Mensonges sur l’efficacité des médicaments anti-Alzheimer : les accusations du Pr Luc Buée

Bonjour

1er août 2018. A compter de ce jour l’Assurance maladie cesse de rembourser quatre médicaments utilisés dans le traitement de la maladie d’Alzheimer (les spécialités Aricept, Ebixa, Exelon et Reminly ainsi que leurs génériques). Selon Agnès Buzyn (qui a enfin suivi ici les recommandations de la Haute Autorité de Santé) les économies réalisées devraient être uttilisées à des fins d’accompagnement des personnes souffrant de cette maladie (soit environ 90 millions d’euros par an).

Ce sujet d’actualité était traité, dès l’aube, par France Culture : « Alzheimer, le grand oublié des politiques publiques ? ». Invitée : Béatrice Gurrey, journaliste au Monde et auteure du très remarqué « La tête qui tourne et la parole qui s’en va » (Robert Laffont) – récit sur la maladie d’Alzheimer qui a touché ses deux parents. Loin du ronronnement culturel habituel de la station l’émission aura été marquée par deux éléments originaux :

1 La phase II de l’essai clinique du BAN32401. Et France Culture d’évoquer le Congrès mondial de la Maladie d’Alzheimer (22 – 26 juillet, Chicago). « A l’occasion de ce congrès, les laboratoires américain Biogen et japonais Eisai ont présenté un médicament dont la molécule BAN32401 pourrait ralentir le déclin cognitif des patients atteints d’Alzheimer » explique-t-on aux auditeurs.

Le laboratoire américain Biogen et son partenaire japonais Eisai ont présenté conjointement à Chicago un essai clinique réalisé sur 858 patients atteints de la maladie à un stade précoce. Lors de la phase II tous les patients ont reçu, pendant 18 mois, l’anticorps BAN32401 : 10 mg par kg et par mois, ou tous les 15 jours.  Les auteurs de cet essai auraient alors observé une baisse de l’aggravation des troubles de la mémoire chez 30% des patients associée à une « disparition » des plaques amyloïdes. Pour Biogen « ces résultats soulignent que les maladies neurodégénératives pourraient ne pas être aussi difficiles à traiter qu’elles le paraissaient ».

Un point de vue partagé par le Pr Bruno Vellas, fondateur du Gérontopôle du CHU de Toulouse et du Consortium européen sur la maladie d’Alzheimer (EADC). Interrogé par La Dépêche, il affirme que cette nouvelle molécule pourrait révolutionner la prise en charge de la maladie d’Alzheimer. « Si cette phase II est confirmée par les phases III, en cours y compris à Toulouse, nous avons de grandes chances de parvenir à un traitement d’ici 2 ou 3 ans. »

2 Les accusations du Pr Luc Buée. Le Pr Buée est directeur de recherche au CNRS. Il est directeur de l’équipe « Alzheimer & Tauopathies », UMR 837 Inserm-UDSL-CHRU, au  Centre de Recherche Jean-Pierre Aubert (Université de Lille). Très prudent quant à l’interprétation qui peut être faite des résultats de phase II ce spécialiste ne cache pas ses critiques concernant Agnès Buzyn et sa décision de dérembourser les quatre médicaments « anti-Alzheimer » (écouter à partir d’1h 12).

Pour le Pr Buée ces médicaments, contrairement aux discours dominants, ne sont pas inefficaces. Dire que ces médicaments « ne fonctionnent pas » est selon lui « un mensonge ». Leur bénéfice-risque » est, selon lui, « plutôt favorable ». Ils permettent notamment de « retarder de plusieurs mois l’institutionnalisation » des malades. Et tout ceci « pour 30 euros par mois ».  Aussi le Pr Buée explique-t-il « avoir du mal » à comprendre la  décision de la ministre des Solidarités et de la santé. Une décision que rien, selon lui, ne justifiait.

Pour compléter les informations sur le sujet on se reportera à une autre émission, récente, de France Culture où l’invité (le Pr Olivier Saint-Jean, patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou) expliquait pourquoi il fallait que ces médicaments soient déremboursés.

Faute de connaître la vérité via le politique, rien de plus précieux qu’une radio publique assumant la complexité des sujets.

A demain

2 réflexions sur “Mensonges sur l’efficacité des médicaments anti-Alzheimer : les accusations du Pr Luc Buée

  1. Juste une petite question pour les valeureux médecins qui passent ici, est-ce que ‘retarder de plusieurs mois’ (2 ? 3 ?) un état vaut le coupe de prendre une molécule ? quelles études ont été faites à 3 ans sur l’état des patients ? quelle étude à 5 ans sur l’ état des patients ?

    On ne remarque une baisse de trouble de la mémoire (sentiment assez subjectif) que sur 30% des patients, est-ce que cela vaut le coup, du coup, d’exposer les 70% restants à cette molécule ?

    Il est affirmé que l’on observe une disparition des plaques amyloïdes. OK, donc pourquoi cela ne retarde QUE de quelques mois l’entrée en institution ? Ou alors cela veut dire que cette disparition n’est qu’un critère secondaire qui ne change pas grand chose.

    Enfin, d’où viennent les financements de l’équipe « Alzheimer & Tauopathies », UMR 837 Inserm-UDSL-CHRU ?

    herve_02

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