Invraisemblable : la pénurie de médicaments et les «pertes de chances inacceptables» 

Bonjour

C’est un document sanitaire majeur qui vient d’être rendu public : le rapport de la mission d’information sur la pénurie de médicaments et de vaccins Un document qui permet de cerner un peu mieux la réalité d’un phénomène traité, dans les médias, de manière toujours parcellaire.

« L’indisponibilité des médicaments et vaccins est un phénomène de plus en plus préoccupant : en 2017, plus de 500 médicaments essentiels ont été signalés en tension ou rupture d’approvisionnement, soit 30 % de plus qu’en 2016. Sont concernés des médicaments de première importance dans notre arsenal thérapeutique, notamment des anticancéreux, des vaccins et des antibiotiques. 

Ces ruptures conduisent à des pertes de chance inacceptables pour les patients et mettent en danger la qualité et le fonctionnement de notre système de santé. Du fait de la délocalisation à l’étranger de la plupart des structures de production de médicaments, c’est l’indépendance sanitaire de notre pays qui est désormais remise en cause.

Face au défaut de transparence sur les origines de ces pénuries et les responsabilités en jeu, la défiance s’accroît entre les acteurs de la chaîne du médicament, du fabricant au pharmacien, en passant par les dépositaires, les grossistes-répartiteurs et les prescripteurs. Comment prévenir les pénuries résultant de difficultés de production ? Comment restaurer la confiance entre les acteurs de la chaîne de distribution du médicament ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles cette mission d’information s’est attachée à répondre. »

Pronostic vital

Cette mission, créée à l’initiative du groupe sénatorial Les Indépendants – République et territoires était présidée par le ­sénateur (Parti socialiste, Aisne) Yves Daudigny. Le constat est sans appel et le phénomène s’aggrave en France : 530 médicaments se sont retrouvés en rupture de stock en 2017 –  30 % de plus qu’en 2016, dix fois plus qu’en 2008 (44 médicaments concernés). Et encore ces chiffres ne concernent-ils que les médicaments dits d’intérêt ­thérapeutique majeur, ceux dont « l’indisponibilité transitoire, totale ou partielle, est susceptible d’entraîner un problème de santé publique (mise en jeu du pronostic vital, perte de chance importante pour les ­patients) » et pour lesquels il n’y a pas d’alternative thérapeutique disponible sur le marché français. Une « rupture d’approvisionnement » survient lorsqu’une pharmacie d’officine ou d’hôpital est dans l’incapacité de délivrer un médicament dans un délai de soixante-douze heures.

« Les pharmaciens font face, à l’hôpital comme en officine, à des phénomènes le plus souvent diffus, mais récurrents et fortement déstabilisateurs pour la continuité des soins, souligne le rapport. A Gustave Roussy, ce sont soixante-neuf lignes de médicaments qui sont quotidiennement en rupture ou en tension. L’Agence générale des équipements et produits de santé de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) relève quant à elle chaque jour quatre-vingt à quatre-vingt-dix  médicaments en situation de pénurie.»

Tickets de rationnement

Deux exemples illustrent actuellement ce phénomène. Rupture de stocks de Sinemet, l’un des traitements les plus courants, pris par plus de 50 % des personnes souffrant de la maladie de Parkinson – situation qui pourrait durer jusqu’en mars 2019. Et les médicaments génériques deviennent eux-mêmes en rupture de stocks. « Fortes tensions d’approvisionnement » concernant l’anticancéreux ­5-Fluorouracile .« Certes, d’autres anticancéreux peuvent être prescrits, mais ce ne sont pas les mêmes protocoles, et c’est une perte de chance pour les patients », a expliqué au Monde (Pascale Santi)  le Pr Alain Astier, chef du département de pharmacie du groupe hospitalier Henri-Mondor (AP-HP), et membre de l’Académie de pharmacie. Des ­pénuries touchent aussi des médicaments courants comme l’amoxicilline.

Que fait, ici, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ? A quoi sert-elle ?  Interrogée par la mission sénatoriale, elle évoque des problèmes dans la chaîne de production, des défauts de qualité des produits finis, ou encore des difficultés d’approvisionnement en matière première. « Une réglementation contraignante et, surtout, la moindre rentabilité de ces molécules sont aussi souvent mises en avant » précise Le Monde.

Dans leur rapport les sénateurs, quant à eux, formulent plusieurs propositions pratiques tout en observant que « l’indépendance sanitaire de notre pays est désormais remise en cause ». Comment lutter contre le fait que  « 60 % à 80 % des matières actives à usage pharmaceutique ne sont pas, aujourd’hui, fabriquées dans les pays de l’Union européenne, mais en Inde et en Asie, – contre 20 % il y a trente ans » ? Comment gérer la pénurie qui s’installe ? Comment prévenir les prochains scandales ? Comment ne pas en venir aux tickets de rationnement ? Que peuvent, dans ce monde nouveau, faire Agnès Buzyn et le gouvernement ?

A demain

 

 

 

3 réflexions sur “Invraisemblable : la pénurie de médicaments et les «pertes de chances inacceptables» 

  1. J’espère que les sénateurs en ont profité pour étudier les conséquences d’un hard Brexit sur les pénuries de médicaments en France (comme les anglais le font pour chez eux). Il y a pas mal d’usine de productions de médicaments situées en UK et ça pourrait faire mal !

  2. LA solution est politiquement simple : punition des labos qui organisent cette pénurie.

    Comme l’autorisation de mise sur le marché est un besoin et qu’il peut être suspendu, il est très simple de révoquer l’autorisation d’un block buster si est organisé la pénurie d’un médicament qui rapporte moins. On peut tout a fait décider que le prix de remboursement est diminué par pallier sur de longues périodes. sur TOUS les médicaments du groupe. Il y a d’énormes moyen de pression plutôt que de gérer pour la populace les pénuries, trier entre ceux qui ont plus besoin que les autres. Est-ce que l’hôpital américain de neuilly à les même soucis d’appro que l’hôpital mondor à créteil ou l’hôpital de ville de chauny ?

    L’europe va nous en empêcher car blablabla ? ok, plus AUCUNE AMM pour ce labos tant qu’il n’y a pas eu de rupture de médicaments de chez eux pendant 5 ans.

    À un moment, il va falloir que nos autorités traversent la rue plutôt que d’organiser les dividendes de leurs petits copains. Si leur proximité avec les grands financiers les empêchent de faire leur travail, il faut les virer et en mettre d’autre.

  3. Non ! La solution n’est pas simple.
    Que les grands défenseurs des génériques et des prix bas commencent par faire leur auto-critique : What you pay is what you get !!!

    Vous recevez ce que vous avez accepté de payer.

    Que savez-vous des processus de fabrication d’un médicament, de leur complexité, des aléas inhérents à des processus biologiques (en particulier pour la fabrication des vaccins), des temps de cycle nécessaires (et incompressibles) ?

    Effectivement, l’industrie a fait des choix d’outsourcing – Inde. Chine – souvent contestables. Ces choix ont été facilités par une forte pression sur les prix, qui a permis aux financiers de l’industrie pharmaceutique d’avoir le dernier mot dans leurs combats internes contre les « conservateurs » (au moins deux lots en stocks).
    Les « optimiseurs de coûts » ont pris toutes leurs décisions depuis 20 ans en expliquant que les stocks coûtent cher, donc il faut faire du juste à temps, au de-là de toute raison.
    Les velléités internes de préserver une approche plus raisonnable (moins agressive) ont été étouffées car la pression sur les coûts est devenue la priorité N°1, le patient passant au second plan.

    La Directive Européenne 2001/83/EC, Article 81 stipule :
    >> Le titulaire de l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament ainsi que les distributeurs de ce médicament mis sur le marché de façon effective dans un État membre assurent, dans la limite de leur responsabilité respective, un approvisionnement approprié et continu de ce médicament pour les pharmacies et les personnes autorisées à délivrer des médicaments de manière à couvrir les besoins des patients de l’État membre concerné. <<

    Toute la discussion réside dans la clause "dans la limite de leur responsabilité respective".
    Croyez-moi, les coûts de gestion des ruptures de stock ne sont pas négligeables pour l'industrie. C'est d'ailleurs pour cette raison que, depuis plusieurs années, des groupes de travail au sein de l'industrie pour traiter cette question. Les causes sont multiples et elles ne relèvent pas toutes de "l'incurie" supposée de l'industrie.
    Les régulateurs – agences réglementaires – participent également à ces réflexions.
    Les USA et l'Europe ont fait preuve de naïveté au cours de ces 25 dernières années. Les solutions pour redresser la situation ne sont pas simples.
    Concernant la production des antibiotiques, il y avait dernièrement un bon reportage à ce sujet sur Arte. Un des points évoqués concernait les questions environnementales liées à la production de tels produits …
    Il serait bon que chacun balaye devant sa porte avant d'appeler à des solutions à l'emporte-pièce.

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