Complexité : Sidra, hôpital milliardaire du désert et, en même temps, le désert médical français

Bonjour

Où exercer la médecine sans être déraciné ? Hier les sables déshérités de Marolles-les-Braults (Sarthe). Ce soir une dépêche de l’Agence France Presse mandée de Doha (Qatar). Où l’on apprend que « quatorze sculptures géantes en bronze de l’extravagant artiste britannique Damien Hirst représentant les visions de la croissance du fœtus, de la fécondation à la naissance, accueillent les patients d’un hôpital. » Et quel hôpital… Cette œuvre monumentale a été baptisée « Le voyage miraculeux » : embryon et fœtus grandissant dans l’utérus pour conclure sur un bébé nu de quatorze mètres.

« Elle est la pièce maîtresse d’une impressionnante collection d’art moderne de l’hôpital Sidra [voir ici], qui ferait pâlir d’envie de nombreuses galeries du monde, nous mande l’AFP. « Nous pensons que l’oeuvre reflète bien la mission de Sidra qui consiste à s’occuper de la santé des femmes et des bébés », dit Layla Ibrahim Bacha, spécialiste des arts à la Fondation du Qatar, soutenue par le gouvernement, qui possède la plupart des œuvres d’art. »

En marge de l’Orne et de la Sarthe nous sommes ici dans un Orient qui, pour nous être économiquement proche, ne nous en est pas moins d’une extrême complexité symbolique. Au quatrième étage du Sidra Hospital une clinique ambulatoire s’illumine d’une installation de néon : « I Listen To The Ocean And All I Hear Is You » (signée de lartiste britannique Tracey Emin). Layla Ibrahim Bacha explique que les œuvres « sont destinées à créer des débats, à aider le patient à garder son calme ».

Milliards et tollé

La construction du complexe hospitalier Sidra a, nous dit-on, coûté quelque huit milliards de dollars. L’établissement a commencé à recevoir ses premiers patients en janvier – et nombre de médias ont rapporté que c’est en son sein qu’a été pratiquée avec succès la première opération de séparation de jumeaux au Qatar.

« Ce pays, riche en gaz et en pétrole, est devenu un acheteur majeur d’art contemporain et cherche à se présenter comme un centre culturel régional, rapporte encore l’AFP. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas eu de controverse sur les travaux de Damien Hirst. Les sculptures ont d’abord été dévoilées en octobre 2013, mais elles ont ensuite été recouvertes jusqu’à ces dernières semaines. La raison officielle était de les protéger des travaux de construction à l’hôpital, mais ils ont été cachés après un tollé sur les réseaux sociaux, certains tenants du conservatisme religieux refusant la représentation d’humains dans des œuvres artistiques. »

« Nous ne nous attendons pas à ce que tout le monde les aime, nous ne nous attendons pas à ce que tout le monde les comprenne, commente Layla Ibrahim Bacha. C’est pourquoi ils sont là pour créer un élément de débat et de réflexion. » Où l’on entend un Qatar d’une complexité qui, tout bien pesé, n’a rien à envier à celle des déserts médicaux français.

A demain

@jynau

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