nous sommes tous porteurs d’une pathologie, quelle qu’elle soit. De prime abord, pouvoir avoir des enfants qui ne sont pas porteurs d’une pathologie semble bien. Mais, ceux qui en sont porteurs n’auraient-ils pas le droit de vivre ? Les trisomiques eux-mêmes se disent : ‘’Et moi, est-ce que la société m’accepte ? ‘’ ‘’Est-ce que j’aurai le droit de vivre »

Concernant Emmanuel Macron, président de la République.

 On se souvient qu’au Collège des Bernardins Jupiter avait dit qu’il entendait la voix de l’Église sur la thématique de l’AMP, mais qu’en même temps, il lui demandait d’ouvrir les yeux sur la réalité sociétale. « Je ne juge pas des intentions du Président, répond le médecin-évêque.  Il a dit ce qu’il avait à dire, et aussi que nous avions le droit de nous exprimer, ce que nous faisons. » Expression :

« Jusqu’à présent, l’AMP compensait la souffrance d’un manque pour un couple victime d’infertilité. La médecine est réparation d’un dommage. L’adoption quant à elle, est la compensation d’une situation malheureuse existante. Mais créer un enfant qui n’aurait pas de père, ce n’est pas réparer une injustice, c’est en créer une ! L’AMP sert ici à maîtriser la procréation et à jouer aux apprentis sorciers. Voyez ce qui se passe aux États-Unis, où l’on commence à choisir les bébés sur catalogue dans certaines cliniques. »

L’oracle a parlé. Ite missa est. La consultation vient de s’achever.

A demain

1 Ceci n’est bien évidemment pas sans faire songer au « colloque singulier », du moins dans son acception première : la relation « bilatérale et protégée, en confiance, du médecin et de son patient ». Avec cette expression marquante et historique fréquemment prêtée au Dr Louis Portes : « la rencontre d’une confiance et d’une conscience ».

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