Quatre ans après, un médecin s’est à nouveau suicidé au centre hospitalier de Châteauroux

Bonjour

La tragédie se poursuit. « Le corps sans vie d’un radiologue a été découvert ce mercredi 10 octobre, au petit matin, dans les locaux du centre hospitalier de Châteauroux (Indre). Le praticien a mis fin à ses jours, vient de rapporter La Nouvelle République du Centre Ouest.  « C’était un vrai défenseur du service public et un homme adorable », soupire l’un de ses collègues, des larmes plein les yeux. »

Ce médecin exerçait depuis plus d’une vingtaine d’années dans cet établissement hospitalier. Le quotidien régional précise que ce médecin avait été victime d’un burn out au printemps. « Reconnu et estimé il était de retour à l’hôpital depuis quelques semaines » ajoute-t-il. .

Gil Avérous, maire (LR) de Châteauroux, par ailleurs président du conseil de surveillance du centre hospitalier, a immédiatement réagi : « Mes premières pensées vont à la famille du défunt qui est confrontée à cette terrible épreuve, et à la communauté médicale dont il était un remarquable élément. Il est trop tôt pour commenter le contexte, l’enquête le dira. L’heure est au respect du deuil de la famille , les autres commentaires viendront quand les éléments complémentaires seront connus. » Évelyne Poupet-Sommier, directrice de l’établissement a précisé que tout était mis en place « pour prendre en charge les professionnels médicaux et non médicaux très affectés par ce décès ».

Précédent dramatique

La Nouvelle République rappelle un précédent dramatique : en mars 2014 le Dr Simona Zahan, médecin anesthésiste de 37 ans, avait mis à ses jours en s’injectant une dose mortelle de produits médicaux utilisés au bloc opératoire.

Elle s’était donné la mort dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 mars. A la fin de sa garde. Pas de justification écrite à son geste. «Toujours est-il qu’elle a attendu le moment où il régnait un calme absolu, dans son service, pour s’administrer une dose mortelle de produits, par intraveineuse, dans sa chambre de garde, avait alors rapporté le quotidien. C’est le collègue venu la relever, le dimanche matin, qui a fait la macabre découverte.»

Mise en place immédiate d’une cellule psychologique (sous la direction du chef du service de psychiatrie de l’établissement). «C’est une nouvelle brutale et effrayante, expliquait alors le directeur-adjoint du centre hospitalier. Nous sommes tous choqués. Que dire ? Nous allons tout faire pour apporter le soutien nécessaire au personnel, ainsi qu’à sa famille.»

Agée de 37 ans, le Dr Simona Zahan était mère d’un petit garçon en bas âge. Jusqu’ici praticien contractuel, elle venait tout juste d’obtenir le statut de praticien hospitalier. Elle faisait partie de l’équipe de huit anesthésistes du service de l’hôpital, qui fonctionne par successions de permanences, 24 heures sur 24. «La fonction d’anesthésiste, dans un hôpital, est très exigeante, très exposée, et impose de très grosses responsabilités, observait le directeur-adjoint. Mais elle était une excellente professionnelle, qui répondait parfaitement à la mission qui lui avait été confiée. Nous n’avons connaissance d’aucun conflit ou problème qui aurait pu justifier son acte.»

Conditions de travail ? Problèmes personnels ? Une infirmière du centre hospitalier : «Oui, c’est vrai que c’est un service soumis à un fort rythme. Mais il y a tellement de raisons qui peuvent pousser un être humain à se suicider… Elle était bien insérée professionnellement, respectée et appréciée de ses collègues. Elle était maman, mariée… Elle semblait avoir tout pour être heureuse.» Une enquête fut néanmoins demandée par le parquet.

Inspection du travail

Six mois plus tard, toujours La Nouvelle République du Centre Ouest : «L’inspection du travail met en cause le Centre hospitalier de Châteauroux dans le rapport concernant le suicide d’une anesthésiste survenu en mars dernier. La direction du centre hospitalier se défend avec la plus extrême fermeté.»

L’inspection du travail observe que la semaine précédant son décès, le Dr Zahan avait effectué 78 heures de travail, dont deux gardes de 24 heures, de mardi 11 à mercredi 12 mars, et de samedi 15 à dimanche 16 mars.

«Au terme de l’enquête et de tous les éléments recueillis, nous estimons que le non-respect, par l’employeur, de ses obligations a pu jouer un rôle dans la souffrance ressentie par Mme Zahan, et donc dans son suicide. De plus, même dans l’hypothèse (peu probable compte tenu des circonstances) où les conditions de travail de Mme Zahan n’auraient pas présidé à son geste, il est certain que son état de fatigue physique et mentale a contribué à abolir ou amoindrir ses capacités de discernement et, ainsi, priver MmeZahan de sa capacité à sortir de l’impasse.»

La direction du centre hospitalier s’était défendue: «Les griefs présentés dans ce rapport ne sont pas fondés et sont sans lien avec le suicide du Dr Zahan qui était parfaitement intégrée au sein de l’établissement et qui venait d’être reçue au concours national de praticien hospitalier. L’inspection du travail met gravement en cause la réputation et l’honneur de l’établissement en considérant, sur la base de pures conjectures, que ce dernier a pu jouer un rôle dans le suicide du Dr Zahan. Le centre hospitalier apportera prochainement une réponse argumentée à ce rapport.»

En mars, au lendemain du drame, Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, avait déclaré : «C’est une triste affaire mais, a priori, elle n’aurait aucun lien avec l’hôpital. Cette dame, d’origine roumaine, venait d’être titularisée, ce qui était plutôt une bonne nouvelle. En revanche, on croit savoir qu’elle se sentait loin de chez elle et qu’elle était mal dans sa peau.»

Il est toujours hasardeux de parler des raisons d’un suicide. Plus encore quand il se produit dans un centre hospitalier et que l’on est ministre de la Santé.

A demain

 

 

3 réflexions sur “Quatre ans après, un médecin s’est à nouveau suicidé au centre hospitalier de Châteauroux

  1. Triste affaire. On est ému pour la famille et les proches.

    Une petite critique. Lisant le titre je croyais q’un médecin s’état suicidé après une première tentative (« ratée ») 4 ans avant.

    Une remarque : la ministre disant , sur un sujet quand même grave « on croit savoir ». Il y a vraiment des coups de pied au cul, même ministériel, qui se perdent. Avec quoi réfléchissent-ils ces gens ?

    Enfin , les gardes de 24 heures fréquentes à routinières dans les hôpitaux, notamment en anesthésie réanimation, réanimation, urgences, obstétrique, chirurgie, c’est totalement déraisonnable (délirant) et connu de l’administration. Les pilotes de ligne, bien mieux rémunérés, font beaucoup moins d’heures mensuelles mais jamais 24 d’affilée. Mais ils sont méritants, eux.

    Toutefois ils ont affaire à des machines dont on a les plans (« man made ») ce qui est un brin plus facile que de réparer des machines dont on ne cnnait ni les plans ni le focntionnement en détail, pour cause de survenue ou création sur-humaine.

    Personnellement après une dizaine d’heures d’exercice, j’ai du mal, vraiment. Et la nuit après 2-3 heures du matin on a un coup de mou. Alors 24 heures , j’ai toujours refusé depuis que j’en ai le pouvoir.

    Quand j’étais interne, c’était 28-30 heures si je trouvais un collègue pour jeter un oeil à ma « salle » l’après midi, à 38-40 heures si je ne trouvais pas de collègue pour le faire (rare avec la solidarité à l’époque), le tout d’affilée, en cas de garde ajoutée au « service » de jour la veille et le lendemain de la garde, avec parfois un peu de sommeil au cours de la nuit (de 0 à 4 heures les nuits de luxe). Oui c’est délirant. Ca c’est amélioré par la loi bien que les vieux ronchons (il y a 4 lettres en trop) au mépris du bon sens et des études réalisées, prétendent que c’est ainsi que l’on forme de bons médecins. Quelle couillonnade.

    Pas étonnant que des collègues craquent s’il y a d’autres épines dans leur vie.

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