Homéopathie : à quel titre l’assurance maladie ne rembourserait-elle pas l’effet placebo ?

Bonjour

« La bataille de l’homéopathie fait rage » nous dit la manchette d’un Parisien (Florence Méréo) post-caniculaire. Et de préciser qu’Agnès Buzyn « s’apprête à faire évaluer l’efficacité des granules auxquels ont recours 33 % des Français ». Objectif : décider du maintien ou non de leur remboursement. En attendant, la bataille continue entre pro et anti-médecines alternatives ».

On sait à quel point la ministre des Solidarités et de la santé a pu, ces derniers mois, se fourvoyer dans ce dossier. Au point de déclencher d’innombrables plaisanteries sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui c’est promis : Agnès Buzyn va saisir « dans les meilleurs délais » (sic) la Haute Autorité de Santé (HAS). Sa mission, si elle l’accepte, sera de « se prononcer » sur « le bien fondé des conditions de prise en charge et du remboursement de ces médicaments ».  Or la HAS a déjà tranché et c’est niet.

Une économie potentielle de 620 millions d’euros et la fin d’une incohérence qui choque chaque jour un peu plus les esprits les plus rationalistes du pays de René Descartes. Jadis au poste aujourd’hui occupé par Agnès Buzyn on pouvait rencontrer le ténébreux Claude Evin. On le retrouve aujourd’hui dans Le Parisien. Il est partisan du déremboursement, mesure que ce ministre socialiste n’avait pas songé à prendre entre 1988 et 1991.

Claude Evin, 69 ans, ancien élève de l’Institution Saint-Joseph d’Ancenis, diplômé de l’École d’éducateurs spécialisés d’Angers, député qui occupa de multiples fonctions au sein du parti socialiste, du gouvernement de Michel Rocard puis du monde hospitalier. Rejoint le cabinet d’avocats DLA Piper en septembre 2015, en tant qu’avocat-conseil dans le domaine des sciences de la vie et de la santé. Puis, un an plus tard, devient avocat associé au sein du cabinet Houdart et Associés.

Gage de sérieux

Que nous dit-il ? Que le remboursement des produits homéopathiques « ne se justifie pas », qu’il y a « une position de principe à prendre », et que pour l’heure, « concrètement cela signifie que l’on rembourse un placebo ». Or pour l’ancien ministre « le remboursement doit intervenir si l’efficacité est prouvée ». Malheureusement Claude Evin ne dit rien de l’efficacité du placebo…

Face à lui le médiatique Dr Frédéric Saldmann, médecin discuté et auteur à succès (« Le meilleur médicament c’est vous ! »). Sans surprise il prend « très au sérieux » l’effet placebo. « Il existe une force du mental qui soigne, dit-il. Un message qui permet au cerveau de fabriquer ses propres médicaments. » Quant au remboursement il y voit une symbolique. « Pour le patient c’est un gage de sérieux qui fait augmenter l’effet placebo. Une prescription médicale, une écoute, un remboursement renforcent l’efficacité sur le plan psychologique ». Corollaire : en finir avec la vente libre en pharmacie des granules homéopathiques.

Tout est dit en somme : sous les pavés polémiques de l’homéopathie, la plage mystérieuse de l’effet placebo. Un territoire inconnu du politique, difficile à mettre en chiffres. L’homéopathie continuera à être remboursée avait, en souriant, assuré Agnès Buzyn en avril. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement …. ça ne fait pas de mal ! ». En août elle demande à la HAS de dire le contraire.

A dire vrai il faut dépasser tout cela, aller au-delà de l’eau diluée dans l’eau, et répondre à la seule question qui vaille : de quel droit, à quel titre, l’assurance maladie devrait-elle ne pas rembourser l’effet placebo ?

A demain

7 réflexions sur “Homéopathie : à quel titre l’assurance maladie ne rembourserait-elle pas l’effet placebo ?

    • L’effet placebo, qui n’est pas une insulte, marche sur les animaux, « autant qu’il m’en souvienne » (très jolie langue, le Français… un peu inutilement compliquée mais vos académiciens n’ont pas eu d’heureuse initiative) .

      La chirurgie a un effet placebo , sans doute très important. Des études « intervention chirurgicale X » contre « fausse intervention avec incision ± simulation par les opérateurs d’une intervention lorsque l’anesthésie est régionale et non générale » ont montré une nette amélioration. Dans les 2 groupes et parfois pas de différence avec la vraie intervention , alors remise en question.

  1. On reconnaît très officiellement l’importance de l’effet nocebo, qui semble expliquer « médicalement » tous les symptômes des patients dans une certaine crise, et hop affaire classée !…ne serait-il pas cohérent qu’on laisse toute sa place à l’effet placebo ? !

    • Prescrire un placebo avec les règles d’éthique actuelles qui condamnent tout paternalisme philanthropique, ce n’est pas possible. Il faut écrire placebo sur l’ordonnance . Il n’y en a pas en pharmacie. Donc mettre du magnésium ou autre et ajouter « (placebo) ». je ne sais pas comment madame sécurité sociale le prendra. Le pharmacien de peut plus fabriquer du placebo il me semble, les préparations étant interdites. Ca doit être une conséquence du droit romain mal compris.

  2. Je me souviens avoir été en charge des questions de remboursement des médicaments homéopathiques il y a bien longtemps, quand Jack Ralite, alors ministre de la santé, a voulu les dérembourser. Le ministre avait demandé une étude à la Cnamts. Nous avions fait faire une étude rétrospective sur une dizaine d’années en comparant le comportement de deux groupes composés de manière homogène (âge, classe sociale, localisation etc.): 10 000 personnes qui se soignaient régulièrement avec de l’homéopathie et 10 000 personnes qui ne recouraient pas à celle-ci. La mortalité du premier groupe était significativement inférieure à celle du second groupe, et, élément décisif pour le ministre, ils dépensaient autour de 10 % de moins que le second groupe. On a donc enterré à la fois la décision de dérembourser et l’étude. Nous avions quelques raisons de penser qu’il y a d’autres facteurs que l’homéopathie qui jouent: ses tenants veillent mieux à leur santé; ils ne se droguent pas au premier rhume venu avec des produits qui présentent des effets secondaires avérés; et ainsi de suite. Mais en termes de gros sous et de santé publique, le déremboursement ne se justifiait pas. avec les moyens actuels, la CNAMTS peut refaire cette étude avant que la HAS ne répète ce qu’elle a déjà dit (pas de preuves que l’homéopathie marche, comme on dit).
    L’autre élément amusant est qu’au ministère de la santé de l’époque (Direction de la pharmacie et du Médicament et Direction Générale de la santé, j’avais fait un tour de tous les médecins et pharmaciens pour constater que 50% d’entre eux utilisaient, à des degrés divers, les médicaments homéopathiques…
    Donc, si je pense qu’il s’agit probablement d’ excellents placebos, je ne vois pas pourquoi cesser de rembourser ces médicaments.

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