« Comportements sexuels compulsifs » : l’OMS au secours du malade Harvey Weinstein ?

Bonjour

A la lisière de l’addictif : l’impulsif, le craving, la raison qui se dissout conduisant au passage à l’acte. C’est un phénomène au cœur de bien des dossiers de santé publique. On le retrouve aujourd’hui traité par plusieurs médias américains (The InquirerUSA Today) repris par Slate.fr : « Les «comportements sexuels compulsifs» sont désormais reconnus comme des maladies mentales par l’OMS ».

De quoi parle-t-on ici ? :

« Les comportements sexuels évoluent et on observe actuellement certaines tendances : acceptation générale du sexe avant le mariage, augmentation de nombre de femmes qui prennent l’initiative en ce qui concerne la séduction, la sexualité et les pratiques sexuelles, augmentation du nombre des adeptes de pratiques sexuelles réputées minoritaires dans le passé (sexe oral, masturbation), augmentation notable du nombre de partenaires sexuels, large diffusion et forte consommation de la pornographie…

« Certains comportements sexuels peuvent toutefois relever de la pathologie. C’est le cas des ‘’comportements sexuels compulsifs’’. Le ‘’comportement sexuel’’ peut être considéré comme ‘’compulsif’’ quand il est répété dans le temps et quand il perturbe la vie quotidienne et les rapports avec les autres. Il concerne des patients qui entrent progressivement dans un état émotionnel et anxieux tellement grand que le passage à l’acte compulsif devient inévitable. Chez ces personnes, il y a un déséquilibre entre le rêve et la réalité, c’est à dire qu’ils subliment l’objet de leur désir sexuel, ce qui augmente la charge émotionnelle. Il s’en suit un effondrement émotionnel et une grande déception après le passage à l’acte quand vient le retour à la réalité.

En pratique il peut s’agir de la multiplication des partenaires sexuels, d’une insatiabilité sexuelle, d’un recours compulsif à la pornographie, à la masturbation incontrôlable, à l’exhibitionnisme, au voyeurisme ou la pédophilie…

 #MeToo versus addiction

Est-on là dans le champ de l’addiction gravement pathologique ? En juin dernier l’OMS a donc finalement inclus cette entité dans sa dernière révision de la Classification internationale des maladies  – rangeant ainsi les « comportements sexuels compulsifs » dans la catégorie des « désordres mentaux ».  Pour l’OMS, ces troubles sont «caractérisés par une perte de contrôle intense à résister à des impulsions ou à des besoins sexuels répétitifs, générant du stress et des déficiences» chez les personnes concernées.

 USA Today précise à ses (très nombreux) lecteurs que dans de tels cas, le sexe devient une «obsession, au point que la personne néglige sa santé et tout autre centre d’intérêt, activité, responsabilité». Quant à  The Inquirer il précise que nombre de personnes atteintes par ce désordre mental reste difficile à évaluer. « Si elle marque un pas dans la reconnaissance de tels troubles, cette classification ne va toutefois pas jusqu’à reconnaître le sexe comme une potentielle addiction  souligne Slate.fr 1.  « Peut-être qu’un jour, on dira, oui, c’est une addiction, mais nous n’en sommes pas encore à ce point », a expliqué l’un des experts de l’OMS, Geoffrey Reed, à l’AFP.

Ce même expert, dans The Inquirer, Reed rappelle toutefois que ces comportements «n’excusent pas les abus sexuels ou le viol, pas plus qu’être alcoolique n’excuse le fait de conduire une voiture en étant ivre. On est toujours maître de ses actes. » Telle est bien la question. Commettre un délit ou un crime sous l’emprise d’une « force incontrôlable » constitue-t-il une circonstance atténuante ou aggravante ?

 The Inquirer observe que les allégations de «dépendance au sexe» font de plus en plus la une des médias – et ce parallèlement au développement du phénomène et du mouvement #MeToo. C’est dire l’importance que l’on pourra accorder au verdict de la médecine et de la justice dans le cas emblématique « Harvey Weinstein ».

A demain

1 Sur ce thème : « Qu’est-ce que l’addiction au sexe ? » Slate.fr 15 mai 2011. « (…) S’intéresser à la bibliographie sur ce sujet, c’est découvrir que le domaine de la dépendance sexuelle est à la fois vaste et mouvant, objet de querelles de chapelles. Selon les spécialistes il englobe ou non, l’«hypersexualité», les «comportements sexuels compulsifs» ou les «troubles du contrôle des impulsions sexuelles». «Pour ma part, j’aurais plutôt tendance à situer l’hypersexualité à la lisière du monde des addictions, associant une forme de dépendance comportementale, de troubles de l’humeur et de dépendance affective», explique le Dr Willian Lowenstein, président de SOS Addictions (…) ».

 

2 réflexions sur “« Comportements sexuels compulsifs » : l’OMS au secours du malade Harvey Weinstein ?

  1. A reblogué ceci sur The Ad Spreadet a ajouté:
    Peut-on vraiment comparer les deux phénomènes? un comportement sexuel compulsif, traduisant une évolution des moeurs d’une société plus libérale et libertine et de l’autre côté, un comportement narcissique pervers conduisant au harcèlement sexuel (affaire Weinstein).
    Il y a là une différence culturelle entre les Etats Unis et l’Europe; le harcèlement est un délit pénal en France; aux US, c’est devenu « un trait de caractère » dans la dernière édition du DSM V, un simple désordre psychopathologique?
    Je ne suis pas convaincu de l’avantage de banaliser la perversion narcissique lorsqu’elle se manifeste par du harcèlement.
    Oui, il existe encore un fossé entre le droit et la médecine; on peut être condamné au civil ou aux prud’hommes et ne pas l’être au pénal. Le motif en vient peut-être que la médecine est de plus en plus personnalisée là où la justice reste dans un cadre général s’adressant à l’ensemble d’une société pour faire respecter la loi ou la règle applicable à tous les citoyens. La médecine semble plus écoutée au civil qu’au pénal?

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