Deux médecins cloués par deux cents confrères dans l’affaire des médicaments Alzheimer

 

Bonjour

Neurologues, gériatres, psychiatres : près de deux cents médecins clament, dans une lettre ouverte à Agnès Buzyn publiée lundi 18 juin dans Le Figaro, leur « désarroi » devant une récente décision de la ministre des Solidarités et de la Santé la santé : le déremboursement de quatre « médicaments anti-Alzheimer » présents sur le marché depuis plus de vingt ans. C’est une fronde sans précédent contre la Haute Autorité de santé qui (après des années d’atermoiements) avait (notamment)jugé le rapport bénéfices/risques de ces médicaments insuffisants : Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl ainsi que leurs génériques (remboursés à hauteur de 15 % par l’Assurance-maladie, pour un coût annuel d’environ 90 millions d’euros).

Ces médecins des vingt-huit centres mémoire de ressources et de recherche sur la maladie d’Alzheimer et maladies apparentées (CMRR) de France et neuf sociétés savantes demandent « solennellement et publiquement » (sic) à Agnès Buzyn de « revenir sur cette décision qui dessert la prise en soins actuelle et future des malades en étant susceptible d’altérer la confiance que portent les patients, leurs familles et les professionnels dans les processus de décision en matière de santé ». Leur lettre a, sans surprise, reçu le soutien des principales associations de patients (France Alzheimer et France Parkinson).

Manquement à la confraternité

On ajoutera que les signataires ciblent méchamment (et publiquement) deux de leurs confrères :

« Nous sommes aussi extrêmement surpris des propos tenus (ou rapportés dans les médias), par des collègues qui ont eu à juger de ce dossier au sein de la Commission de Transparence, propos qui ne peuvent que susciter beaucoup d’interrogations sur leur impartialité. Ainsi, l’un d’entre eux 1 dont les positions «anti-médicament» étaient de notoriété publique, bien avant sa nomination à la Commission de Transparence, vient de publier un ouvrage suggérant que la maladie d’Alzheimer ne serait en fait pas une maladie, mais seulement une «construction sociale».

 « Les propos d’un autre 2 rapportés dans la presse, étaient que ‘’Ces médicaments sont bien sûr inefficaces. Ils ont sûrement tué plus de patients qu’ils n’ont jamais aidé la mémoire d’autres’’. De telles postures génèrent légitimement de très importantes réserves concernant l’indépendance de ces experts et les conditions dans lesquelles ce dossier a été instruit par la HAS en 2016. Ils contribuent aussi à jeter l’opprobre sur l’ensemble des spécialistes du domaine, dont la majorité tente d’apporter, par un travail honnête et sincère, un peu de soulagement et d’aide, si modeste soit-elle, aux patients et aux familles. »

Où l’on voit que la modestie n’est pas incompatible avec une certaine débauche d’énergie. Question : les deux spécialistes ainsi cloués (sans pour autant être nommés … ) répondront-ils à cette forme de manquement manifeste à la confraternité ?

A demain

1 Il s’agit, comme nous le rapportons sur Slate.fr, du Pr Olivier Saint-Jean, patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris et de l’ouvrage original qu’il cosigne, aux éditions Michalon, avec Éric Favereau, journaliste à Libération.

2 Propos cités dans Libération (25 mai 2018) par « l’ancien président de la Commission de transparence »

 

 

8 réflexions sur “Deux médecins cloués par deux cents confrères dans l’affaire des médicaments Alzheimer

  1. peut-on connaître les liens de ces pétitionnaires avec les labos (en ce qui concerne les asso, nous sommes déjà fixés) ?

  2. Le poids de l’industrie pharmaceutique avec la complicité des leaders d’opinion grassement rémunérés par celle-ci est écrasant, comme le montre une fois de plus cet épisode après le déremboursement des prétendus anti-arthrosiques qui avait donné lieu aux mêmes protestations . Il y a certes des croyances et des pratiques bien enracinées chez les spécialistes dont toutes les associations sont financées par l’industrie. A ce stade, on peut parler de corruption généralisée .
    La médicamentation de la société est toujours en marche, grâce au développement des spécialités en médecine, ce qui aboutit fréquemment à des prescriptions par douzaine de médicaments chez les seniors .
    Dans ces conditions l’incidence des maladies iatrogènes est un véritable problème de santé public alors que pointe actuellement l’invention d’une épidémie de NASH en France tandis que plusieurs molécules sont dans les tuyaux de l’industrie . Affligeant!

    • Non non non !
      Il n’y a pas que de la corruption !
      Il y a de l »aveuglement, du « wishful thinking » et la difficulté à changer d’opinion qu’éprouve toujours homo plus ou moins sapiens.

      Et surtout l’horrible blessure narcissique que serait d’admettre qu’on a prescrit de l’extrait de poudre de peau de heu… zébu (Bos taurus indicus) pendant des années et qu’on avait tout faux, berné par les manipulations de firmes qui ont des objectifs hors du cadre de la santé pour rester poli.

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