« PMA pour toutes » :  les bataillons catholiques face à l’armée d’Emmanuel Macron 

 

Bonjour

D’un côté les promesses du candidat Macron, de l’autre les exhortations mystiques du président de la République au Collège des Bernardins. Au centre la question de l’ouverture ou pas de la pratique de l’insémination artificielle médicalisée au-delà du champ de la thérapeutique de la stérilité. L’affaire de la « PMA pour toutes » marque ainsi les limites du consensuel en même temps macronien.

« PMA : En marche sur des œufs » s’amuse Libération « Emmanuel Macron, il est des promesses visiblement plus difficiles à tenir que d’autres, écrit Matthieu Ecoiffier. Notamment celle d’ouvrir la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. » Et Libé de rapporter qu’à l’occasion de son premier anniversaire à l’Elysée, certains de ses proches ont été interpellés sur la concrétisation de cet engagement de campagne. «Je suis attaché à ce que nous fassions ce que nous avons dit, que la PMA pour toutes soit adoptée avant la fin du mandat de la majorité», a ainsi déclaré l’indéfectible Richard Ferrand, général en chef des députés LREM, sur France Inter. « Sans enthousiasme et en marchant sur des œufs » a noté Libé.

On sait aussi que pratiquement en même temps, Michel Aupetit, archevêque de Paris rappelait son credo politico-éthique dans les colonnes du Quotidien du Médecin.

« Nous sommes à un carrefour entre deux sociétés. L’une est fondée sur la fraternité, elle repose sur les relations interpersonnelles, et sur un droit qui cherche la défense du plus faible. Mais aujourd’hui, un autre type de société se construit, fondée sur l’individualisme et sur le principe de l’autonomie. Le droit change et s’aligne sur les désirs individuels. »

Au sujet de la « PMA pour toutes » et à la question de savoir s’il doit exister un droit à l’enfant, Mgr Michel Aupetit répond : « Non. C’est le chosifier. (…) La Convention relative aux droits de l’enfant adoptée en 1989 avec la participation de la France, mentionne le droit d’être élevé par son père et par sa mère. Voulons-nous une société du désir individuel aux conséquences terribles ? Ou celle qui prône le respect des personnes, du droit de l’enfant, des plus fragiles… »

Diabolisation

Et il ne faut oublier qu’avant d’être nommé, par Rome, archevêque de Paris Michel Aupetit avait revendiqué «être descendu dans la rue pendant la Manif pour tous». C’était il y a précisément cinq ans. Et il écrivait alors :

« Il ne convient pas qu’au nom d’un individualisme exacerbé, on crée une loi pour chaque catégorie de personnes. Sinon, pourquoi pas la polygamie ? L’inceste ? L’adoption d’un enfant par un frère et une sœur ? Pourquoi pas, en effet, “puisqu’ils s’aiment”, pour reprendre l’argumentation des partisans du “mariage homosexuel” ? »

Pour Libé les choses sont claires : Mgr Aupetit est aujourd’hui « dans la ligne de l’offensive des catholiques réactionnaires menée lors des Etats généraux de la bioéthique ».  dont la phase de consultation s’est achevée la semaine dernière.  « Le premier bilan qu’a tiré le Comité consultatif national d’éthique de ces Etats généraux pourrait expliquer la procrastination et le manque d’empressement du gouvernement et de la majorité sur le sujet » estime Matthieu Ecoiffier. Il ajoute que les associations favorables à la « PMA pour toutes » dénoncent aujourd’hui un « noyautage » et une « monopolisation de la parole » par les anti ».

Infernale marchandisation

Pour sa part le Pr Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique (et peu suspect de rouler pour l’Eglise catholique) vient, dans les colonnes du Figaro, de s’exprimer sur le même sujet. « Noyautage » ? « Monopolisation de la parole » ?

« J’ai avant tout été frappé par une forme de diabolisation des opposants à l’évolution de la loi dans les débats auxquels j’ai participé et dans les médias. Ceux qui ne sont pas d’accord avec l’ouverture de la PMA ou la modification de la loi sur la fin de vie sont très souvent traités de «réacs», d’obscurantistes ou désignés comme croyants. Ils sont accusés de mépris envers les couples homosexuels ou les femmes célibataires. C’est une manière de fermer le débat, de dénier à l’autre sa capacité de réflexion ou de mettre en doute son raisonnement en le considérant comme biaisé par une idéologie. »

 Et de rappeler, comme l’avaient fait il y a un an dans un avis remarqué une partie des membres de ce Comité 1 que l’extension de la PMA peut, en cascade, aboutir à la fin de l’anonymat et de la gratuité du don de gamètes – et remettre en cause l’interdiction de la procréation post mortem. Plus le temps passe et plus l’enjeu devient clair : prendre ou non le risque d’entrouvrir une porte jusqu’ici verrouillée – une porte qui, pour certains, ne peut que conduire vers l’enfer de la marchandisation du corps humain.

A demain

1 Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kuttenn, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

 

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