Post mortem aux urgences : l’incompréhensible silence de la direction du CHU de Tours

Bonjour

Il y a quelques jours, pendant quelques minutes, deux morts indignèrent la France : deux morts de nonagénaires dans la salle d’attente des urgences du CHU de Tours. « Ces personnes ont été vues par les infirmiers d’accueil. Elles n’ont pas pu être placées en box pour être examinées médicalement et se voir prodiguer les soins nécessaires suffisamment tôt, avait alors expliqué un infirmier. Elles sont décédées dans une salle d’attente, post-triage, sur des brancards au milieu d’autres personnes qui attendaient d’être prises en charge». Cet infirmier dénonçait alors «un goulot d’étranglement à l’entrée des urgences qui crée un temps d’attente inacceptable».

Mourir en « post-triage » ? Une affaire politiquement proprement insupportable. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé avait alors jugé nécessaire, au vu de l’émotion suscitée par la découverte de ces deux décès, de prendre la parole, parole terrible reprise par France-Bleu  :

« Franchement, évidemment c’est insupportable. Moi même, je me rappelle quand j’étais médecin d’avoir vu des personnes âgées sur les brancards dont personne ne s’occupait. Je sais à quel point les conditions se sont dégradées depuis 10 ou 15 ans.  Ce n’est pas l’arrivée au pouvoir de ce gouvernement, qui fait que tout d’un coup, cela explose. On rabote les moyens de l’hôpital. Il faut revoir qui fait quoi entre la médecine de ville et la médecine hospitalière. Je m’engage à une transformation systémique de notre système de santé. »

Que vaut, ici, l’engagement d’un ministre qui dit parler « franchement », sous le sceau de l’évidence. Ceci, imprimé aujourd’hui même sur le papier et le site de La Nouvelle République (Pascal Denis) :

« Après la consternation suscitée par les décès de deux patientes âgées en moins d’un mois aux urgences de l’hôpital Trousseau, le traumatisme reste grand au sein du CHU de Tours. Pour les personnels soignants concernés comme pour les syndicats, ces deux drames successifs sont révélateurs de la « maltraitance » qui règne aujourd’hui dans ce service, faute de moyens suffisants. »

 La CGT explique que ces trois dernières années, la fréquentation des urgences de Trousseau a augmenté de vingt passages par jour à cent-cinquante prises en charge quotidiennes en moyenne – et ce alors même que l’on ferme des lits d’aval. Le 16 mai dernier, après le « double drame », les personnels des urgences ont déposé un préavis de grève avec le soutien de trois syndicats (CGT, FO, Sud) pour, un grand classique, « faire entendre leurs revendications ». Quelles sont-elles ? Les voici :

1 la dotation de deux postes d’infirmière et d’agent paramédical,

2 la création d’une équipe de brancardage,

3 la présence renforcée d’aides-soignants, d’agents de sécurité (la nuit) et d’agents administratifs (24 h/24).

Au-delà de ces mesures d’urgence, ils exigent également :

4 le remplacement des personnels absents,

5 du matériel fonctionnel,

6 l’ouverture de lits d’aval pour désengorger durablement le service.

 Hier, 22 mai, une réunion a eu lieu avec la direction « sur la base de ces revendications ».  Au final rien, ou presque. Visiblement, les syndicats n’ont pas obtenu les réponses qu’ils souhaitaient. « On nous propose de créer des groupes de travail pour revoir l’organisation du service. Il est à peine question de recréer un poste. Ce sont des petits sparadraps sur des plaies béantes », a expliqué Anita Garnier, infirmière et représentante Sud Santé.

Et La Nouvelle République de préciser que « la direction du CHU de Tours (Marie-Noëlle Gerain-Breuzard)  n’a pas souhaité s’exprimer ». Comme toujours et sans jamais se justifier – en dépit des derniers engagements d’Agnès Buzyn. « Dans l’immédiat, personnels et syndicats ont donc décidé de maintenir leur préavis de grève à compter de ce jeudi 24 mai. Dans les faits, ce mouvement ne devrait pas avoir de répercussions. Assignés au travail, les grévistes auront juste le droit d’exprimer leurs doléances. »

Doléances est le mot. Qui nous renvoie aux cahiers de jadis. Quand le roi gardait le silence. C’était quelques minutes avant la Révolution.

A demain

 

 

 

4 réflexions sur “Post mortem aux urgences : l’incompréhensible silence de la direction du CHU de Tours

  1. Pourquoi ces personnes âgées étaient-elles seules aux urgences? Aucun proche pour les accompagner et s’insurger contre cet accueil indigne?

    • Je ne sais pas ce qu’il en est dans les deux cas mentionnés ici, mais ayant à plusieurs reprises accompagné une personne aux urgences, je n’ai pu que constater que l’on interdit à la famille de rester aux côtés du malade, une fois le premier tri effectué, quand bien même il s’agit d’une personne handicapée ou âgée, ou toute autre situation où la personne ne pourra pas expliquer elle-même ce qu’elle ressent et ce qui lui est arrivé (niveau de conscience insuffisant, par exemple).

      Et impossible d’aller jeter un coup d’œil de temps en temps dans la salle d’attente ou le couloir, pour voir si l’état du malade n’empire pas, en attendant que l’on s’en occupe, car dès l’instant qu’il s’agit d’une personne adulte (même titulaire d’une carte précisant le besoin d’accompagnement), on est immédiatement refoulé. Seuls les enfants ont le droit d’être accompagnés à toutes les étapes. Ce serait pourtant une sécurité pour le malade que la famille puisse le surveiller et assurer ses besoins élémentaires, en attendant les soins, puisque de toute façon le personnel des urgences ne peut pas assurer cette tâche, mais le règlement de la plupart des hôpitaux semble l’interdire.

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