Drogues : 30 ans après Michèle Barzach, Agnès Buzyn et la réduction des risques en jachère

Bonjour

Il y a trente-et-un ans Michèle Barzach faisait acte de courage 1, dans un gouvernement de droite. Soutenue par quelques militants éclairés de gauche, face à la toxicomanie et au VIH, elle mettait en place les bases de ce qui deviendrait au fil du temps 2 un embryon de politique de Réduction des Risques (RDR).

Aujourd’hui c’est un appel de détresse lancé au nom de la RDR par l’association SAFE. Cette dernière a notamment pour objet de favoriser l’accès aux matériels de consommation à moindres risques pour les usagers de drogues. Elle assure le développement et la promotion des outils et des modalités d’intervention les plus adaptés en matière de lutte contre les contaminations virales, bactériennes et fongiques.

En pratique elle permet d’accéder gratuitement et chaque jour aux matériels de consommation à moindre risque (injection, inhalation, sniff), aux préservatifs, aux kits de dépistage du VIH/SIDA et des hépatites B et C. Elle peut aussi orienter vers des professionnels de santé qui peuvent accompagner les toxicomanes qui peuvent en exprimer le besoin.

SAFE explique aussi gérer un dispositif régional d’automates d’échange de seringues et de diffusion de kits d’inhalation en Ile-de-France (actuellement plus de soixante sites sur Paris, le 91, le 92, le 93 et le 95) – ce qui inclut l’approvisionnement et la maintenance des machines, la gestion des containers de collecte de seringues usagées, la distribution de matériels de prévention directement aux usagers, ou par l’intermédiaires de pharmacies, associations et services hospitaliers partenaires ou un programme de RDR à distance –  www.rdr-a-distance.fr 01 40 09 04 45 ou contact@safe.asso.fr.

Depuis 2011 la « Réduction des Risques à Distance » est un dispositif national qui s’adresse aux usager.e.s de drogues qui ne peuvent pas ou ne veulent pas avoir recours aux structures spécialisées ou aux pharmacies pour diverses raisons : éloignement, handicaps, matériels distribués non adaptés, peur de la stigmatisation….

« Ce programme permet d’accueillir par téléphone ou par email tou.te.s les usager.e.s de drogues, de leur proposer un conseil personnalisé et de leur adresser par voie postale les seringues et tous les matériels de prévention nécessaires et adaptés à leurs besoins afin de réduire les risques infectieux : VIH, hépatite C etc. explique SAFE. Inclus dans le dernier Plan gouvernemental de lutte contre les drogues et conduites addictives, ce programme a fait ses preuves pour améliorer significativement l’accès aux matériels de consommation à moindre risques auprès des personnes les plus éloignées des dispositifs. »

Et puis ce communiqué :

« L’association SAFE est contrainte depuis le 1er octobre 2018 de suspendre le dispositif de RDR à distance dans les régions où cette action n’est plus financée : Bourgogne Franche-Comté, Corse, Normandie, Pays-de-la-Loire, Provence Alpes Côte d’Azur, Territoires de l’Outre-Mer. »

Plus précisément, depuis le 1er octobre, l’association  a été contrainte pour la première fois depuis vingt-neuf ans, de cesser la distribution de seringues aux personnes usagères de drogues dans les régions où son action n’est plus financée. « Cette suspension intervient malgré plusieurs alertes à la Direction Générale de la Santé restées sans suite, et alors que le nombre de bénéficiaires du dispositif ne cessait d’augmenter, expliquent ses responsables 3. Cette situation est totalement inacceptable du point de vue de la santé publique et risque d’entraîner une recrudescence de nouvelles infections (VIH et hépatites). »

Nécessité absolue

En 2015, la Direction Générale de la Santé avait choisi de décentraliser ce dispositif en confiant le financement aux agences régionales de santé (ARS) et la gestion aux structures spécialisées en région. Cette régionalisation a été l’objet de multiples dysfonctionnements dus à l’inadaptation des pratiques administratives et aux délais de mise en œuvre, mais aussi à une allocation de crédits très inférieure à l’évaluation initiale. A ce jour, certaines ARS n’ont toujours pas débloqué de fonds, ni identifié de structures pour mettre en œuvre le dispositif. D’autres structures ont reçu un financement dédié mais le dispositif n’est toujours pas opérationnel faute de formation des équipes. Six régions françaises sont concernées : Bourgogne Franche-Comté, Corse, Normandie, Pays-de-la-Loire, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et l’outre-Mer. Ces deux dernières régions font état d’une prévalence au VIH et au VHC particulièrement importantes, l’’accès au matériel de RDR représente une nécessité absolue.

Jusqu’au 30 septembre 2018, les usager.e.s de ces régions étaient toujours accueilli.e.s et suivi.e.s par SAFE sans qu’aucun financement ne soit versé à l’association pour ces régions. Alors que la Ministre de la santé promeut ce dispositif et a fixé comme objectif d’atteindre une diminution de 90 % des nouvelles infections à l’hépatite C l’association réclame « des actes en cohérence et un engagement à la hauteur de cet enjeu ».

Elle demande, simplement « un financement suffisant de la Réduction Des Risques à Distance pour les structures engagées dans ce dispositif ». « Une réflexion commune associant institutions, associations et acteurs de terrain est essentielle pour un déploiement rationnel du dispositif en fonction des besoins et permettre une véritable couverture nationale. Nous exigeons une action urgente pour un rétablissement immédiat du service explique  Catherine Duplessy directrice de SAFE.

Pour ces soignants « l’accès aux seringues et matériels de prévention pour les personnes usagères de drogues est un droit et une obligation de santé publique ». C’est ce qu’avait compris Michèle Barzach, ministre de la Santé. Il y a trente-et-un ans. Et maintenant ?

A demain

@jynau

1 « Sida et toxicomanie: les bénéfices massifs de la politique de réduction des risques en trois graphiques » Slate.fr 12 avril 2014

2 « Vive la clope et l’alcool, à bas la coke et l’héro », par Bernard Kouchner Slate.fr, 25 mai 2018

3 Contacts Presse : Act UP Paris : Robin DREVET robin.drevet@actupparis.org – 06 47 72 99 76 ; AIDES : Antoine HENRY ahenry@aides.org – 06 10 41 23 86 ; Médecins du Monde : Fanny MANTAUX fanny.mantaux@medecinsdumonde.net 01 44 92 13 81 ; PsychoActif : Pierre CHAPPARD pierre.chappard@gmail.com – 06 63 55 65 54 ; SAFE : Catherine DUPLESSY catherine.duplessy@safe.asso.fr – 06 84 81 07 77

 

 

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