« Bébés nés sans bras » : le gouvernement ne supporte pas le silence de Santé publique France

Bonjour

Voilà une bien étrange affaire qui ne pouvait que prendre de l’ampleur – précisément à cause de son étrangeté. L’affaire des « bébés nés sans bras ». « Que dire aux médias quand on est, raisonnable et scientifique, confronté à l’étrange » demandions-nous début octobre. Le même jour   un communiqué de Santé publique France commençait ainsi : « La presse fait écho de cas groupés rapportés d’agénésie des membres supérieurs dans l’Ain . Deux autres situations de nature similaire ont été signalées en Bretagne et en Pays-de-Loire. Nous avons conduit une investigation épidémiologique de ces trois signalements rendus public ce jour. »

On apprenait alors que dans le cadre de ses missions, le Registre des Malformations en Rhône-Alpes (REMERA) avait informé l’agence d’une suspicion de sept cas groupés dans l’Ain. Des enfants privé de tout ou partie d’un bras nés entre 2009 et 2014. Conclusion : « l’analyse statistique ne met pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale, et Santé publique France n’a pas identifié une exposition commune à la survenue de ces malformations ».

 Tournesols et pesticides

On apprenait encore que Santé publique France avait par ailleurs conduit des investigations similaires sur deux signalements d’agénésie des membres supérieurs survenus en Loire Atlantique (trois cas nés entre 2007 et 2008) et dans le Morbihan (quatre cas nés entre 2011 et 2013). Dans ces deux derniers cas l’investigation avait conclu à un excès de cas. Cependant, aucune exposition commune n’a été identifiée pour les cas groupés de ces deux départements.

Pour résumer : le mystère restait entier en dépit d’un protocole standardisé visant à déterminer si tout ceci était dû au hasard ou non – et d’identifier d’éventuelles expositions communes (prise de médicaments, exposition environnementale, etc.). Nombreuses réactions médiatiques désordonnées mais toujours critiques. A commencer par celle, aux antipodes du scientifique de l’écologiste Yannick Jadot flattant l’opinion en accusant les pesticides et les tournesols.

Réplique immédiate, sur RTL, de Didier Guillaume, le nouveau ministre de l’Agriculture, déclarant qu’il y avait «  peut-être des soupçons, mais aucune preuve scientifique  », concernant la présence de pesticides. Puis dans les colonnes de 20 Minutes, la tonitruante eurodéputée écologiste Michèle Rivasi dénonçait l’arrêt de l’enquête. Puis, face à ces accusations, le directeur général de l’agence Santé publique France, François Bourdillon, s’est dit agressé. « Comme quoi je veux casser le thermomètre, cacher la réalité des choses, alors que l’agence est probablement une de celles qui fait le plus », a-t-il répliqué, interrogé par France info.

Puis vint Le Monde (Stéphane Foucart) accusant, chiffres à l’appui, la méthodologie épidémiologique de Santé Publique France :

« Des erreurs méthodologiques « grossières »« indignes », des marges de confiance « ubuesques »… Le Monde a soumis à trois biostatisticiens le rapport publié jeudi 4 octobre par l’organisme de sécurité sanitaire Santé publique France (SpF), statuant sur un nombre suspect d’enfants naissant sans bras, ou sans main, dans le centre de l’Ain : les trois scientifiques, dont deux ont demandé au Monde de garantir leur anonymat [sic], formulent des critiques assassines à l’encontre du rapport rassurant de l’agence. »

 Santé publique France publiquement désavouée

 Nous sommes aujourd’hui le 21 octobre de la même année. Et l’on apprend que le gouvernement a décidé d’ouvrir une nouvelle enquête. L’information a été donnée par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé, cette dernière  jugeant « insupportable » que ces cas groupés restent sans explication. Avec le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, « nous avons décidé de relancer une enquête » avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et Santé publique France pour avoir des « regards croisés » de médecins et d’experts de l’environnement, a-t-elle déclaré lors du Grand jury RTL – Le Figaro – LCI. « On ne peut pas se satisfaire de dire qu’on n’a pas trouvé de causes, c’est insupportable », a déclaré Mme Buzyn.

Et François de Rugy de tweeter aussitôt en écho :

« Bébés nés sans bras : s’en remettre à la fatalité n’est pas acceptable ! Nous allons lancer avec @agnesbuzyn une nouvelle enquête de l’@Anses_fr et Santé publique France pour faire toute la lumière sur l’origine de ces malformations. 13:33 – 21 oct. 2018 »

Selon Mme Buzyn, on observerait chaque année « entre 80 et 100 naissances par an avec des malformations de membres » en France. Les causes peuvent être génétiques, liées à des contraintes physiques ou dues à des substances toxiques (alimentation, environnement, voire médicaments dans la tristement célèbre affaire de la thalidomide. Or toutes ces causes avaient été écartées par les enquêteurs de Santé publique France.

Une agence aujourd’hui publiquement désavouée par le gouvernement – qui va démissionner ? Un gouvernement qui réclame des « regards croisés » pour faire la lumière pleine et entière. Un gouvernement qui ne peut se résoudre à accepter de voir ici un effet du hasard voire, pire, de la fatalité.

A demain

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