Cholestérol et médiatisation : Philippe Even et Bernard Debré satisfaits de leur opération ?

Bonjour

Alerter ou applaudir ?  La proportion d’adultes traités par hypolipémiant a baissé de près de 30 % entre 2006 et 2015, révèle une étude sur le LDL-cholestérol (LDL-c) en France publiée dans le « Bulletin épidémiologique hebdomadaire » (BEH) et reprise dans Le Quotidien du Médecin (Dr Irène Drogou).

Chacun sait que l’hypercholestérolémie est un facteur de risque cardiovasculaire important  – pour autant elle n’est pas, loin s’en faut, toujours diagnostiqué ». En 2006, 18,8% des adultes avaient en France un cholestérol-LDL (LDL-c) supérieur à 1,6 g/l. Et depuis ? Les auteurs ont travaillé sur la base de l’étude Esteban – une étude transversale menée entre 2014 et 2016 sur un échantillon représentatif de la population de France métropolitaine (hors Corse). Elle incluait une enquête par questionnaires et un examen de santé avec un bilan lipidique chez les adultes de 18 à 74 ans. Conclusions :

« La proportion d’adultes avec un LDL-c >1,6 g/l, relativement élevée par rapport aux autres pays industrialisés, n’a pas évolué depuis 2006 ; la proportion d’adultes déclarant avoir déjà eu un bilan lipidique et celle des adultes traités par hypolipémiants ont diminué. Ce nouvel état des lieux témoigne d’une situation qui reste préoccupante en France, dans la mesure où l’hypercholestérolémie-LDL est souvent associée à d’autres facteurs de risque cardiovasculaire. (…) Il y a une tendance à l’augmentation à la fois du cholestérol moyen et de la proportion des patients ayant un taux très élevé de LDL-c > 1,9 g.»

Il apparaît de plus, dans cette étude, que la proportion d’adultes avec un traitement hypolipémiant a significativement diminué entre 2006 et 2015 (-29,6%). « Cette diminution est cohérente avec les données publiées par l’Assurance maladie, qui a mis en place dès le début des années 2000 une communication sur les recommandations de prise en charge de l’hypercholestérolémie (démarrage du traitement après échec de mesures hygiéno-diététiques) écrivent les auteurs. La baisse significative de la proportion d’adultes avec un traitement hypolipémiant observée dans notre étude pourrait également être liée à la polémique sur les statines 2 (fortement médiatisée en France à partir de 2013) et à la défiance qu’elle a pu susciter à la fois chez les prescripteurs et chez les patients. Sans pouvoir établir de lien de causalité avec la polémique sur les statines, Bezin et coll. avaient déjà observé un arrêt des statines plus important en 2013 qu’en 2012 et 2011 chez tous les patients traités, avec un risque d’arrêt augmentant inversement au risque cardiovasculaire du patient 3. »

 Aujourd’hui en France le repérage d’une anomalie lipidique est recommandé dans le cadre d’une évaluation du risque cardiovasculaire global chez les hommes après 40 ans et chez les femmes après 50 ans, mais aussi lors d’une prescription d’une contraception hormonale œstroprogestative ainsi qu’en présence de certains événements de santé ou facteurs de risque (maladie cardiovasculaire, HTA, diabète, insuffisance rénale, tabagisme actuel ou arrêté depuis moins de trois ans, notamment). « Cette méconnaissance de l’hypercholestérolémie interroge sur le dépistage et/ou le suivi de l’hypercholestérolémie et sur l’information du patient après le dépistage et/ou sa compréhension des résultats » observent les auteurs.

Effet Mediator

Voir ici l’effet direct du discours amplement médiatisé des deux anciens mandarin ?  « Sans doute, une partie de la diminution de prescription lui est imputable, a expliqué au Quotidien du Médecin Valérie Olié, épidémiologiste à Santé publique France (SPF) et co-auteure de l’étude. Plus largement, il y a sans doute une défiance vis-à-vis des médicaments cardiologiques, suite au scandale du Mediator, comme cela a été constaté dans notre analyse précédente dans l’hypertension artérielle  . On n’aurait pas dû voir une baisse aussi importante et on ne se l’explique pas encore très bien.»

« Suite à la polémique des statines, beaucoup de médecins ont embrayé en ne prescrivant pas de statines en prévention primaire. L’argumentation scientifique est très faible : faut-il réellement attendre l’infarctus du myocarde (IDM) pour traiter ? Il faut vraiment abandonner l’idée simpliste de décider de traiter ou ne pas traiter en opposant prévention primaire/prévention secondaire et évaluer le risque cardiovasculaire global » explique pour sa part le Pr Jacques Blacher, cardiologue à (Hôtel-Dieu, AP-HP).

« Soyons pragmatiques, ajoute-t-il. Les médecins ne s’en servent pas, de l’échelle de risque de la HAS et il faut arrêter de recommander des outils peu utilisés. En revanche, tous les médecins savent reconnaître les facteurs de risque  cardiovasculaires, tels que le tabac, l’HTA, le diabète et les antécédents familiaux. La décision de traiter peut se prendre sur l’âge, le niveau du LDL-c et ces quatre facteurs de risque, plus ou moins associés au  niveau d’HDL-cholestérol. Avec cette cote mal taillée, charge aux médecins de discuter avec son patient du rapport bénéfices/risques et de l’informer qu’avec un hypolipémiant, il peut faire baisser de 30 % son risque d’accident cardiovasculaire. C’est une décision médicale individualisée. »

Les polémistes patentés feront observer que le Pr Jacques Blacher n’est pas sans liens d’intérêt.

A demain

@jynau

1 Cholestérol LDL chez les adultes en France métropolitaine : concentration moyenne, connaissance et traitement en 2015, évolutions depuis 2006

Camille Lecoffre1, Anne-Laure Perrine1, Jacques Blacher2,3, Valérie Olié1
1 Santé publique France, Saint-Maurice, France
2 Centre de diagnostic et de thérapeutique, Hôtel-Dieu, AP-HP, Paris, France
3 Université Paris-Descartes, Paris, France

Liens d’intérêt : Jacques Blacher déclare avoir des liens d’intérêt, en dehors du cadre de cette étude, avec les laboratoires Astra-Zeneca, BMS, MSD, Novartis, Pierre Fabre, Pfizer, Sanofi-Aventis et Servier, qui commercialisent des produits hypocholestérolémiants.

2 Sur ce thème : « L’affaire des statines pourrait être la première d’une longue série de nouvelles crises sanitaires » Slate.fr 26 juin 2018

3 Bezin J, Francis F, Nguyen NV, Robinson P, Blin P, Fourrier-Réglat A, et al. Impact of a public media event on the use of statins in the French population. Arch Cardiovasc Dis. 2017;110(2):91-8.

3 réflexions sur “Cholestérol et médiatisation : Philippe Even et Bernard Debré satisfaits de leur opération ?

  1. « […] de l’informer qu’avec un hypolipémiant, il peut faire baisser de 30 % son risque d’accident cardiovasculaire », et d’informer (sincèrement) à propos du vapotage en population générale ?

    D’une autre source, moins sponsorisée : « Aucun essai n’a évalué les bénéfices apportés par 10 ans ou plus de traitement par statine, et les risques auxquels un tel traitement expose ne sont pas connus. Les effets indésirables graves notamment diabète et accidents vasculaires cérébraux hémorragiques, et les fréquents effets indésirables musculaires qui altèrent la qualité de vie, rendent la balance bénéfices­-risques incertaine en prévention primaire. »

    Plus généralement, cesser d’afficher des % de variation de risque, en particulier de risques faibles (ou porter un costume de charlatan en le faisant) réduit fortement la dépendance aux laboratoires et aux sectes.
    On pourra aussi s’interroger du rapport bénéfice risques de certains des sponsors du monsieur sur la santé des Français.

  2. « Chacun sait que l’hypercholestérolémie est un facteur de risque cardiovasculaire important – pour autant elle n’est pas, loin s’en faut, toujours diagnostiqué »

    Encore de la science au doigt mouillé.En philo lorsque l' »on commence comme cela, c’est 4/20. En science c’est juste 0/20.

    Ce que personne ne sait c’est est-ce que diminuer l’hypercholestérolémie des personnes qui vont avoir un accident vasculaire va diminuer la fréquence des accidents pour ces personnes ? C’est cela la vraie question scientifique, tout le reste c’est juste du bullshit.

  3. Chacun sait -il que le cholesterol est dans l’étude de Framingham, la mère de toutes les études, (mère indigne et borgne ayant oublié de regarder autre chose que les graisses, quasiment, et notamment pas les glucides) que l’hypercholestérolémie est associée ( » facteur de risque  » sous entend une causalité) à un risque vasculaire accru de façon minime (minime c’est écrit je crois dans le rapport) . Et ce uniquement chez les hommes de moins de 51 ans .
    Et que le cholestérol qui tue est parti de là .

    Un article Viking du BMJ il y a quelques années protestait: selon les « guidelines » de l »époque, tous (ou presque) les norvégiens de plus de 50 ans relevaient d’une statine. Est-ce plausible ?

    Chacun sait-il que la moitié des patients qui font un infarctus ont un cholestérol normal ?
    Le professeur fait l’impasse étonnante sur l’absence de résultat convainquant du traitement hypocholéstérolémiant en prévention primaire dans les filles de toutes les études.

    « Chacun sait » -il que le « bon » mode de vie est déterminant ? Alimentation , activité physique, et pas de tabac, un bon repos (nuit et sieste). POurquoi les Japonais ont-ils la mailleure longévité ? Les français pas trop loin derrière ? Pourquoi les Japonais qui s’implantent aux USA ont ils une longévité d’américains ? Ce doit être les tremblements de terre, va.

    Chacun sait sans doute qu’il vaut mieux prendre des médicaments que se bouger et manger bien voire ostraciser à fond les glucides pour traiter le diabète de la maturité et parfois ne pas avoir besoin de médicament.

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