SAMU : l’affaire de Strasbourg s’envenime soudain Que décidera, demain,  Agnès Buzyn ?

Bonjour

En marge des enquêtes, la multiplication des plaintes, la collection d’un abcès. Une semaine plus tard, la révélation des circonstances ayant précédé (et suivi) la mort, le 29 décembre dernier, de Naomi Musenga continue à émouvoir, choquer, révolter. Que fera le pouvoir sanitaire exécutif ?

Pour l’heure, Me Olivier Grimaldi, avocat de l’opératrice du SAMU de Strasbourg qui s’était « moquée » de la jeune malade défend publiquement sa cliente. Sur BFMTV il rappele ses conditions de travail. « C’est un agent confirmé, qui avait bien sûr fait une journée de douze heures le 26. En Alsace c’est un jour férié, donc c’est un jour difficile, souligne-t-il. Ensuite, elle a travaillé deux jours consécutifs, et elle était sur la fin de son cycle de trois jours le 29 décembre. » Selon lui cette opératrice « n’est pas la seule responsable ».

« Dès le départ elle pense à une douleur abdominale donc son jugement est faussé » , ajoute Me Grimaldi, qui met en cause « un mécanisme de prise en charge de l’urgence » où le rôle de sa cliente est « de filtrer parce que derrière vous n’avez que deux médecins ». La direction du SAMU comme celle du CHU de Strasbourg apprécieront. Bouleversée, cette opératrice « comprend bien évidemment le chagrin et la colère de la famille » – et songe à changer de métier.

On apprend d’autre part que des agents de ce SAMU ont porté plainte pour « menaces ». La direction des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), qui a communiqué cette information, ne souhaite pas donner plus de détails sur le nombre de plaintes et les motifs. Elle invoque désormais des « impératifs de confidentialité ».

Marche blanche et double lecture

Sur France Bleu Alsace, Sylvain Poirel, délégué CGT, a fait savoir que « quatre agents [avaient] été menacés directement sur les réseaux sociaux et une sur les quatre n’[avait] pas pu rentrer chez elle par crainte de représailles d’individus présents sur le lieu de son domicile ». Dans le même temps  la plate-forme téléphonique du SAMU reçoit des appels menaçants et des « mesures de sécurité particulières » sont maintenues.

Le 16 mai, une marche blanche sera organisée en mémoire de Naomi Musenga à Strasbourg. Un rassemblement à Paris, place de l’Opéra, est aussi prévu à la même heure. « On appelle vraiment à la non-violence », déclare sur BFM-TV Gloire Musenga, un des frères de Naomi. « On ne peut pas leur en vouloir [aux opératrices du SAMU et des pompiers]. Si elles ne l’ont pas aidée, c’est dû à des problèmes qui ont eu lieu dans leur structure. (…) Elles n’avaient rien contre [Naomi] personnellement », a également dit Martial Musenga, un autre frère de la victime. » Dans le même temps la famille Musenga a déposé une plainte pour « non-assistance à personne en danger » et « mise en danger de la vie d’autrui ». Quelle lecture à venir du judiciaire ?

Où l’on retrouve la double lecture à laquelle donne lieu cette affaire : faute individuelle et/ou faillite collective 1.

Quatre mois après

Pour le Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société française de médecine d’urgence, cette affaire impose « une réflexion profonde et une nécessaire remise en question ». Et, déjà, émerge une proposition dont on se demande pourquoi elle ne survient que maintenant :  « une meilleure formation des auxiliaires de régulation médicale (ARM), à l’écoute empathique et à la gestion des appelants ». Comment comprendre, comment justifier qu’il n’existe pas de formation diplômante pour devenir ARM, profession accessible avec le seul baccalauréat.

 Plus généralement : se borner à « augmenter les effectifs » ou procéder à de solides « évolutions structurelles » ? C’est ainsi qu’Agnès Buzyn est, dès à présent, personnellement confrontée à ce nouveau dossier – un dossier jusqu’ici ignoré de son ministère en dépit d’un récent rapport officiel 2.  On indique, dans l’entourage de la ministre que de nouvelles mesures devraient être annoncées lors de la publication des conclusions de l’enquête flash de l’IGAS commandée par Mme Buzyn au lendemain de la révélation de l’affaire du SAMU de Strasbourg. Enquête « flash » diligentée quatre mois après les faits. La ministre songera-t-elle, alors, à féliciter le travail de l’Heb’di, lanceur d’alerte alsacien ?

A demain

1 « Quelles leçons tirer de la défaillance tragique du Samu de Strasbourg ? » Slate.fr, 11 mai 2018

2 « Rapport d’information sur la situation des urgences hospitalières, en liaison avec l’organisation de la permanence des soins » Commission des affaires sociales du Sénat, juillet 2017

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