«Bébés sans bras» : que répondra Agnès Buzyn aux accusations du Journal du Dimanche ?

Bonjour

Où est la vérité vraie dans la bien étrange affaire dite des « bébés sans bras » 1 ? Quelle crédibilité accorder aux conclusions chiffrées – aux statistiques officielles de Santé publique France – aux déclarations ministérielles ? Autant de questions dérangeantes soulevées à la lecture, ce jour, du Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret).

Nous en étions restés à quelques acquis. A commencer par celui, ministériel, qui avait (pensions-nous) permis de dégonfler les abcès écologico-complotistes.  Ainsi, le 21 octobre, les propos plus que rassurants d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé dans «Le Grand Jury» de RTL : «  Quand il y a un registre qui cumule des cas pendant vingt-trente ans, si à un moment vous l’arrêtez, on ne peut plus le démarrer, vous perdez l’information. Quand on a un registre qui fonctionne, il ne faut surtout pas l’arrêter  ».

Avec François de Rugy, nouveau ministre de la Transition écologique, elle annonçait alors l’ouverture d’une nouvelle enquête. Le mariage entre des médecins « purs et durs » (Santé publique France) et d’autres, spécialistes de l’environnement, qui le seraient moins (Anses). Des « regards  croisés » pour calmer le jeu sinon pour dire le vrai. Applaudissement nourris sur les bancs politiques du militantisme écologiste. Mais aussi, de fait, désaveu public des « purs et durs ». Comment, en somme, crever l’abcès sans infecter ?

Menaces

Nous sommes sept jours plus tard. Avec un JDD qui, de facto, attaque Agnès Buzyn. La ministre avait laissé entendre que les menaces visant les « lanceurs d’alerte » lyonnais  (à l’origine de l’effervescence médiatique nationale sur ce sujet) étaient totalement infondées. Or le JDD affirme le contraire – assurant qu’Emmanuelle Amar,  directrice du registre des malformations en Rhône-Alpes (REMERA), venait de recevoir  sa lettre de licenciement. REMERA  : association type loi 1901 dont le financement est assuré par le biais de subventions publiques et confrontée à des problèmes de trésorerie. Ainsi, il y a quelques jours, sur son site :

« Le financement de REMERA est assuré chaque année par le biais de subventions de fonctionnement annuelles, issues conjointement de Santé Publique France (80 000 €), de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits (30 000 €), et de l’ARS (environ 40 000 euros). L’Inserm, qui participait au financement à hauteur de 8 % de son budget, a cessé son financement en 2018 au motif que le registre ne s’était pas soumis à une nouvelle évaluation, alors même que la dernière, réalisée en 2015, avait accordé la note B (bon) au registre (le registre s’est soumis à 3 évaluation en 7 ans). Le Conseil Régional Auvergne-Rhône Alpes a indiqué ne pas être en mesure de financer le registre en 2017 « en raison des baisses de dotation de l’Etat ». Pour 2018, le budget du registre n’est donc pas assuré.

« Ce budget inclut tous les salaires de l’ensemble du personnel, les charges sociales, les loyers, consommations eau, électricité, chauffage, achats de matériel, déplacements, téléphone et maintenance informatique, frais de gestion, ménage etc. Le registre ne dispose d’aucune aide financière ou en nature (pas de mise à disposition de locaux, de personnel, de documentaires). Un financement d’étude de 11 000 euros a été reçu de la part du laboratoire Galderma.

« La gestion comptable est assurée par un expert-comptable agréé, commissaire aux comptes, le cabinet RSM CCI Conseils, 2 bis rue Tête d’Or, 69006 Lyon. Les HCL interviennent uniquement dans la gestion financière du registre, pour les seules subventions qu’ils gèrent. Ils font l’avance des salaires du personnel, lié par contrat aux HCL, sous réserve des maintiens de subvention et de qualification du registre. »

Alertes

Et le JDD : « L’autoproclamée lanceuse d’alerte dans l’affaire des bébés sans bras de l’Ain, accusée par plusieurs épidémiologistes d’être une « irresponsable » manipulant l’opinion, sera au chômage en janvier. Emmanuelle Amar, la directrice du REMERA,  a reçu sa lettre de licenciement vendredi  [26 octobre]. La mesure, qui prendra effet le 31 décembre, frappe aussi cinq de ses collègues, tous salariés de l’association lyonnaise connue pour avoir révélé le scandale de la Dépakine. « Notre employeur, les Hospices civils de Lyon, n’a plus les moyens de débourser les 250.000 euros annuels qui permettaient de payer nos salaires et notre loyer, se désole Emmanuelle Amar. Je suis d’autant plus choquée qu’Agnès Buzyn avait annoncé dimanche dernier que le registre n’était pas menacé. »

On ajoutera que le JDD revient sur la crédibilité des travaux menés ici par Santé publique France – une agence qui, de fait, est aujourd’hui désavouée par les deux ministres qui l’ont en tutelle.

Où l’on voit, une nouvelle fois, comment l’étrange peut générer un désordre public – une déstabilisation face à laquelle l’exécutif montre, une nouvelle fois, son impuissance à calmer les angoisses montantes.

A demain

@jynau

1 Les «bébés nés sans bras», un scandale politique pour un mystère scientifique. Slate.fr  24 octobre 2018 à 8h34

 

 

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