Premières ivresses : l’exécutif rappelle que le «Virgin Mojito» ne contient ni rhum ni alcool

Bonjour

En direct, ou presque, de l’Assemblée nationale. On y traite de l’alcool et du financement de la Sécurité Sociale. Le 25 octobre, plusieurs amendements concernant la fiscalité alcoolisée ont été débattus. « Trois d’entre eux ont été retirés ou rejetés à la demande du rapporteur général et d’Agnès Buzyn ministre des Solidarité set de la Santé, nous rapporte l’ANPAA. Usant d’arguments de forme, ils ont reconnu l’importance des sujets soulevés, mais renvoyé à des travaux ultérieurs notamment dans le cadre du Plan gouvernemental de mobilisation contre les conduites addictives (plan Mildeca).»  Un plan qui embarrasse au plus au point le gouvernement tant les arbitrages se révèlent douloureux au sein d’un exécutif déchiré sur le sujet.

Cas d’école. Intéressons-nous à l’amendement n°1313, porté par la députée macronienne Audrey Dufeu-Schubert, 38 ans (Loire-Atlantique). Cette ancienne infirmière devenue directrice d’un établissement de santé souhaitait, avec nombre de ses collègues 1 la création d’une taxe sur d’étranges produits : ceux qui sont dotés d’une référence alcoolique mais qui ne contiennent pas d’alcool. Des produits qui, « en utilisant la boisson alcoolisée comme argument marketing, conduisent à une banalisation chez les plus jeunes de la consommation d’alcool ». Extrait du pitch (nous soulignons):

« Cet amendement vise à taxer les produits à référence alcooliques, produits pour lesquels l’alcool est utilisé comme argument de vente sans en contenir.

Sont considérés comme produits à référence alcoolique des produits dont le nom fait référence à une boisson alcoolique alors que cette boisson ne participe pas à sa fabrication. Cela peut concerner des boissons sans alcool (« Virgin Mojito »), mais également des bonbons, gels douche et autres produits où la référence à l’alcool est utilisée comme outil marketing et publicitaire. Cette taxe ne vise donc pas les alcooliers mais les producteurs de ces produits qui font la promotion de l’alcool.

Nous avons fait le choix d’exclure de cette taxe les produits composés d’un ingrédient alcoolique, afin de protéger les produits de territoire. L’objectif de cette taxe n’est pas de taxer des produits dont le nom fait référence aux produits qu’ils contiennent, mais de taxer des produits dont le nom fait référence à une boisson alcoolique qui ne participe pas au procédé de fabrication. Ainsi, les gels douche mojito seront taxés, mais pas le coq au vin.

La limitation au nom du produit exclut également les produits dont une caractéristique, telle que la couleur, pourrait renvoyer à une boisson alcoolique. En effet, la couleur est une caractéristique et n’est donc pas inscrite dans le nom du produit. La mention « bordeaux » sur un rouge à lèvres renvoie à une caractéristique du produit et non au nom du de celui-ci. Il ne sera donc pas soumis à la taxe présentée ici. »

Claude Evin versus Agnès Buzyn

Les auteurs de cet amendement expliquaient encore que la banalisation de références à des boissons alcooliques sur des produits de consommation courante « tend à rendre anodine la consommation de ces boissons dont on sait pourtant qu’elle est, en excès, dangereuse pour la santé ». « Cela conditionne dès le plus jeune âge et de manière insidieuse dans nos foyers une relation au produit alcool comme inoffensif, ajoutaient-ils. Or nous savons et beaucoup d’études médicales le démontrent que les effets sur la santé sont conséquents et dangereux. Nous devons préserver nos jeunes ! La mesure proposée s’inscrit dans le cadre de la prévention de l’alcoolisme et vise à décourager l’utilisation de l’alcool, ou de boissons alcoolisées, comme argument de communication pour les producteurs et distributeurs de produits. »

On rappellera que le mojito est un cocktail à base de rhum, de soda, de citron vert, et de feuilles de menthe fraîche. Inspiré du mint julep, c’est une variante des Ti-punch des AntillesDaïquiri, et autres Cuba libre.  Une  légende urbaine veut  que l’histoire du mojito remonte au début du xvie siècle lorsque Francis Drake, entre deux pillages de La Havane, sirotait des feuilles de menthe pilées avec du tafia. Puis il fut très apprécié par l’écrivain journaliste américain Ernest Hemingway qui venait régulièrement le déguster lorsqu’il vivait à Cuba entre 1939 et 1960, C’est aujourd’hui, avec ses cigares un emblème de la culture cubaine. En France, il a été « démocratisé » à partir des années 1990  par une importante campagne marketing financée par Pernod Ricard, propriétaire d’ Havana Club. Sur ce thème, lire « Pourquoi buvons-nous des mojitos? », Slate.fr,‎ 30 mai 2012.

Le Virgin Mojito ? « Coupez le citron vert pour en faire 6 quartiers que vous verserez directement dans le verre. Ajoutez les feuilles de menthe fraîche et écrasez le tout délicatement à l’aide d’un pilon. Ajoutez le jus de pomme et remplissez le verre de glace pilée (jusqu’en haut) et complétez avec l’eau gazeuse. » (Le Figaro Madame). C’est aussi une formule utilisée par une série de marques – parmi lesquelles le célèbre Schweppes.

On ne manquer de faire ici un parallèle avec les célèbres « cigarettes en chocolat » qui ne contenaient pas de tabac – friandises interdites car considérées comme un moyen de faire de la publicité ou de la propagande en faveur du tabac – au titre des articles L3511-3 et L3511-4 du code de la santé publique, délit punissable d’une amende de 100.000 euros.

L’amendement de la députée macronienne Audrey Dufeu-Schubert a été retiré à la demande du gouvernement. Où l’on observe qu’en matière de lutte politique contre les addictions (et contre la duplicité de la publicité) Agnès Buzyn est encore bien loin d’avoir accompli le chemin de Claude Evin.

A demain

@jynau

1 Mme Brugnera, M. Buchou, M. Daniel, Mme De Temmerman, Mme Fontenel-Personne, Mme Granjus, Mme Guerel, M. Jacques, Mme Josso, Mme Peyron, Mme Pompili, Mme Rist, Mme Rossi, M. Touraine, Mme Toutut-Picard, Mme Vanceunebrock-Mialon, M. Vignal, M. Zulesi, Mme Osson, Mme Pitollat, Mme Wonner, Mme Krimi, Mme Motin, Mme Valetta Ardisson, Mme Melchior, M. Bois, Mme Brunet, Mme Hennion et Mme Bono-Vandorme

 

 

Une réflexion sur “Premières ivresses : l’exécutif rappelle que le «Virgin Mojito» ne contient ni rhum ni alcool

  1. Souvenirs, souvenirs…

    Connaissez vous le jet 27? Un truc alcoolisé avec de la menthe. Beaucoup de menthe. Et du sucre… Beaucoup de sucre.
    Dans ma jeunesse, un copain voulait essayer le jet 27. Pour lui faire une blague, on lui a servi un verre de sirop de menthe pur. Même couleur, même odeur.
    Et miracle de l’effet placebo, le copain trouvait que « ça déchire trop sa race » et se sentait bourré. 😀

    Si le virgin mojito permet à certains de trouver la satisfaction du mojito sans les méfaits de l’éthanol, je proposerai à la députée de faire passer un texte pour la promotion du virgin mojito et autres boissons « virgin ». Moi, j’attends le virgin pinard…

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