Génériques :  les médecins ne pourront bientôt plus avoir recours au « Non Substituable »

Bonjour

L’affaire couvait. Elle éclate et, après RTL, nombre de médias généralistes s’en font l’écho. On attend les réactions de la  profession médicale qui perd ici, une nouvelle fois, un peu de cette liberté de prescrire – une liberté qui n’était pas étrangère au prestige dont elle jouissait.

Résumons. C’est une mesure inscrite dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2019). Officiellement elle vise à  « renforcer le recours aux génériques ». Il faut ici savoir que le taux de substitution générique/princeps dépasse les 80 % en France mais que le gouvernement observe un « essoufflement ».

« Le problème, résume RTL, c’est que malgré la bonne volonté affichée (sic) des pharmaciens, le taux global de génériques vendus ne dépasse pas 36% des médicaments remboursables. Pire, les ventes de génériques ont reculé de 2,4% en 2017 en volume et de 3,9% en valeur. L’autre souci constaté par l’administration, c’est que les médecins apposent de plus en plus souvent la mention « non-substituable » sur leur ordonnance. Cette mention interdit aux pharmaciens de proposer un générique. »

« Fin mai, rappelle Le Quotidien du Médecin (Cyrille Dupuis), dans le cadre d’une affaire opposant un généraliste à sa caisse primaire dans l’Eure, un arrêt de la cour de Cassation avait jugé que la prescription assortie de la mention ‘’NS’’ devait pouvoir être « dûment » justifiée par le prescripteur lui-même, à chaque fois que la situation se présente. La Cour de cassation avait condamné le médecin… »

Fort de ce contexte, le gouvernement a décidé de rogner les ailes des prescripteurs en « clarifiant » les modalités de recours au « NS ».  Le gouvernement entend désormais encourager la substitution par le pharmacien en faisant reposer la justification de la mention non-substituable « sur des critères médicaux objectifs, définis en lien avec l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé ».

Allergiques aux génériques

On peut le dire autrement : les autorités sanitaires fixeront une liste de cas et de situations (intolérances, allergies, etc.) pouvant justifier la mention « NS » et empêcher la substitution générique. C’est ce que confie l’entourage d’Agnès Buzyn au Quotidien du Médecin. Ces référentiels devraient être intégrés aux logiciels d’aide à la prescription. Dès lors fin de la mention manuscrite – la fréquence de non substituable sur les ordonnances étant en moyenne de 8,3 % sur l’année 2016.

Tout ceci sera associé à d’un malus financier destiné à favoriser un peu plus encore pour le recours aux génériques : « le remboursement d’un assuré qui ne souhaiterait pas, sans justification médicale, la substitution proposée par le pharmacien se fera désormais sur la base du prix du générique » (PLFSS 2019). « Sachant qu’un générique coûte en moyenne 40 % de moins que le princeps, le malade devrait y regarder à deux fois avant de refuser le générique pour des raisons de convenance » estime Le Quotidien du Médecin.

Commentaire du Dr Jacques Battistoni, président de MG France :

« On est satisfait car le fait d’écrire « non substituable » à la main était perçu comme une mesure vexatoire par les généralistes. Mais les critères médicaux objectifs justifiant le « NS », il n’y en aura pas beaucoup ! Les trois situations principales que l’on rencontre sont les médicaments à marge thérapeutique étroite, les patients qui nous disent qu’ils ne supportent pas le générique – c’est souvent invérifiable – et ceux qui mélangent les boîtes de génériques, ce qui est source de confusion… ».

Cette mesure ne s’appliquera à compter du 1er janvier 2020 : le temps nécessaire pour « accompagner sa mise en place auprès des patients ».

A demain

 

4 réflexions sur “Génériques :  les médecins ne pourront bientôt plus avoir recours au « Non Substituable »

  1. Trois exemples de médicaments que je ne souhaite pas voir substituer :
    Le premier est un médicament pédiatrique. Se battre pour faire avaler 3 fois par jour un générique infect arôme banane quand l’enfant ne dit rien pour l’arôme du médicament de marque… C’est de la maltraitance.
    En cas de migraine, l’ibuprofène orodispersible agit plus rapidement qu’en comprimé. Et surtout… Il n’est pas vomi par mon fils! Pas de bol, il n’est pas disponible en générique. En plus, il peut prendre son traitement au plus vite, sans eau, dès que la crise débute, et ne passe pas le reste de la journée couché.
    Enfin, les excipients du forlax et du générique ne sont pas les mêmes. Il est très aisé de savoir si mon fils a pris du générique ou pas : il suffit d’écouter les bruits de tuyauterie (les camarades de classe apprécient peu le générique #perturbations sonores).
    Les génériques, oui, mais avec discernement.

    • Et moi, je préfère une voiture rouge à la voiture noire car elle roule plus vite …
      Je vois que tout le monde a déjà de « bonnes raisons » pour demander des princeps
      Bon courage aux Médecins pour faire le tri

  2. +1 avec Anne.
    Et une suggestion de modification de la définition de « médicament générique ».
    On parle souvent de médicament générique comme d’un médicament ayant « les mêmes effets ». En pratique, il a uniquement la même substance active, en même quantité.
    Justement, il faudrait que les génériques soient aussi similaires au niveau de l’excipient, et surtout de l’effet produit.

    Je m’explique.
    Je connais un médicament pour soulager la « douleur » qui existe sous plusieurs forme.
    Le princeps a un goût neutre, peut être avalé ou se dissoudre sous la langue (sublingual) pour un effet flash.
    Parmi les génériques existants, j’ai constatés que:
    – certains avaient un goût très désagréable (le pire ressemble à une odeur de putréfaction mélangée à du carton)
    – certains ne sont pas du tout sublingual
    – certains ont un excipient tellement efficace que leur effet est retardé par rapport à un médicament normal. J’ai même connu un patient ayant des troubles digestifs qui devait broyer son comprimé générique parce que l’excipient était tellement résistant… qu’il retrouvait son comprimé dans ses selles, intact!
    – certains ont une combinaison des trois effets ci-dessus!

    Je suis aussi d’accord avec Anne. Comment prendre un médicament contre la douleur lorsque vous avez des nausées si le médicament générique n’existe pas sous forme sublinguale?! C’est une aberration. Dans ce cas là (encore), le générique ne rend pas le même service que le princeps!

    Il faudrait que ceux qui nous gouvernent disent clairement les choses :
    – ou ils considèrent que médecins et patients sont des incompétents (contrairement à eux qui n’ont pas de formation médicale et ne sont pas directement concernés!) sur le sujet du médicament et ils l’affirment à voix haute.
    – ou ils avouent que l’objectif est de faire des économies à tout prix quitte à créer une médecine de pauvres et une de riches.
    – ou ils acceptent l’idée qu’un vrai générique doit avoir les mêmes effets qu’un princeps. Et dans ce cas ils revoient la législation sur la question en imposant des fabrications similaires aux laboratoires pharmaceutique. Ce qui, je l’admets, est plus difficile que de pressurer patients et médecins.

    @Anne:
    Je compatis avec ton enfant. Ah les infectes sirops antibiotiques parfum « banane poudreuse- Bitrex® (benzoate de dénatonium) » de mon enfance… Mes parents devaient presque me mettre un entonnoir pour me le faire prendre. Quand le goût ne me faisait pas tout simplement vomir… A final, je le prenais en me pinçant le nez et en mangeant une tartine de pain après pour enlever l’amertume.

  3. Je suis entièrement d’accord : un générique n’est en aucun cas une copie conforme « à l’identique » d’un médicament mais seulement la même molécule (pas forcément fabriquée selon le même procédé ; cf. le problème actuel du Valsartan).
    La formulation galénique a un impact direct sur le médicament et son fonctionnement (pharmaco-cinétique).
    Nier ce fait, revient à faire croire que le développement d’un médicament est un « jeu d’enfant ».

    Petit rappel relevant du plus élémentaire bon sens : sans princeps pas de générique.

    Alors que les journalistes ont fait du lobbying pour que le parlement européen approuve le principe du « droit voisin » en ce qui concerne la propriété intellectuelle (y compris des durées de protection de la propriété intellectuelle sans aucun rapport avec une réalité raisonnable), tout le monde (à commencer par les mêmes gouvernements qui soutiennent sans aucun discernement les « ayant-droits ») trouve absolument normal que les médicaments soient copiés, même mal.
    Jusqu’à preuve du contraire, écrire un article pour un journal ou composer une chanson ne coûte pas 2 milliards d’Euro !!!

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