Ivresse et politique : entendre sonner le glas dès la première goutte d’alcool éthylique ?

Bonjour

Voilà une publication scientifique formidable – en ce qu’elle écartèle le cœur même de tous les pouvoirs exécutifs. On la consultera sur le site de The Lancet. En France elle vient rappeler la pseudo-opposition, caricaturale, entre les propos d’Emmanuel Macron et Agnès Buzyn. Un président de la République exposant son goût et ses appétences pour le vin versus une ministre des Solidarités et de la santé oubliant ses anathèmes passés sur le sujet.

Que nous dit The Lancet (Global Burden of Disease Study) ?  Qu’il n’y a « aucun niveau de consommation d’alcool sûr » – et que « seul zéro gramme d’éthanol par semaine est protecteur ». Passons sur les chiffres et les pourcentages – en précisant toutefois que la consommation moyenne est de 0,73 verre (de 10 g d’alcool éthylique pur) chez les femmes, et 1,7 verre chez les hommes. Avec d’immenses variations selon les territoires. Les plus grands consommateurs vivent, pour les hommes, en Roumanie (8,2 verres par jour), au Portugal et au Luxembourg (7,3), et pour les femmes, en Ukraine (4,2), Andorre et au Luxembourg (3,4).  En France, la consommation moyenne est de 4,9 verres par jour chez les hommes, et de 2,9 chez les femmes.

« L’étude va à l’encontre de l’idée (étayée par des précédentes études, jugées incomplètes) que de faibles quantités d’alcool auraient un effet protecteur, résume Le Quotidien du Médecin. Les bénéfices cardiovasculaires, ou en termes de diabète, chez les femmes sont en effet annihilés par l’importance les risques de cancers, qui augmentent mécaniquement avec la consommation, mais aussi les risques de blessures et de maladies transmissibles. »

Les caves de l’Elysée

On peut le dire autrement :  Boire un verre d’alcool par jour pendant un an augmente de 0,5 % le risque de développer l’un des vingt-trois problèmes de santé liés à l’alcool, par rapport aux non-buveurs. Cela correspond, chaque année, à un excès de 100 000 morts prématurées dans le monde, précise ainsi la Dr Emmanuela Gakidou (Université de Washington) qui cosigne cette publication.

« Un précédent papier du Lancet , paru en avril dernier, estimait déjà que les recommandations sur la consommation d’alcool dans de nombreux pays devaient être revues à la baisse, mais établissait que le niveau de consommation sans danger exagéré (sic) était de 10 verres standard (100 grammes d’alcool pur) par semaine, rappelle Le Quotidien.  Les auteurs vont plus loin et appellent à un renouveau des politiques publiques, qui devraient intégrer des recommandations en faveur de l’abstinence, une politique de prix (taxes proportionnelles au contenu en grammes d’alcool et définition d’un prix minimum de vente par unité), le contrôle de l’accès physique aux boissons, et une régulation de la publicité. »

Une certitude : en France ce travail du Lancet ne sera pas commenté –  du moins ni par le Palais de l’Elysée ni par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé. Qui semblent n’avoir toujours pas pris la mesure, éminemment politique,  du concept de réduction des risques.

A demain

7 réflexions sur “Ivresse et politique : entendre sonner le glas dès la première goutte d’alcool éthylique ?

  1. Ce que l’Etude du Lancet nous dit, à mon avis elle n’est pas fondée à le faire.

    Les auteurs et encore plus la presse grand public et même les « relais » médicaux (Medpage, Medscape et tutti quanti) nous affirment que si nous buvons ne serait-ce qu’un ditale de Chianti ou Montepulciano, nous nous mettons en danger.

    Or c’est une étude d’observation , tout le contraire d’une étude comparative d’intervention avec tirage au sort, double aveugle des sujets et des investigateurs.

    Les ETUDES D’OBSERVATION (la règle en épidémiologie) indiquent au mieux des ASSOCIATIONS, des CORRELATIONS.

    Et c’est une notion élémentaire que les études d’observation ne permettent PAS de conclure plus loin notamment pas à une CAUSALITE entre les choses associées ou corrélées.

    Elles donnent des voies à explorer. Au mieux par des études avec téoins et tirage au sort.

    Implicitement , les auteurs font ce rapport de causalité, et explicitement les media professionnels ou grand public, comme d’habitude. ILS ONT TORT

    Les méthodes confusément et obscurément indiquées dans l’article et ses annexes, ne montrent pas en quoi on peut relier une maladie chez un sujet à une consommation alcoolique de ce sujet supposée mesurée précisément tout au long de plusieurs années (on ne voit pas comment ils le font ni pourraient le faire). L’appréciation est très grossière. Mais peut-être que les méthodes sont simplement mal expliquées ?

    De nombreux bias (« confounding factors » ) peuvent fausser les conclusions des études d’observation c’est pour cela qu’elle sont considérées non fiables pour indiquer ce qui cause quoi.

    Or il n’y a pas de doute que des moyennes et fortes quantités d’alcool (A) sont nocives.

    Mais il y a d’autres choses nocives (ACN) dans la vie. Les ACN sont à la fois conues : tabac, sédentarité, obésité, maladies déclarées, conduites dangereuses, pauvreté, niveau éducatif bas, travaux manuels d’extérieur, et il en est surement d’autres inconnues et sans doute de génétiques.

    Et pour un sujet donné on ne peut pas savoir la part de A et de ACN comme agent CAUSAL
    d’une mortalité ou morbidité accrues, avec une méthodologie de ce genre.

    IL Y A UN ARTICLE TRES SEVERE SUR LES AUTEURS et publications EN NUTRITION (NOTRE SUJET) DANS LE JAMA de cette semaine par un expert de haut niveau de la méthodologie des études, John P.A. Ioannidis:

    The Challenge of Reforming Nutritional Epidemiologic Research.

    (retirer les *:)
    h*t*t*p*s://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2698337
    Accès libre.
    Un « must read ».

    En un mot il renvoie les auteurs de telles études sur les bancs de l’école .

    Et, in cauda venenum:

    « Les chercheurs en épidémiologie nutritionnelle sont parfois d’immenses scientifiques. Les meilleurs d’entre eux devraient s’approprier (le projet de ) réforme (de leur discipline).
    Ils peuvent aller plus loin et donner l’exemple (comme en corrigent leurs propres articles qui ont tiré des conclusions trompeuses).
    De telles corrections annonceraient un haut niveau d’exigence scientifique et de responsabilité publique.
    Une stratégie méthodologique défectueuse (biaisée) a dominé les questions de recherche difficiles à résoudre , plus difficles que celles d’autres disciplines épidémiologiques. »
    (A la fin de l’envoi je touche en quelque sorte).
    L’article de Ioannidis ne concerne pas en particulier l’article contemporain du Lancet,il va de soi.

  2. Comme en science on ne cherche que ce que l’on trouve et que pour devenir célèbre il faut hurler avec les plus en plus fort, il est statistiquement certain que l’on va trouver des ‘scientifiques’ qui vont assener des vérités très ‘prohibition’ du style, l’alcool est dangereux dès le premier micron-gramme (sauf bien entendu lorsqu’il est dans un médicament).

    Des charlatans. ou pour le dire plus politiquement corrects, des amuseurs assermentés par le pouvoir. Avec, bien entendu, la clique des idiots utiles qui perroquettent pour être certain d’être sur la photo. Cela donne une image tellement pitoyable de la science que cela la dé-considère per se. C’est la forme scientifique de pierre et le loup.

    • Je pense au contraire qu’ils sont sincères.
      Mais se laissent abuser par ou abusent de leurs techniques statistiques, peut-être leurs convictions (biais) et le besoin de publier pour survivre.
      Vu le nombre stellaire d’auteurs internationaux un complot gouvernemental (quel gouvernement ? )
      Un homme politique français (Rocard ? ) a dit un jour que plutôt qu’à un vaste et intelligent complot il fallait invoquer des travers humains plus communs.

      • C’est un peu ‘petit’ d’argumenter contre en invoquant un « complot ».

        Il y a 2 choses
        a) Leur pauvreté intellectuelle en capacité statistique (cf article ici : http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2018/07/05/36539477.html)
        b) LE choix de recherche. Ils pourraient, par exemple, montrer d’autres choses, en choisissant un autre axe de recherche. Le choix même de vouloir faire une corrélation entre le premier gramme d’alcool et l’augmentation des maladies SANS associer les trucs les plus évidents (même pour un collégien), par exemple alcoolisme et pauvreté) est un présupposé.

        Ce qui est marrant c’est que les présupposés sont TOUJOURS dans le même sens, celui de la prohibition zéro alcool, zéro tabac, mais JAMAIS zéro promenade pédestre dans paris, JAMAIS un lien entre maladies et médicaments/vaccins, jamais un lien entre pauvreté et…

        C’est pour cela que je ne pense pas qu’ils se laissent abuser. Ils choisissent sciemment de chercher dans une direction pour être adopté par le cœur des crétins.

        Exemple n’ayant rien à voir et purement fortuit. Imaginons un étude sur l’orientation sexuelle et l’environnement familial. On peut prendre des gens de tous ages au hasard et regarder si on a un lien entre environnement et orientation sexuelle. On trouverait probablement rien ou un signal si faible qu’il serait ignoré car la prévalence est faible puis chœur des crétins pour encenser la chose.

        Imaginons une autre étude qui prend juste des ados ‘homo’ et qui regarde si dans cette population particulière un environnement familial avec des représentations homo est sur-représenté. (l’étude serait déjà accusée d’homophobie). Si jamais cette étude montrait un signal, je pense que nous aurions des articles dithyrambiques pour descendre les auteurs de cette mauvaise science.

        Inconsciemment (soyons magnanime) ou pas (soyons réaliste) le deuxième axe de recherche n’est PAS étudié, car il est mieux pour la carrière et l’aura de se concentrer sur des études de basses qualités montrant que les vaccins sont surs que l’alcool et le tabac c’est mauvais, que le cholestérol c’est le mal, plutôt que des études de bonnes qualités montrant des soucis peu politiquement corrects.

        Maintenant ce n’est effectivement QUE le deuxième point (un choix de recherche orienté sans complot politique – hormis une formatage éducatif ), le premier étant des capacités intellectuelles pouvant être améliorées par un travail plus sérieux.

  3. Hervé—02,
    Vous avez raison j’ai eu tort de parler de complot, à vous relire:
    « Des charlatans. ou pour le dire plus politiquement corrects, des amuseurs assermentés par le pouvoir. « , vous n’avez pas évoqué de complot. Je vous ai mal lu.
    Veuillez m’excuser.
    Je retire l’argument « complot »

  4. DoubleVDOubleVDoubleV.nytimes.com/2018/08/28/upshot/alcohol-health-risks-study-worry.html?action=click&module=Discovery&pgtype=Homepage

    Le vénérable New York Times par la plume de Aaron Carrol, un pédiatre éclairé, démolit poliment la « formidable » étude du Lancet. Et pourtant il n’est pas sévère.
    L’épidémiologie médicale se déconsidère.

    Cette étude est un bon témoin de la décadence des publications médicales et confirme le peu de fiabilité du sceau ‘NEJM, Lancet etc’.

    J’aime l’analogie de Carrol:

    « Considérez que 15 desserts par jour seraient mauvais pour vous. Je suis sûr que je pourrais créer un tableau présentant un risque croissant de nombreuses maladies de 0 à 15 desserts. Cela pourrait conduire à des affirmations comme « il n’y a pas de quantité sans risque de dessert. »

    Pourtant, je pense que l’auteur est trop gentil. Je pense qu’en raison de la nature observationnelle et du fait qu’il s’agisse d’un étude de population sans lien possible entre les données sur la consommation et les maladies, cette étude ne peut pas prouver les effets nocifs de l’alcool quelle que soit la quantité.

    Pourtant, nous savons par SBEBAM alias la médecine fondée sur des preuves du type de la branche sciée (1) que trop d’alcool est mauvais.

    Mais apparemment, cette étude voulait prouver que les petites quantités d’alcool sont délétères, mais ses méthodes ne pouvaient susciter aucun espoir pour y parvenir. Je ne peux pas comprendre que les auteurs l’ont toujours fait.

    De plus, les auteurs se livrent à un péché capital : déduire une causalité à partir de données d’observation (insuffisantes par ailleurs).
    Et tout le monde saute dans le train en voyant une causalité méthodologiquement impossible,: une petite quantité d’alcool vous rendra malade.
    Dissémination de fausses nouvelles ( faike niouzes).

    Même s’il était possible d’inférer la causalité, la taille de l’effet, l’affirme l’auteur du NYT, est tellement microscopique (risque 4/100 000 pour un peu d’alcool) que le simple fait de le déclarer est ridicule.

    Un autre point
    Étudier un aliment spécifique dans un mode de vie pour déterminer si c’est bon ou pas est une mauvaise idée.
    Les bananes font ça, le café, oh non, ça ne l’est plus.
    Vous devez étudier des modes de vie très homogènes ou des façons de manger globales et les tester. Pas chaque élément séparément.

    Les auteurs du Lancet méritent leur fessée générique et prémonitoire par le gréco-américain Ioannes Ioannides (désolé de répéter mon post récent):
    (retirer les *:)
    h*t*t*p*s://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2698337

    « La communauté de l’épidémiologie nutritionnelle comporte de très grands scientifiques.
    Les meilleurs d’entre eux devraient s’approprier ce processus de réforme.

    Ils peuvent également donner l’exemple (par exemple, en corrigeant leurs propres articles comportant des allégations trompeuses).

    De telles corrections annonceraient des normes scientifiques élevées et un sens de responsabilité publique. Une méthodologie biaisée a dominé les questions de recherche qui se sont révélées particulièrement difficiles à résoudre, plus difficile que celles des autres disciplines épidémiologiques. « 

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