Avortement : de Bailleul (Sarthe) à Buenos Aires, politique, médecine et polémiques

Bonjour

L’IVG (sa dépénalisation, sa légalisation, sa pratique) est un sujet permanent de polémiques médiatisées. On vient de l’observer en Argentine. En juin les députés argentins avaient approuvé sa légalisation (129 voix contre 125. Mercredi 8  août, leurs collègues du Sénat s’y sont opposés (38 voix contre 31 et 2  abstentions). Rejet du projet de loi au grad dam de centaines de milliers de personnes qui s’étaient rassemblées à Buenos Aires et dans les principales villes du pays.

« Le débat sur le droit à l’avortement est loin d’être refermé en Argentine. Certes, le vote des sénateurs témoigne du solide pouvoir d’influence de l’Eglise catholique et des Eglises évangéliques, vigoureusement mobilisées contre ce texte, ainsi que du machisme persistant dans les provinces les plus traditionnelles, éditorialise Le Monde. Mais la démonstration est désormais faite, confirmée par tous les sondages ces dernières semaines, que la société argentine a profondément évolué et est aujourd’hui majoritairement favorable au droit à l’IVG. En tout état de cause, après quatre mois d’un débat intense – et qui a ouvert d’autres brèches, comme la demande de la séparation de l’Eglise et de l’Etat –, il est probable que la dépénalisation et la légalisation ne sont plus qu’une question de temps, en Argentine, et certainement dans le reste du continent, où les mouvements féministes sont plus actifs que jamais. »

En France, plus de quarante ans après la promulgation de la loi Veil les polémiques, pour s’être apaisées, n’ont jamais véritablement cessé.

Le 26 juillet dernier, au cours d’une question orale au Sénat à l’attention d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé  Agnès Buzyn, la sénatrice Nadine Grelet-Certenais (Socialiste, Sarthe) a déclaré :

« Il est intolérable que les femmes ne puissent pas exercer leur droit essentiel parce que des médecins, au mépris de l’accès aux soins, font valoir des réticences d’ordre personnel ou éthique ». (JO du Sénat du 26/07/2018 page 3808).

Cette déclaration faisait référence au cas exceptionnel du centre hospitalier du Bailleul, dans la Sarthe, où suite au départ à la retraite d’un médecin et au recours à la clause de conscience des trois autres praticiens de l’établissement, ce dernier n’était plus en mesure temporairement de pratiquer l’IVG.

Intolérable

En réponse à la sénatrice, le Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France (SYNGOF) a réagi avec une particulière virulence :

« Si l’accès à l’avortement pour les femmes est un droit essentiel, incontesté et incontestable, la réalisation de l’avortement n’est pas un acte de soins ordinaire. A ce titre,  il nécessite des médecins à qui la loi reconnait le droit d’avoir une liberté de conscience. Qu’une sénatrice de la France, élue de la Nation, ne reconnaisse pas la liberté de conscience des soignants est intolérable à la Nation. Prétendre que les médecins ont le mépris de l’accès aux soins, alors qu’ils sont au contact direct avec la souffrance de leurs patientes, c’est ne pas connaitre leur vie. »

Pour autant le SYNGOF reconnaît que le cas exceptionnel de Bailleul, dans la Sarthe angevine, met en évidence un problème de fond dans l’organisation de l’accès aux soins sur le territoire français Alors que la loi N°2016-41 du 26 janvier 2016, dans son article premier, fait de l’Etat l’organisateur et le responsable de la santé en France, la pénurie de gynécologues annoncée par la profession depuis vingt ans s’aggrave depuis plusieurs années, et les gouvernements successifs n’ont pas jugé utile de la corriger.

« Et ce n’est pas en retirant leur éthique et leur conscience aux médecins que la Nation permettra un égal accès à l’avortement pour les Françaises qui le demandent. Comme Madame la sénatrice a une éthique et une conscience, qu’elle souffre que les médecins en aient une et que l’Etat la respecte. » 

Et le SYNGOF de noter que la ministre de la Santé « n’a pas acquiescé » aux attaques de la sénatrice socialiste. Et ensuite ?

A demain

2 réflexions sur “Avortement : de Bailleul (Sarthe) à Buenos Aires, politique, médecine et polémiques

  1. C’est terrible que ces femmes ne puissent recourir localement à l’IVG.
    MAis :
    Le SNGOF a bien répondu à la sottise invectivante.
    Trop facile de jeter la pierre à un bouc émissaire , le médecin et sa conscience, alors que l’Etat en France (et il n’a pas manqué de gouvernements de même couleur politique que cette sénatrice) a organisé la pénurie et tué la spécialité « gynécologie médicale ».
    A l’ETAT de remédier à cette situation.

    Sur une autre plan:
    La desertification médicale dans une société capitaliste cela relève de l’adaptation selon l’offre et la demande.
    Payez les plus, considérez-les plus et vous en aurez.
    Le salaire du praticien hospitalier (PH) français est ridicule comparé à celui des PH ou équivalents belges , anglais ou néerlandais.

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