Modifier les génomes : les ciseaux thérapeutiques CRISPR sont-ils correctement affûtés ?

Bonjour

Trop simple pour être vrai ? Trop dangereux pour continuer ? « Alors que les premiers essais cliniques de thérapie génique utilisant les ciseaux génétiques CRISPR Cas 9 débutent cette année, une nouvelle étude montre que la technique révolutionnaire pourrait endommager l’ADN qui se situ autour de la zone à modifier, et ce dans des proportions inattendues » résume le site Medscape France.

Ces données a priori inquiétantes viennent d’être publiées dans la revue Nature Biotechnology : « Repair of double-strand breaks induced by CRISPR–Cas9 leads to large deletions and complex rearrangements ». Cette étude, qui a porté sur des cellules de souris et des cellules humaines, établit que la technique CRISPR/Cas9 induit fréquemment des mutations étendues.

On ne présente plus CRISPR/Cas9, outil vanté comme une possibilité quasi-miraculeuse de ré-éditer à la demande les génomes des organismes vivants. Une technique qui fait fantasmer les transhumanistes, dont les brevets sont âprement discutés, utilisée en recherche fondamentale et considérée aujourd’hui comme une nouvelle possibilité dans le champ de la thérapie génique 1.

Pas de panique

« Jusqu’ici, d’après les observations sur plusieurs variétés de cellules, les chercheurs pensaient que les mécanismes naturels de réparation de l’ADN suivant la coupure du Cas9 n’induisaient que des petites insertions ou délétions de moins de 20 paires de bases ou des modifications de quelques centaines de nucléotides dans de rares cas, précise Medscape France (Kate Kelland, Aude Lecrubier). En conséquence, Cas9 a été considéré comme raisonnablement spécifique et des premiers essais cliniques utilisant les ciseaux génétiques Cas9 ont été autorisés (clinicaltrials.gov: NCT03081715, NCT03398967, NCT03166878, NCT02793856, NCT03044743, NCT03164135). »

Et le site d’ajouter une citation du Pr Allan Bradley (Wellcome Sanger Institute, RU), co-auteur de l’étude : « Nous avons observé que les modifications de l’ADN avaient été sérieusement sous-estimées. Toutes les personnes qui pensent utiliser cette technologie pour de la thérapie génique’’ doivent procéder avec beaucoup de précautions et être très attentives ‘’ afin de repérer d’éventuels effets délétères ».

Medscape a aussi interrogé Robin Lovell-Badge, spécialiste des cellules souches au Francis Crick Institute (Royaume-Uni). Selon lui  que ces travaux soulignent l’importance de travailler avec beaucoup d’attention pour « vérifier que les altérations de la séquence ADN sont bien celles qui sont attendues et seulement celles-là ». Il ajoute : « Ces résultats ne doivent pas créer la panique ou faire perdre la foi en ces méthodes lorsqu’elles sont réalisées par des gens qui savent ce qu’ils font ».

Paniquer ? Perdre la foi ? Savoir ce que l’on fait ? En France la technique CRISPR Cas 9 et les usages qui peuvent ou pourraient en être fait n’ont malheureusement pas encore suscité les larges débats éthiques qui, en toute logique démocratique, devraient être menés.

A demain

1 Les papiers de ce blog consacrés au CISPR sont disponible à cette adresse :  https://jeanyvesnau.com/?s=CRISPR

 

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