La «cystite» de Buzyn, le «rhume» de Fillon et la «couronne dentaire» de Castaner

Bonjour

Simplifier n’évite pas le danger. C’est tout particulièrement vrai quand le politique se pique de médecine. Trois exemples récents en témoignent.

I Nous étions en décembre 2016. La campagne pour l’élection présidentielle montait en puissance. Grand favori : François Fillon. Ce dernier commençait à s’attaquer à une Sécurité sociale en déficit, évoquant l’idée, politiquement suicidaire, que les « petits risques » pourraient ne plus être pris en charge au même titre que les « gros ».

Le 12 décembre Jérôme Chartier, alors député (Les Républicains, Val d’Oise) et porte-parole de François Fillon parlait sur France Inter (Léa Salamé). Interrogé sur le fait de savoir si, Fillon président, les rhumes seraient ou non toujours pris en charge par la Sécurité sociale, il répond:

«Le rhume, ça dépend de quel rhume. Il faut entrer dans le détail. Je ne suis pas médecin, je ne suis pas capable de vous le dire, c’est le médecin qui pourra le dire, un rhume si ça tourne mal, ça peut devenir beaucoup plus qu’un rhume, c’est le médecin qui va le déterminer.»

France Inter en fera bien vite des gorges chaudes. Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, pourtant peu rompue à l’humour, osa ironiser sur Twitter : ✔@MarisolTouraine J Chartier annonce qu’avec #Fillon, seuls certains rhumes seront remboursés. Il veut indexer le remboursement sur le degré d’éternuement ? 09:48 – 12 déc. 2016

Et Florian Philippot, alors vice-président du  »Front national », d’expliquer, dans un docte communiqué, qu’«une prise en charge différenciée des consultations médicales en fonction de la sévérité des pathologies n’est pas acceptable (…). Ce qui s’apparente à un rhume peut être plus sévère.»

A dire vrai il n’était guère besoin, en décembre 2016, d’être fin spécialiste pour comprendre que l’exemple du rhume était, très précisément, celui à ne pas prendre pour établir une nouvelle cartographie des «petits risques» 1.

II Nous étions en juin 2017. Emmanuel Macron était président de la République et, déjà, présent sur tous les écrans Christophe Castaner, 51 ans. Venu du Var profond, titulaire d’un DESS de « juriste d’affaires internationales » et d’un diplôme de sciences pénales et de criminologie il n’était pas encore ministre de l’Intérieur. Porte-parole d’Emmanuel Macron pendant la campagne électorale il venait d’être nommé secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement d’Édouard Philippe.

Ce jour-là il était, déjà, invité sur RMC-BFM-Jean-Jacques Bourdin. Question de dents et de gros sous. Avec une mise en parallèle de l’impact de la hausse de la CSG pour les retraités avec la baisse des coûts de l’audioprothèse et des soins dentaires. Et tout particulièrement de la « couronne dentaire ». Christophe Castaner :

 « L’augmentation de la CSG de 1,7 % (…) touchera seulement les 20% des retraités les plus aisés et en parallèle, je peux vous dire que quand ils n’auront plus à payer les prothèses auditives, un certain nombre de soins dentaires, les couronnes qui coûtent 1 500 euros pour ne citer qu’un exemple, ils verront qu’ils auront fait beaucoup d’économies ».

La couronne à 1 500 euros ! Réaction immédiate de la Confédération nationale des syndicats dentaires : « Mais quelle mouche a piqué le ministre ? Quel rapport entre la hausse de la CSG et les soins dentaires ? D’où sort-il ce chiffre de 1500 € alors que le prix moyen d’une couronne céramique est de 539 € et d’une couronne métallique de 321 € ? »

Christophe Castaner parlait-il d’une seule couronne de sa connaissance ou du seul exemple des couronnes dans leur ensemble ? A-t-il, à 51 ans, confondu couronne et implant ?

III Nous étions le 23 octobre 2018. Reprenant à son compte un amendement explosif permettant aux pharmaciens d’officine de diagnostiquer et de prescrire, Agnès Buzyn osait, dans Les Echos, jouer avec son camps politique contre son titre de médecin et son Ordre professionnel. Les députés macroniens avaient estimé  que plusieurs pathologies pouvaient, sans danger, être directement prises en charge (sous certaines conditions) par les pharmaciens : « la cystite, la conjonctivite ou l’eczéma par exemple ».

Et, dans le quotidien économique, la ministre des Solidarités et de la Santé d’approuver : elle cite ainsi  « certaines pathologies » en traduisant le texte de l’amendement « infections urinaires, orgelet, angine, etc. », des petites maladies « où le diagnostic est facile », et pour lesquelles « on peut imaginer que les médecins et les pharmaciens se mettent d’accord localement sur une forme de délégation de compétence ».

« Boire votre vin pur »

 « Petites maladies » ? « Diagnostic facile » ? Serait-ce si simple ? Le commentaire, sur ce blog d’U. Ucelli :

« La médecine ça a l’air simple. Cela ne l’est pas. La machine dont les médecins s’occupent, c’est un modèle unique chaque fois, globalement très similaire à tous les modèles de la série et la série, ils n’en n’ont pas les plans, on ne sait pas parfaitement comment ça fonctionne (…) La cystite c’est simple. Certes. Oui, indiscutable ! Oui, mais non. La cystite ça a l’air simple mais il y a quelques pièges qui font mal. Vous n’imaginez-pas. Même si 98% des cas sont très simples. Simples après qu’on ait fait le diagnostic. Avant c’est avant.

Donc un pharmacien/pharmacienne devra avoir un local isolé pour interroger la patiente et : vérifier qu’elle n’a pas de pertes vaginales ; pas de fièvre (la mesurer car l’interrogatoire n’est pas fiable) ; il devra s’assurer qu’il n’y a pas de douleur lombaire …  Et les recommandations très officielles que si vous ne les observez-pas vous êtes dans le rouge, c’est la HAS qui les impose aux médecins, disent de faire un examen d’urine à la bandelette réactive. Les pharmaciens en seront-ils dispensés ? Pas envisageable n’est-ce pas? Donc prélèvement d’urine et bandelette à la pharmacie. Vraiment ?

Après comment traiter ? La dame est-elle enceinte ? Quels antibiotiques reçus les derniers mois ? Est-ce une récidive ? Si oui il faut un examen d’urine au laboratoire. On peut donner un tableau similaire de simplicité pas si simple pour l’angine.

Ignorantus ignoranta ignorantum 2 Moins on en sait , moins on a peur de faire une bêtise- parce qu’on se connait pas les bêtises possibles. »

Simplifier n’évite pas le danger.

A demain

@jynau

1 « Une définition du ‘’petit rhume’’ pour François Fillon »  Slate.fr 14 décembre 2016

2 « TOINETTE : IgnorantusignorantaIgnorantum. Il faut boire votre vin pur, et, pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut manger de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande; du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main; et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville. » (Molière, Le Malade imaginaire Acte III).

 

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