PMA : le président Macron partage-t-il encore l’opinion d’Emmanuel le candidat ?

 

Bonjour

Dimanche 3 juin 2018. Orages sans fin sur la France. C’est une exclusivité de La Croix (Loup Besmond de Senneville): « Un dîner sur la PMA discrètement organisé à L’Elysée en présence d’Emmanuel Macron ». C’était le 23 mai et la soirée a duré plus de trois heures. Menu : procréation et génomique. Mais, pour l’essentiel, la question phare : celle de l’extention ou pas de la technique de l’insémination artificielle avec sperme de donneur à des femmes seules ou à des couples de femmes – ce que les médias généralistes réduisent à « PMA ».

Chacun a eu une dizaine de minutes pour s’exprimer, au cours d’un premier tour de table, avant d’engager une discussion. Côté pro : des médecins comme François Olivennes et Israël Nisand, le président de l’association des familles homoparentales, Alexandre Urwicz, et une adhérente d’« IciMamaSolo ». Face à eux, Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita et le père Brice de Malherbe, docteur en théologie, spécialiste de bioéthique.

« Emmanuel-neutralité »

« De son côté, Emmanuel Macron a, semble-t-il, peu parlé, se contentant d’introduire les débats et de les clore, un peu après minuit, résume La Croix. ’Il a dit que nous étions désormais au carrefour des possibles, ouvert par la technologie, et que nous pouvions désormais introduire dans la loi quelques-uns de ces possibles’’, rapporte un participant. Selon plusieurs invités, le président ne s’est pas clairement exprimé en faveur de la PMA, restant dans une forme de neutralité. »

« Une attitude très différente de celle tenue lors d’un autre dîner à l’Elysée, mi-février, cette fois sur la fin de vie. Emmanuel Macron avait alors expressément fait part de ses réserves sur le suicide assisté. ‘’Le suicide est toujours un acte violent’’, qu’il soit aidé ou non, avait ainsi déclaré le chef de l’État, ajoutant, soucieux de clarifier les définitions, que les mots ’suicide’’ et ‘’assisté’’ relevaient à son sens ‘’d’un oxymore’’. »

Où l’on en vient à se demander, s’agissant de la « PMA » si le président Emmanuel Macron est-il du même avis que le candidat. « Il est favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les femmes seules et les couples de femmes », confiait son entourage au Figaro, en mars 2017, confirmant une information d’iTélé. Une fois élu il précisait toutefois : « afin de ne pas réitérer les erreurs du passé, le calendrier de cette réforme sera soigneusement préparé. J’attendrais que le Comité national d’éthique ait rendu son avis pour pouvoir construire un consensus le plus large possible ».

Puis ce Comité rendit son avis en juin 2017. Feu vert sous condition, accompagné d’oppositions ainsi que de nombreuses et graves questions éthiques et pratiques 1. Uen problématique reprise avec brio, il y a quelques jours, par le biologistes Jacques Testart et Marie-Angèle Hermitte dans les colonnes du Figaro.

Les naïfs de la nouvelle majorité

Et maintenant ? Mardi 5 juin 2018  à la Maison de la Chimie, à Paris le « rapport de synthèse » des États Généraux de la Bioéthique sera présenté à la presse par le Comité consultatif national d’éthique. Suivra la mécanique républicaine qui conduira à un avant-projet de loi de révision de la loi de bioéthique de 2011. Puis à un projet de loi. Or tout ceci risque d’être plus mouvementé que prévu par les naïfs de la nouvelle majorité.

Début mai Libération faisait état de doutes croissants , dans les milieux « bien informés » quant à la volonté d’Emmanuel Macron de concrétiser sa promesse de la « PMA pour toutes ». Puis, le 29 mai, le même Libération publiait une tribune de quelques parlementaires de la majorité présidentielle 2 « rappelant leur attachement à l’extension de la procréation médicale assistée à toutes les femmes, célibataires, en couple hétérosexuel ou en couple lesbien ». A dire vrai, un bien pauvre argumentaire.

Au total il faut voir là une série de symptômes convergents : le président ne partage plus tout à fait l’opinion du candidat. On y ajoutera, pour s’en convaincre, la désormais célèbre et solennelle sortie du président de la République française  devant l’institution catholique, aux Bernardins. Et on rappellera que, encore candidat, Emmanuel Macron ne se cachait pas de percevoir le mystique au sein du politique.

Nous ne sommes qu’en juin de l’année 2018. Orages annoncés sur la France.

A demain

1 Onze des trente-neuf membres du Comité national d’éthique n’avaient pas voté cet avis : Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kutten, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

2 Guillaume Chiche (Deux-Sèvres), Coralie Dubost (Hérault), Matthieu Orphelin (Maine-et-Loire) , Laetitia Avia (Paris), Thomas Mesnier (Charente),  Laurence Vanceunebrock-Mialon (Allier),  Raphaël Gérard (Charente-Maritime), Elise Fajgeles (Paris), Hugues Renson (Paris), Carole Grandjean (Meurthe-et-Moselle) Aurélien Tache (Val-d’Oise), Cécile Muschotti (Var), Pieyre-Alexandre Anglade (Français établis hors de France), Claire Pitollat (Bouches-du-Rhône), Sacha Houlié (Vienne), Stéphanie Rist (Loiret), Pierre Person (Paris), Sophie Beaudoin-Hubiere (Haute-Vienne), Damien Pichereau (Sarthe), Martine Wonner (Bas-Rhin), Mickaël Nogal  (Haute-Garonne), Didier Baichère (Yvelines), Delphine Bagarry (Alpes-de-Haute-Provence), Damien Adam (Seine-Maritime), Ludovic Mendes (Moselle), Laurent Saint Martin (Val-de-Marne), Florent Boudié (Gironde), Philippe Chalumeau (Indre-et-Loire), Guillaume Gouffier-Cha (Val -de-Marne), Eric Bothorel (Côtes d’Armor), Bérangère Abba (Haute-Marne), Marne Fabienne Colboc (Indre-et-Loire), Stéphane Testé (Seine-Saint-Denis), Dominique David (Gironde), Jean-Louis Touraine (Rhône), Anne Genetet (Français établis hors de France), Marie-Christine Verdier-Jouclas (Tarn), Stéphane Buchou (Vendée), Jean-Marie Fiévet (Deux-Sèvres), Olga Givernet (Ain), Denis Sommer (Doubs), Brigitte Bourguignon (Pas-de-calais), Valérie Gomez Bassac (Var), Joël Giraud (Hautes-Alpes), Jennifer de Temmerman (Nord), Frédéric Barbier (Doubs), Bérangère Couillard (Gironde).

 

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