Pourquoi gendarmes et policiers se suicident-ils désormais beaucoup plus que par le passé ?

Bonjour

Il y a quelques jours un gendarme de la Garde républicaine mettait fin à ses jours dans les jardins de l’hôtel Matignon, résidence historique du Premier ministre et cœur battant de l’exécutif. « Malaise » écrivit Le Figaro (Jean Chichizola ).

Il y a quelques jours Maggy Biskupski, présidente de l’association des policiers en colère se suicidait – avec son arme de service à son domicile- au lendemain du 11 novembre. Malaise généralisé dans tous les espaces médiatiques et politiques français.

 « Vite une Commission d’enquête » sur les suicides des policiers et des gendarmes, pour « agir contre cette souffrance »réclama dans un tweet le député de La France insoumise Alexis Corbière – citant, pour l’année 2017, le chiffre de cent-trente-cinq suicides dans leurs rangs. Où l’on voit les Français insoumis en appeler à la mécanique dominante pour alléger la souffrance des gardiens des l’ordre.

Sur un tel sujet, Le Monde (Nicolas Chapuis) :

« Faut-il interpréter le choix du lieu (de travail) ou de l’arme (de service) comme un message sur les conditions de vie ou le mal-être des policiers et gendarmes ? Impossible à dire tant les raisons d’un passage à l’acte sont intimes, complexes et personnelles. Mais au-delà des situations individuelles, c’est bien le chiffre global qui envoie un avertissement clair chaque année : en 2018, on dénombre déjà 61 personnes qui se sont suicidées au sein des forces de l’ordre.

L’année est particulièrement difficile pour les gendarmes, qui comptent déjà 31 morts dans leurs rangs (contre 16 à la même époque en 2017). La police connaît, de son côté, un très relatif répit après la série noire de 2017 (46 morts en novembre dont une terrible semaine avec 8 décès), avec 30 morts à ce jour en 2018. Des variations statistiques macabres qui ont peu de sens, tant la tendance est lourde : depuis deux décennies, entre 60 et 70 membres des forces de l’ordre se suicident chaque année, sur une population de quelque 150 000 policiers et 100 000 gendarmes. Un chiffre bien supérieur à celui des victimes de crimes et d’accidents, une dizaine de morts par an. »

Souffrances

Les statistiques officielles ne sont pas nouvelles qui auraient pu conduire à de véritables politiques de réduction des risques. « Après la vague d’attentats de 1995, qui avait mis à l’épreuve les troupes, la police nationale s’était dotée l’année suivante d’un service de psychologues cliniciens, qui sont aujourd’hui 89 sur l’ensemble du territoire. La gendarmerie lui avait emboîté le pas en 1998, avec un dispositif d’accompagnement qui réunit à ce jour 38 personnes, rappelle Le Monde. Les plans ministériels se sont également succédé, depuis 2000, avec une dernière mouture en mai 2018 qui insiste sur la mobilisation de chacun (collègues, chefs de service, médecins…). La direction générale de la gendarmerie nationale a organisé jeudi 15 novembre une journée d’échanges sur le même thème. Mais rien n’y fait : le risque de suicide chez les forces de l’ordre est invariablement plus élevé que dans le reste de la population, de l’ordre de 36 %. »

Nombre de policiers pointent également du doigt la responsabilité politique, avec notamment la question des conditions de travail et le cumul de plusieurs millions d’heures supplémentaires, provoquant fatigue et découragement. Les forces de l’ordre tentent notamment de travailler autant sur la prévention que sur la « postvention ». Les équipes de psychologues se rendent dans les commissariats touchés par le suicide d’un collègue  – pour, écrit Le Monde, conjurer un éventuel « effet Werther »référence au phénomène des suicides mimétiques qui suivit la publication des  Souffrances du jeune Werther dans l’Europe du  XVIIIe siècle.

Faut-il raisonnablement, au XXIe, user ici du verbe « conjurer » ? Une « marche blanche » sera organisée place du Trocadéro à Paris, le 24 novembre, en mémoire de Maggy Biskupski

A demain

@jynau

 

Une réflexion sur “Pourquoi gendarmes et policiers se suicident-ils désormais beaucoup plus que par le passé ?

  1. J’ai une réponse, mais pas d’étude scientifique.

    Parce qu’on les utilisent pour taper sur des citoyens qui ne font que manifester leur colère ?

    Parce qu’ils voient des collègues qui tuent des jeunes juste parce qu’ils peuvent ?

    Parce que c’est devenue une milice aux ordre d’un pouvoir au abois ?

    Ce sont des hypothèses de départ.

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