Rosa Maria Da Cruz a étouffé son enfant pendant deux ans dans un coffre. Vous la condamnez ?

Bonjour

Accusé de « viols » Georges Tron, 61 ans, ancien secrétaire d’Etat éphémère et depuis toujours maire de Draveil, vient d’être acquitté. Dans un procès à très grand spectacle le procureur  avait requis six ans de prison ferme contre lui, comparant l’homme au « comte Dracula ». Où l’on voit que l’outrance ne sied ni à la manifestation de la vérité ni à la proportion des peines.

Même jour (15 novembre 2018) devant une autre cour d’assises, à Tulle (Corrèze), des  experts tentent d’éclairer, pour les jurés, le profil psychologique d’une femme qui a « caché son bébé dans un coffre de voiture pendant deux ans ».

« Déni absolu de grossesse », « dénégation d’enfant », « incapacité parentale » ? Comment une « bonne » mère de trois enfants en est-elle venue à « cacher le quatrième aux yeux du monde, avec des soins a minima entraînant des handicaps irréversibles » (AFP). Cela donne, comme toujours, à la lisière du droit, de la médecine et de l’étrange médical.

« Indemne de toute pathologie psychiatrique », « pas psychotique », manifestant « une certaine normalité », une intelligence « d’une bonne moyenne », « pas manipulatrice », et « absolument pas perverse ». Mais aussi « très immature », présentant une « immaturité affective », et une « identité féminine floue et incertaine ».

La description ainsi flottante de la personnalité de l’accusée Rosa Maria Da Cruz n’aura guère éclairé la cour sur le « pourquoi » d’une affaire de dissimulation hors normes. Mais plusieurs experts, parfois s’opposant, en ont décrit les mécanismes, évoquant une « genèse » possible dans ses maternités traumatiques précédentes (sic).

Mais encore ?  L’AFP : « L’accusée a fait preuve d’un « déni de grossesse total », a estimé le Dr Jacques Bertrand, psychiatre. Un déni caractérisé par « l’inconscience de l’état de grossesse, l’absence de signe extérieur ou physiologique, par la transparence au regard de l’entourage, et par des antécédents similaires ».

Ce déni de grossesse, a-t-il poursuivi, a été suivi d’un « déni d’enfant ». Matérialisé, pour Séréna, par « la chosification de l’enfant », la « négligence de l’enfant », avérée [ vingt-trois mois de confinement] et la « nécessité de « mise au monde » symbolique par un tiers découvrant ». [C’est un garagiste qui a trouvé l’enfant dans le coffre, en 2013]

Michel-Henri Delcroix, président de l’Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse (AFRDG) a évoqué à la barre un « déni absolu » jusqu’à l’accouchement, un cas exceptionnel selon lui, car non suivi de néonaticide.

Parmi les nombreux experts entendus à Tulle : Emmanuelle Bonneville-Baruchel, psychologue clinicienne et professeur de psychopathologie. Selon elle  une « incapacité parentale ». L’AFP : « est revenu, à maintes reprises au procès, le premier déni de grossesse. L’’’accouchement catastrophe’’ de son deuxième enfant, en 2004 au Portugal au terme d’un déni total, déjà. Mais cette fois-là, la famille sauva la mise. »

Condamner ? Acquitter ?  La psychiatrie pencherait ici, paradoxalement pour un refus de l’hypothèse de l’abolition du discernement. Rosa Maria Da Cruz encourt vingt ans de réclusion, pour violences suivies de mutilation ou infirmité permanente sur mineur de 15 ans par ascendant. Sa fille Séréna ? Placée en  famille d’accueil depuis sa découverte dans son coffre elle souffrirait, dit-on aux jurés, d’un « déficit fonctionnel à 80 % » et d’un « syndrome autistique irréversible ».

Où l’on en vient, à Tulle comme à Draveil à la même question de l’existence des monstres 1. Suivie de celle de leur condamnation par les hommes

A demain

1 Conseil de lecture : « Les monstres n’existent pas » (Editions Stock) de la journaliste Ondine Millot.

« Entre 1989 et 2000, Dominique Cottrez, mère de famille, aidesoignante, a caché huit grossesses à son entourage, et tué ses huit nouveau-nés. À chaque fois, elle a accouché seule et étouffé les bébés. Elle a gardé leurs corps à côté de son lit. Ondine Millot rencontre Dominique Cottrez cinq ans après son arrestation. Une relation se noue, elles se revoient. Sans jugement, mais non plus sans indulgence, la journaliste cherche à comprendre : l’enfance, les épreuves et le chemin qui ont mené aux crimes. Elle interroge la mère infanticide, son mari, ses deux filles adultes, ses proches. Au-delà du fait divers, son récit au coeur de l’intime avance au fil de ses découvertes : les monstres n’existent pas. Seuls existent le silence, la détresse, la violence que l’on reçoit, et que l’on transmet ensuite aux autres, aux autres et à soi. »

Une réflexion sur “Rosa Maria Da Cruz a étouffé son enfant pendant deux ans dans un coffre. Vous la condamnez ?

  1. L’existence des monstres …? Comment se fabrique un monstre ? Comment passe t on d’humain à monstre ? « Grace » à combien de hurlements refoulés ? « Grace » à combien de mains qui ne se sont pas tendues ?
    Mais qualifier ceux-là de monstres est plus facile, moins dérangeant que d’agir pour éviter le passage à l’acte. Et aussi parce qu’alors nous sommes obligés de voir qu’il n’y a pas de frontière solide entre nous et « le » monstre.

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