Cigarette électronique : un million d’euros d’argent public au cœur d’une polémique

Bonjour

Fête de la Toussaint et, dans l’ombre des mille et une sorcières, début du nouveau rituel du « Mois dans tabac ». Avec cette  information à haut risque de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris : « L’AP-HP lance une étude nationale pour évaluer l’efficacité de la cigarette électronique, avec ou sans nicotine, comme aide au sevrage tabagique, en comparaison à un médicament ».

Il s’agit ici de l’étude ECSMOKE. Elle vise, très officiellement, « à évaluer et comparer l’efficacité des cigarettes électroniques par rapport à un médicament, la varénicline (Champix®), dans l’arrêt du tabac ». Cette étude randomisée, nationale, multicentrique est financée par les autorités de santé (PHRC 2015). Son coût : entre 900.000 et un million d’euros. Pitch 1 et 2 :

« L’objectif est d’inclure dans l’étude un minimum de 650 personnes fumant au moins dix cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer. Elles pourront se rendre dans un des onze centres hospitaliers ou dans le dispensaire partenaires répartis dans douze villes en France. Les participants seront suivis durant six mois après l’arrêt du tabac. Les résultats de cette première étude en double aveugle sont attendus environ quatre ans après le démarrage des inclusions. Ils pourraient aider à déterminer si la cigarette électronique peut figurer parmi les dispositifs approuvés comme aide au sevrage tabagique. »

L’affaire, on le sait, est d’importance. En France, on estime à environ 1,7 million le nombre d’utilisateurs quotidiens de produits du vapotage (cigarette électronique – données 2016). Pour autant ( et du fait de l’invraisemblable et constant  déni du pouvoir exécutif et de l’Inserm), « les connaissances exactes et détaillées concernant l’efficacité de ces produits et le risque associé à leur utilisation manquent afin de proposer la cigarette électronique comme aide au sevrage tabagique ».

Et c’est ainsi que l’objectif (plus que tardif) de l’étude ECSMOKE (étonnamment promue par l’AP-HP) est désormais de répondre à une question d’ores et déjà définitivement  réglée au Royaume-Uni.

Réduction des risques et conflits d’intérêts

Nous avons demandé leur lecture d’ECSMOKE à plusieurs spécialistes du vapotage, de l’addictologie, et plus généralement de la réduction des risques. Leurs réponses :

Sébastien Béziau : « Toujours les mêmes remarques sur cette étude… Un seul matériel, un seul taux de nicotine (entre 12 et 16, donc pas le maxi pour être efficace), une seule saveur. Mix de « biais » qui dégradera forcément les résultats sur les performances de sevrage. En deux clic sur Internet, les participants pourront savoir qu’ils n’ont pas de nicotine dans leur liquide = pas de hit. Un biais de plus sur le placebo… Mesurer les risques, alors que l’on étudie des anciens fumeurs ? Causalité, vape vs tabac, comment faire la différence ?

« Et nous sommes quatre ans avant les conclusions ! En attendant on fait quoi ? On ne recommande toujours pas officiellement ? Cette étude n’apportera aucune connaissance nouvelle. 1,7 millions de vapoteurs, et on est incapable de chercher à les questionner, savoir s’ils ont arrêté de fumer, tout simplement. Incompétence stupéfiante… sans parler des possibles conflits d’intérêt évoqués il y quelques jours »

Jacques Le Houezec : « Étude inutile et donc subvention mal utilisée. Imaginez ce que d’autres pourraient faire avec 900 000 € … Et quatre ans d’attente … Insoutenable »

Patrick Favrel : « Une étude qui se refuse à prendre en compte en plus d’autres modalités d’arrêt comme Vape + Patchs. Quant aux résultats quatre ans après avec un suivi de six mois  … Quid des consommations des personnes de l’étude (reprise du tabac, autres consommations en tout genre : chichas, joints etc.).  Quelles conclusions pourra-t-on en tirer ?»

Sébastien Béziau :  « Ce qu’on pourrait faire avec cet argent ? Avec nos modestes moyens, j’ai réussi à lancer une mini-campagne de pub sur Facebook (après plusieurs essais censurés)… D’après mes ratios, avec 900.000 € on pourrait attirer entre 200 et 400.000 personnes qui ont décidé de vapoter pour essayer d’arrêter de fumer et leur apporter les meilleurs conseils pour réussir. Une paille… Sans parler de l’effet de levier qu’apporterait un discours clair et honnête des autorités.  Comme en Angleterre : ‘’Time to switch’’ »

Jean-Pierre Couteron : « Quel dommage de dépenser de l’argent pour une étude qui de fait ne servira à rien, puisqu’elle part d’une pratique du vapotage qui n’existe pas.  Il me semble que ce type d’étude dessert la science, justement, elle éloigne des personnes qui ne se sentent pas respectés dans leurs pratiques. Comme le disent, Jacques, Sébastien et Patrick, en excluant de son champ la réalité de la pratique du vapotage, cette étude montre qu’elle ne cherche pas à les aider ou à les éclairer! Cette rigueur est regrettable! »

William Lowenstein : «  Dans cette étude, l’inconscient contre le vapotage est à ciel ouvert ».

A demain

1 Les fumeurs intéressés pour participer à l’étude peuvent contacter le centre coordinateur par téléphone : 0622938609 et/ou retrouver toutes les informations sur  aphp.fr. En pratique des médecins spécialisés dans le sevrage tabagique de douze consultations de tabacologie de plusieurs hôpitaux à Angers, Caen, Clamart, Clermont-Ferrand, La Rochelle, Lille, Lyon, Nancy, Nîmes, Paris, Poitiers et Villejuif prendront en charge chaque fumeur participant à l’étude pendant six mois en leur fournissant une cigarette électronique personnelle à puissance réglable et des liquides spécifiques saveur tabac blond (soit avec 12 mg/ml nicotine, soit sans nicotine) ; des comprimés de varénicline, médicament actif d’aide à l’arrêt du tabac, ou sa version placebo.

Les traitements seront mis à disposition gratuitement et la prise en charge inclura également des conseils d’aide à l’arrêt. Les participants seront répartis (tirage au sort en double-aveugle) dans trois groupes : groupe placebo : comprimés placebo + liquides sans nicotine ; groupe nicotine : comprimés placebo + liquides avec nicotine (12 mg/ml) ; groupe varénicline : comprimés de varénicline + liquides sans nicotine

2 A lire aussi : http://www.vapyou.com/etude-e-cigarette-france-appel-offres-ap-hp/ et  https://fr.vapingpost.com/tag/ecsmoke/

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