Conflits d’intérêts et cholestérol  : la Haute Autorité de Santé reconnaît sa relative légèreté

Bonjour

C’est un petit événement dans le monde de la quête de la transparence et de la lutte contre les conflits d’intérêts masqués. La Haute Autorité de Santé (HAS) vient d’annoncer qu’elle « abrogeait sa recommandation sur les stratégies de prise en charge des principales dyslipidémies ». Une décision prise « face au doute sur l’impartialité de certains de ses experts ». Une première.

Nous avions rapporté le 22 octobre dernier les principaux éléments de ce dossier : « Conflits d’intérêts et cholestérol : des experts de la HAS visés par une action anticorruption ». On apprenait alors que l’association Anticor avait déposé plainte au tribunal de grande instance de Bobigny pour prise illégale d’intérêt contre un groupe d’experts travaillant au service la Haute autorité de santé (HAS). Anticor (« contre la corruption, pour l’éthique en politique ») accusait ces experts d’avoir, en élaborant une recommandation publiée en 2017 sur les dyslipidémies, d’ inciter à la prescription de certains médicaments alors même que des liens financiers les unissent à des entreprises qui les fabriquent. Une affaire qui, de manière indirecte, pouvait concerner Agnès Buzyn, ancienne présidente de la HAS.

Déontologie

Aujourd’hui, au vu du recours devant le Conseil d’État de l’association Formindep demandant son abrogation, la HAS dit « avoir constaté qu’elle n’avait pas eu à l’époque connaissance de l’ensemble des liens d’intérêts de certains des experts ». Et le « non-respect des règles déontologiques de l’institution conduit à abroger cette recommandation ».

On sait que cette Haute Autorité de Santé est chargée d’élaborer des recommandations de bonne pratique pour les professionnels de santé, contribuant ainsi à la régulation des pratiques médicales. A ce titre elle est « garante de la rigueur scientifique de ses recommandations, lesquelles s’appuient notamment sur l’impartialité de ses experts ». C’est précisément pourquoi « elle s’est dotée de règles méthodologiques et déontologiques qu’elle actualise régulièrement pour tenir compte des nouveaux outils disponibles pour la transparence et la prévention des conflits d’intérêts ».

Dès lors comment comprendre ? Voici l’explication :

La recommandation publiée en mars 2017 sur les stratégies de prise en charge des principales dyslipidémies a été élaborée selon les règles déontologiques en vigueur : les membres du groupe de travail ont été sélectionnés à l’automne 2015 et en janvier 2016 après analyse par les services de la HAS de leur déclaration publique d’intérêts (DPI). Or ce ne serait qu’à l’occasion du recours de l’association Formindep devant le Conseil d’État « que la HAS a pris connaissance, sur la base de données transparence-santé alimentée par les déclarations des entreprises, de l’existence de liens qui n’avaient pas été renseignés par certains experts dans leur déclaration publique d’intérêts ». « Elle a également été informée qu’une plainte pour prise illégale d’intérêts avait été déposée contre eux ».

Transparence-santé

Et maintenant ?  La justice pénale devra déterminer avec précision s’il y a eu des omissions volontaires. Mais d’ores et déjà «  la distorsion d’informations présentes dans les DPI et sur la base transparence-santé entraîne un doute sur l’impartialité des experts qui ont participé à l’élaboration de la recommandation sur les dyslipidémies ». « C’est la raison pour laquelle la HAS décide de l’abroger et d’initier au plus vite un nouveau travail afin de fournir aux professionnels de santé une recommandation élaborée en toute impartialité fondée sur les dernières données de la science. »

Pour finir la HAS émet un vœu : elle souhaiterait « disposer des données en temps réel sur la base transparence-santé pour que l’analyse des liens au moment de la constitution des groupes de travail soit la plus précise possible ». Comment imaginer que ce vœu ne soit pas, au plus vite, exaucé ?

A demain

@jynau

 

3 réflexions sur “Conflits d’intérêts et cholestérol  : la Haute Autorité de Santé reconnaît sa relative légèreté

  1. « Pour finir la HAS émet un vœu : elle souhaiterait « disposer des données en temps réel sur la base transparence-santé pour que l’analyse des liens au moment de la constitution des groupes de travail soit la plus précise possible ». Comment imaginer que ce vœu ne soit pas, au plus vite, exaucé ? »

    Bah !
    Comment imaginer que les « Experts » n’aient pas pensé en allant statier sur les hypolipémiants, à signaler qu’ils recevaeint eux u leurs fondations / laboratoires, des sous des faricants d’iceulx hypolipémiants ?

    Ca rappelle Total et les fumées de diesel non toxiques et un expert rémunéré personnellement par Total déposant devant des parlementaires sous serment ou presque .

    Ca ressembre à de la dissimulation active.
    Je touche des sous de chez Panassay Pills, je participe à une recommandation qui concerne les indications de prescription de MagicBullet fabriqué par Panassay Pills et j’oublie de siganler que je suis gratifié par Panassay Pills.
    Mais mon avis est élaboré en toute indépendance d’esprit,

    Ca ressemble à de la grosse sottise aussi , comment ont-ils cru que ça resterait ignoré ?

    J’ai fait ceci dit ma mémoire,
    C’est impossible dit ma conscience
    Et c’est ma mémoire qui cède
    E. Nietzsche

    It is difficult to get a man to understand something when his job depends on not understanding it. Upton Sinclair (1878 – 1968)

  2. Heu, il me semble bien que la question avait déjà été posée en son temps par le formindep et qu’ils s’étaient fait envoyer bouler gentiment mais simplement…

    Il a fallut le dépôt de plainte pour qu’ils se penchent sérieusement sur la question. De toute façon l’autre à la tête de la santé pense que c’est une bonne chose que mes gens touchent de l’argent de l’industrie alors….

    http://formindep.fr/mauvaises-pratiques-des-recommandations-de-la-has/
    « Ni le déontologue de la HAS, ni la nouvelle présidente du Collège n’ont pris la moindre mesure depuis notre alerte il y a deux mois. Nos demandes ont été rejetées, aucune sanction prise contre les auteurs de fausses déclarations, aucune conséquence tirée des conflits d’intérêts qui ont entaché l’élaboration de cette recommandation. »

  3. Ces recommandations étaient à quelques détails près un copier collé des recommandations de la société européenne de cardiologie élaborées par des leaders d’opinion financés par l’industrie . Les publications sur lesquelles elles se sont fondées ont été soigneusement sélectionnées en faveur de la médicamentation des dyslipémies . Les travaux remettant en cause le rôle du cholestérol et des acides gras saturés ont été systématiquement écartés . Un bel exemple d’imposture scientifique propagée par une organisation qui devrait aider aux prescriptions fondées sur les dernières données factuelles . La HAS n’a aucune crédibilité auprès des prescripteurs.

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