Transhumanisme : le smartphone est une « prothèse obligatoire et généralisée » (Jacques Testart)

Bonjour

On n’en sortira donc jamais. En 2018, bientôt un demi-siècle après les faits,  le biologiste Jacques Testart, bientôt 80 ans, demeure l’indépassable « père scientifique du premier bébé-éprouvette français ». Et depuis bientôt un demi-siècle celui qui ne s’est jamais réconcilié avec le « père médical » du même bébé alerte le monde entier – contre les dérives croissantes de la médecine, de la biologie, de la génétique et de ce cocktail mortel baptisé « transhumanisme ».

« Le transhumanisme est une idéologie infantile » explique aujourd’hui  Testart dans Libération (Erwann Cario). Où l’on entend, à nouveau, ce lanceur d’alerte atypique et souvent délicieusement bougon reprendre ses thèmes de prédilection. (« Au péril de l’humain. Les promesses suicidaires des transhumanistes ». Editions du Seuil) :

« Le transhumanisme est une idéologie qui prospère sur les innovations extraordinaires de la technoscience, que ce soit autour de la génétique, du cerveau, de l’intelligence artificielle. Il y a des trucs assez fantastiques qui donnent une prise pour faire croire que tous les mythes anciens, qu’on traîne depuis le début des temps, l’immortalité, l’intelligence supérieure ou le héros imbattable, vont devenir réels. Ce ne sont rien d’autre que des rêves enfantins, une idéologie infantile. »

Eglise catholique

Et  le déjà vieux Libé de revenir, une fois de plus à la charge. « On vous connaît pour être à l’origine du premier bébé-éprouvette, n’est-ce pas contradictoire de s’opposer à ces ‘’progrès’’ » demande-t-il à l’ancien militant d’extrême-gauche. Réponse de celui qui partage, avec José Bové, certaines des positions de l’Eglise catholique :

« Vous pensez bien que je suis habitué à cette question. La fécondation in vitro, c’est une intervention pour les gens qui ne peuvent pas faire d’enfants. Il s’agissait, en 1982, de restituer un état de normalité qui est la possibilité de fonder une famille. Ça ne dépassait pas ce cadre, on ne faisait pas de bébé sur-mesure.

 « Quand je me suis aperçu, quatre ans plus tard, que cette technique pouvait permettre à terme de faire des bébés de «meilleure qualité», j’ai écrit L’Œuf transparent. J’expliquais qu’on allait pouvoir trier parmi les embryons pour choisir celui qui convient le mieux. Ça a finalement été inventé par des Anglais et ça s’appelle le diagnostic génétique préimplantatoire. Je me suis battu contre et je continue à me battre. Alors oui, on peut me dire qu’il fallait que les gens restent stériles parce que c’est la nature. Mais à ce titre, on n’aurait pas inventé la médecine, on n’aurait pas de médicaments, de vaccins… Ce n’est pas ma façon de voir. Moi, je veux que les gens puissent vivre une bonne vie, en bonne santé, et que ça vaille le coup, qu’ils puissent être créatifs. »

On lira avec intérêt, dans Libé, les réflexions de cet élève du biologiste-moraliste Jean Rostand (1894-1977) sur l’origine et la portée de idéologie transhumaniste – et sur la marche de notre humanité vers le « post-humain ». Et ses confidences quant à son amour pour les petits félins qualifiés de domestiques :

 « Je parle du monde tel qu’on le conçoit aujourd’hui, avec la nature et ses relations à l’homme. Ce monde qu’on peut admirer tous les jours. Quand on regarde un chat, par exemple. Pour moi, le chat, c’est la perfection. C’est un animal fabuleux. Un animal qui a cette grâce, et en même temps cette distance, cette espèce de mépris… Si on regarde une abeille, c’est la même chose. Je suis émerveillé par la nature.

« La fin du monde, ça veut dire que tout ça disparaît. On le constate déjà. On voit que la moitié des insectes a disparu en vingt ans. On le voit aussi au niveau de l’humanité, avec des comportements induits par la technologie, comment les gens ont changé leurs relations aux autres. On est en train d’infantiliser la population, de la déresponsabiliser, de lui faire perdre son autonomie en la mettant sans arrêt à la merci de ‘’spécialistes’’ qui dictent le bon comportement. »

Entre Orwell et Rostand

 L’Œuf transparent (préface de Michel Serres) a aujourd’hui près de vingt ans. Présentation :

« La séparation établie en son temps par Poincaré entre la science qui dit « ce qui est » et la morale « ce qui doit être » s’est fissurée. La morale désormais accompagne la science dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses avancées. L’évolution rapide des techniques de procréation assistée confère ainsi au scientifique une responsabilité à laquelle il ne saurait se dérober, à moins de se comporter en Faust des temps modernes. C’est en ce sens que Jacques Testart, spécialiste français de la fécondation in vitro, s’interroge ici sur les conséquences éthiques d’un contrôle systématique de l’identité de l’oeuf produit en éprouvette. Voici donc un livre sérieux et grave, frappé du double sceau de la compétence et du scrupule. Pour Testart, en effet, « l’éthique n’est pas cette crème informe qu’on repasse souvent sur le gâteau de la science », mais devrait constituer le moteur même de la science. Un ouvrage exigeant mais sans illusion qui passionne et inquiète à la fois. (Paul Klein) ».

Libé à Testart : «  Vous expliquez qu’on manque d’un récit alternatif pour un futur différent de celui proposé par le transhumanisme, très populaire dans les œuvres de science-fiction. Quel pourrait être ce nouveau récit ? » Réponse du biologiste devenu moraliste :

« Je ne vais pas l’écrire. Mais il est indispensable parce que le récit transhumaniste est tout à fait recevable, surtout par les jeunes. Ils sont très réceptifs. Ça recoupe à la fois leurs relations sociales, leur imagination, leur jouissance, même… Ça me glace de voir ces gamins devant un écran d’ordinateur quinze heures par jour, mais on ne peut rien faire. On ne peut pas interdire ces choses-là.

« Je parle beaucoup du téléphone portable [NDLR : smartphone]. Aujourd’hui, les gens ne pourraient plus s’en débarrasser. C’est une prothèse obligatoire et généralisée. C’est un exemple assez fort de quelque chose qui s’est imposé en quinze ou vingt ans et qui est devenu indispensable dans le monde entier, jour et nuit, pour toutes les activités. Et il y a aussi les montres connectées, les assistants domestiques, tous ces projets de médecine prédictive et personnalisée à partir du génome. On ne peut pas espérer arrêter ça de façon autoritaire. Il faut pouvoir montrer que ce n’est pas comme ça que nous avons envie de vivre. Il faut donner autre chose à rêver. »

Quel gamin glaçant devant son écran d’ordinateur écrira bientôt ce qu’Orwell pressentit et que Testart n’écrira pas ?

A demain

 

2 réflexions sur “Transhumanisme : le smartphone est une « prothèse obligatoire et généralisée » (Jacques Testart)

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