Agnès Buzyn a déclenché un affrontement sans précédent entre médecins et pharmaciens

Bonjour

Comment a-t-on pu en arriver là ? Au départ il y a ces seize députés 1 de la majorité présidentielle (LREM) obtenant de faire voter, grâce au médecin neurologue hospitalier Olivier Véran, un amendement explosif . Pitch :

« Les médecins, les pharmaciens et les autres professionnels de santé sur un même territoire doivent pouvoir coopérer facilement, sans passer par des voies dérogatoires, et ce, afin de faciliter l’accès aux soins des patients. Aussi, les pharmaciens d’officine doivent pouvoir dispenser certains médicaments à prescription médicale obligatoire dans le cadre d’un protocole conclu avec le médecin traitant et/ou les communautés de santé des structures d’exercice coordonnées. La liste de ces médicaments est définie par arrêté des ministres. »

Puis, contre toute attente confraternelle la ministre des Solidarités et de la Santé ne s’y est pas opposée. Dans Les Echos d’hier elle cite  « certaines pathologies » en traduisant le texte de l’amendement « infections urinaires, orgelet, angine, etc. », des petites maladies « où le diagnostic est facile », et pour lesquelles « on peut imaginer que les médecins et les pharmaciens se mettent d’accord localement sur une forme de délégation de compétence ». Agnès Buzyn prenait ici la suite de Marisol Touraine offrant aux pharmaciens la possibilité de vacciner.

Arrêter les frais !

 « On attend la position de l’Ordre » écrivions-nous le 23 octobre. Nous sommes le 24 du même mois et la réponse est déjà là. Dans Le Monde, Francois Béguin cite le Dr Patrick Bouet, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins. « Ça commence à suffire ! On ne transforme pas le système de santé en enlevant des compétences aux médecins pour les donner à des professionnels qui ne les ont pas dans leur périmètre ou dans leur formation ! Il y a un moment où il faut que les choses s’arrêtent ! » déclare-t-il au quotidien vespéral. « Lassé » et « déçu » le président ordinal dénonce une « surenchère d’amendements proposant des expérimentations ne s’inscrivant pas dans une stratégie de réforme du système de santé ».

Laisser des pharmaciens d’officine diagnostiquer et prescrire des médicaments (dont ils assurent par ailleurs la commercialisation…) ? Mme Carine Wolf-Thal, présidente de l’Ordre des pharmaciens n’est nullement contre. « Ce sont des demandes quasi quotidiennes , explique-t-elle au Monde. Je comprends l’inquiétude des médecins. L’idée n’est pas de faire sans eux (sic), mais de sécuriser ce que les pharmaciens peuvent faire. A un moment, il faut être pragmatique par rapport aux problèmes d’accès aux soins que vivent les Français. » Elle ajoute :

« Que faire lorsqu’une femme se présente en soirée avec les symptômes d’une cystite ? J’ai eu ce type de demande lors de ma garde dimanche dernier. Il était 14  heures. J’ai dû demander à cette femme d’aller aux urgences faire un test. Elle est revenue à 18  heures après avoir attendu quatre heures à l’hôpital. Mais certains confrères, après avoir consciencieusement interrogé la patiente, délivrent le sachet d’antibiotique sans ordonnance médicale. »

Est-ce bien raisonnable ? « Depuis l’élection d’Emmanuel Macron les médecins n’avaient condamné de façon aussi forte et aussi unanime une réforme touchant le système de santé » observe Le Monde. Une première qui correspond à une montée en puissance des critiques contre Agnès Buzyn, de plus en plus perçue comme une ministre jacobine et technocratique. Certains l’accusent déjà d’organiser une « vente à la découpe » de la profession médicale. Une vente suicidaire.

A demain

@jynau

1 Mme Bagarry, Mme Cazarian, Mme Bureau-Bonnard, Mme Krimi, Mme Vanceunebrock-Mialon, Mme Dupont, Mme Robert, Mme Tuffnell, M. Pont,Mme Vidal, Mme Khattabi, M. Maillard, M. Daniel, M. Sommer, Mme Khedher et M. Fiévet.

5 réflexions sur “Agnès Buzyn a déclenché un affrontement sans précédent entre médecins et pharmaciens

  1. Je propose, pour calmer le jeu, de laisser aux pharmaciens-parapharmaciens la liberté de prescription pour l’homéopathie;sans restriction avec le droit de substitution et sans remboursement!

  2. lol

    Moi ce que je vois c’est que lorsque cela touche les autres, les réformes, elles sont bonnes et il faut donner un coup de fouet à ce pays sclérosé.

    Mais lorsque les réformes se mettent à toucher son petit pré carré, ça gueule… moi je sors le pop corn.

    Le point important, ce n’est pas que le pharmacien pourra donner un truc mal étudié dont l’amm a été bâclée c’est que de plus en plus de gens refusent les soins par manque de moyen. Et la réforme du reste zéro est un peu le truc du obamacare : le prix des mutuelles va augmenter en flèche. Parce que ce n’est pas la sécu qui va rembourser, c’est la mutuelle. Donc que va-t-il se passer ? Une partie des gens qui arrivent tout juste à payer une mutuelle ne le pourront plus. Pour le moment, ils refusent les soins chers (lunettes dents auditifs) maintenant ils refuseront tout.

    Avantage, pour une bonne majorité des trucs, ils prendront de l’homéopathie, même si elle n’est plus remboursée, ils s’en foutent, un mois de mutuelle, ca doit être à la louche 150 tubes de reste à charge… y’a de la marge. On va gagner en iatrogénie, c’est tout bénéf.

    d’un autre coté, j’me mare tous les adulateurs de notre bon roi était super content lorsqu’il tapait sur les autres et maintenant c’est leur tour. une certaine forme de justice.

  3. La médecine ça a l’air simple.
    Ca ne l’est pas.
    La machine dont les médecins s’occuppent, c’est un modèle unique chaque fois, globalement très similaire à tous les modèles de la série et la série , ils n’en n’ont pas les plans, on ne sait pas parfaitement comment ça fonctionne.
    Pas comme un Airbus tout ça.

    La cystite c’est simple.
    Certes.
    Oui, indiscutable !
    Ah ben ç’est calir un e cystite quand même c’est pas compliqué)

    Oui, mais non.
    La cystite ça a l’air simple mais il y a quelques pièges qui font mal. Vous n’imaginez-pas. Même si 98% des cas sont très simples. Simples après qu’on ait fait le diagnostic. Avant c’est avant.

    Donc un pharmacien/pharmacienne devra avoir un local isolé pour interroger la patiente et
    – vérifier qu’elle n’a pas de pertes vaginales,
    – pas de fièvre (la mesurer car l’interrogatoire n’est pas fiable)
    – il devra s’assurer qu’il n’y a pas de douleur lombaire , par exemple
    Et les recommandations très officielles que si vous ne les observez-pas vous êtes dans le rouge, c’est l’HAS qui les impose aux médecins, disent de:
    – faire un examen d’urine à la bandelette réactive
    – ce qui est une connerie, puisqu’il y a des cas où la probabilité clinique est si haute que le test négatif n’écarte pas la cystite mais faut pas demander à l’HAS de faire de la probabilité bayésienne)
    – Donc les pharmaciens en seront-ils dispensés ? Pas evisageable n’est-ce pas?
    – Donc prélèvement d’urine et bandelette à la pharmacie. Vraiment ?

    Après comment traiter ?
    La dame est-elle enceinte ?
    Quels antibiotiques reçus les derniers mois ?
    Est-ce une récidive ? Si oui il faut un examen d’urine au laboratoire.

    On peut donner un tableau similaire de simplicité pas si simple pour l’angine. Le pharmacien sait-il faire le diagnostic de phlegmon péri-amygdalien ? Va-t-il fdeterminer le score CEntor et eéventuellement un test rapide pour le streptocoque (ça prend au moins 7-8 minutes chrono)?
    Très très rarement l’angine (Buzyn le sait) révèle une leucémie aiguë, elle a un aspect particulier…

    Bref tout cela donne l’impression que le neurologue hospitalier et l’hématologue pédiatre ne savent pas trop de quoi ils parlent .
    Or quand on ne sait pas on se …. on se ….? On se quoi ? Hé oui.

    Ignorantus ignoranta ignorantum !

    Moins on en sait , moins on a peur de faire une bêtise parce qu’on se sait pas les bêtises possibles.

    Cela me rappelle l’excellent Professeur Escande dans une émission de télévision, qui se gaussait des crèmes cosmétiques ceci cela à l’ADN ou dieu sait quelle sottise , il disait en gros « C’est comme si le garagiste devant une voiture en panne, soulevait le capot et jetait sur le moteur une poignée de vis platinées et de bougies (oui ça date ) , claquait le capot et disait <> »

    Mais un bon interrogatoire au téléphone par un clinicien entraîné, c’est vrai je pense, permet de filtrer et de déterminer si une cystite est probable et probablement pas compliquée. Et de faire une téléprescription. Il fadrait vérifie mais je pense qu’il y a des données / études sur ce thème.

    POur l’angine sans voir quand même, ça chiffonne.

    Mais peut-être que des études démontrent que cela est possible et dans ce cas c’est moi l’ignoratus /a / um. Mais dans certaines conditions réunies dans les études, qui doivent être présentes dans la « vraie vie » pour extrapoler les études.

    • Vous vous souvenez de la péritonite ?

      Oui, un médecin est mieux formé qu’un pharmacien sur la médecine c’est une évidence, mais nous savons que le gouvernement s’en moque de la santé individuelle des gens. Du moment qu’il n’y a rien de trop voyant et que l’on peut accuser l’un ou l’autre, on s’en moque. C’est pareil pour la pharmacovigilance, pour les AMM, pour les ATU, pour les dépistages. nous vivons un temps ou l’individu est devenu gênant pour le système, le grain de sable qui empêche la belle mécanique économique de tourner.

      C’est valable dans tout les domaines. Le truc c’est qu’on le détecte seulement dans les domaines que l’on connaît vraiment bien. Ainsi un bon médecin sait probablement qu’une affection qui parait simple peut cacher un truc plus grave. Probablement parce qu’il l’a vécu dans sa patientèle. Mais il lui semble débile, obscurantiste, limite complotiste lorsqu’il entend que la vaccination de la rougeole déplace les ages des maladies vers les bébés et les adultes et qu’il faut réfléchir si c’est positif en population générale et pas seulement pour les cas particuliers. Et pourtant. Ainsi les médecins défendent vent debout les 11 vaccins (peut importe les effets secondaires et les effets en terme de santé publique) mais sont contre la place du pharmacien dans le circuit parce qu’il y a des possibilités qu’un angine cache une leucémie (plus de cas que d’effets secondaires d’un vaccin ?). Les ophtalmos avaient une doléance identique pour éviter que le vendeur de lunettes puisse tester la vue.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s