Emmanuel Macron donnera-t-il son feu vert pour épargner entre 300 et 400 vies chaque année?

Bonjour

Lundi 14 mai, journée de grève annoncée comme « noire » sur l’ensemble des rails de France. Et publication, dans Le Monde d’une tribune percutante. Un texte signé par un collectif rassemblant les anciens délégués interministériels à la sécurité routière 1 ayant exercé entre 1972 et 2015. Un texte de « santé publique » et de « réduction des risques » visant à peser sur le président de la République. Un texte qui n’est pas sans faire songer à tous ceux que le quotidien vespéral a publié, dans les années 1980 et 1990, signés alors par un groupe des « cinq sages » emmenés par le redoutable Pr Claude Got.

Aujourd’hui les dix signataires rappellent, à juste titre, que la sécurité routière est souvent citée comme un modèle de politique publique : reposant sur des connaissances scientifiques, elle aura permis, depuis 1972 (où près de 50 personnes étaient tuées chaque jour sur nos routes), d’éviter que 400 000 personnes soient tuées et que 4 millions deviennent impotentes, estropiées, incontinentes, paralysées, brûlées, cérébro-lésées ou aveugles dans les quelques dixièmes de secondes d’un accident de la route.

« Depuis 1954, près de 850 000 personnes ont été tuées sur nos routes, et environ 8 500 000 gravement blessées, mais cette cause a progressé pas à pas, écrivent-ils. Quand des femmes et des hommes politiques courageux, de tous bords politiques, ont pris les décisions qu’au nom de la science et de la connaissance, et avec l’aide d’associations de victimes, nous leur avons proposées à tour de rôle : limitations de vitesse, taux d’alcoolémie maximal autorisé pour conduire, obligation du port de la ceinture de sécurité, du casque pour les motards, permis à points, installation de radars automatiques, etc. »

Libertés individuelles

Or toutes ces décisions, ou presque, ont été critiquées, vilipendées, attaquées, avec les mêmes arguments invoquant une atteinte à la liberté individuelle. Des polémiques souvent violentes qui ne sont pas sans rappeler celles, actuelles, sur la liberté de pouvoir disposer d’armes à feu.

« La décision de baisser la vitesse maximale à 80 kilomètres/heure sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central s’inscrit totalement dans cette lignée de grandes décisions, expliquent les auteurs de la tribune du Monde. C’est d’abord une mesure guidée par la réalité des faits et attestée par la science. Près de 500 cas d’abaissement de la vitesse moyenne dans le monde occidental ont été étudiés et analysés par des scientifiques. Ils ont démontré qu’en baissant de 1 % la vitesse moyenne pratiquée sur une route, on diminue mécaniquement de 4,6 % le nombre des tués (…) Elle conforte les données qui ont conduit les accidentologues du Conseil national de la sécurité routière à préconiser une mesure qui permettra d’épargner tous les ans entre 300 et 400 vies et de réduire notablement le nombre des blessés graves. »

Pour ces dix spécialistes l’affaire est éminemment politique. Et tous connaissent ici le poids et les lourdeurs du pouvoir exécutif. Les dix soutiennent clairement, haut et fort, la décision du Premier ministre Edouard Philippe qui veut cette réduction à 80 kilomètres/heure. Une décision qui, selon eux, « va dans le sens de l’histoire de la Sécurité routière », c’est-à-dire « d’une belle réussite collective ». Et ce alors même que l’Elysée laisse entendre qu’Emmanuel Macron, fort inquiet de la montée des multiples oppositions sur le sujet, hésiterait encore à soutenir pleinement son chef de gouvernement.

A demain

1 Christian Gerondeau, Pierre Mayet, Pierre Denizet, Jean-Michel Bérard, Isabelle Massin, Rémy Heitz, Cécile Petit, Michèle Merli, Jean-Luc Nevache, Jean-Robert Lopez, anciens délégués interministériels à la sécurité routière entre 1972 (année de création de la fonction) et 2015.

 

Une réflexion sur “Emmanuel Macron donnera-t-il son feu vert pour épargner entre 300 et 400 vies chaque année?

  1. Le problème principal de cette décision « venue d’en haut » est son aspect – une fois de plus – totalement « centraliste ».
    Sur les 400’000 km de route concernée, de nombreuses zones dangereuses ne sont pas limitées à 90 mais à 80, 70, voire moins.
    Les 400’000 km de « routes bidirectionnelles sans séparateur central » ne sont de loin pas égaux. Il y a des petites routes étroites en montagne, mais il y a également de belles routes larges et sûres. Malheureusement de nombreuses routes sont devenues moins sûres au fil des ans du fait d’un manque d’entretien certain. Certains carrefours sont dangereux du fait d’un manque de visibilité causé par la végétation ou, comble de l’ironie, par des panneaux de signalisation (dont des limitations de vitesse) mal placé et empêchant de voir si un véhicule arrive.
    Une approche efficace, acceptable (et pédagogique) aurait été d’encourager les services locaux de passer en revue les routes dont ils ont la charge et, le cas échéant, de revoir les limitations de vitesse.
    Cette décision générale absurde est comparable à l’abolition de la semaine de 4 jours dans les écoles primaires alors même que chaque année, pendant plus de 20 ans, les conseils d’école et les parents étaient consultés et soutenaient la semaine de 4 jours.
    Une fois de plus, Paris décide et le « bas peuple provincial et campagnard » n’a qu’à s’exécuter.
    C’est juste pitoyable !
    Si d’autres pays, où les limitations de vitesse sont plus élevées ont moins d’accidents, de morts et de blessés, c’est bien que la vitesse n’est pas LE seul facteur, mais un facteur parmi d’autre.
    Pour faire beaucoup de route – tant en journée que la nuit – le risque de somnolence à 80 km/h est sensiblement plus élevé qu’à 90 ou à 100. De plus, sur 200 km, le trajet dure 30 minutes de plus à 80 km/h par rapport à 100 km/h (c’est beaucoup 30 minutes lorsque l’on roule la nuit).

    En outre, la prise en compte d’un bilan portant sur 64 années n’est en aucun cas crédible (beaucoup de paramètres ont changé : de la robustesse des véhicules à la diminution significative des limites d’alcoolémie), si ce n’est pour « faire du chiffre ».
    Au cours de ces 64 dernières années, combien de morts à cause du tabac? Combien de morts par overdose et autres produits stupéfiants ? Combien de morts par suicide ?

    Dernier point : ce n’est pas beau de mentir !!!
    Ces derniers jours, la publicité à la radio dit « diminuer sa vitesse de 90 à 80, c’est diviser l’énergie par deux »
    C’est absolument faux !!! L’énergie cinétique est une fonction (1/2) de la masse et du carré de la vitesse.
    Rouler à 80 au lieu de 90 diminue l’énergie d’environ 20% et non pas de moitié comme dit de manière « erronée » par la publicité. Si la diminution attendue des accidents a été calculée par les mêmes individus mauvais en calcul, alors on peut en conclure que les améliorations supposées sont à revoir et à diminuer d’un facteur 2 (au moins) voire beaucoup plus.

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