Emmanuel Macron osera-t-il s’exprimer au sujet des « Humains génétiquement modifiés » ?

Bonjour

L’affaire des premiers humains génétiquement modifiés commence (enfin) à prendre de l’ampleur dans l’Hexagone. Après la stupéfaction, après les doutes et quelques indignations nous avons découvert la position ambigüe des deux Académies françaises (médecine et sciences) concernées. C’est désormais le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) qui prend la parole -et qui ne parvient pas à cacher son embarras. Une position en trois temps.

I Après l’annonce par le Dr Jiankui HE de la modification génétique de deux embryons ayant abouti, après leur transfert dans l’utérus, à la naissance de deux jumelles dont le génome serait modifié, le CCNE « réaffirme son opposition au transfert d’embryons humains génétiquement modifiés, telle qu’elle a été rappelée dans sa contribution à la révision de la loi de Bioéthique (avis 129 du 25 septembre 2018). 1 »

II Tout en reconnaissant l’importance de l’utilisation des techniques d’édition du génome  dans la recherche fondamentale sur l’embryon et l’utilisation de ces techniques sur des cellules non-germinales dans une perspective thérapeutique, le CCNE « s’inquiète qu’une ligne rouge ait été franchie à l’occasion de cette naissance inédite d’humains génétiquement modifiés, de nature à porter atteinte aux droits fondamentaux et à la dignité de la personne humaine ». Aussi le CCNE se joint-il « à la mobilisation de la communauté internationale scientifique, médicale et éthique » qui condamne les travaux du Dr Jiankui HE et les « conditions de leur communication » (sic).

III Le CCNE rappelle que de nombreuses barrières sont érigées par les nations (en France par exemple à travers la loi de Bioéthique), au plan européen et international (par la convention d’Oviedo, que la France a ratifiée ainsi que plusieurs pays). Pour autant il estime « urgent que se concrétise une gouvernance renforcée à l’échelle mondiale la plus apte à répondre aux évolutions extrêmement rapides de ces technologies ». Et le CCNE d’expliquer que « cette initiative devra associer les citoyens dont l’information aux enjeux scientifiques, médicaux et éthiques sur ces questions est essentielle ».

Résumons. Pour le CCNE des embryons humains peuvent être génétiquement modifiés (à des fins scientifiques et médicales) à condition d’être ensuite détruits. Il existe « de nombreuses barrières nationales et internationales » pour que l’on n’aille pas plus loin. Pour autant une « ligne rouge » (pourquoi rouge ?) a été franchie en Chine avec une naissance « inédite » (sic) d’ « humains génétiquement modifiés ». A ce titre il serait urgent de « concrétiser une gouvernance renforcée à l’échelle mondiale » – et ce en y associant « les citoyens ». Vaste entreprise pour ne pas dire chantier gigantesque, surhumain.

On n’attend plus désormais, sur un tel sujet, que la parole élyséenne, jupitérienne,  d’Emmanuel Macron

A demain

@jyau

1 Dans cet avis le CCNE « considère justifiée l’autorisation de la recherche sur les embryons surnuméraires (embryons préimplantatoires issus des procédures de FIV et dont les projets parentaux ont été abandonnés), y compris avec des modifications génétiques, à condition du non transfert de l’embryon ». On peut y lire d’autre part :

« Au moins deux approches techniques récentes – dont l’encadrement législatif devra être précisé ou clarifié – soulèvent des questions : d’une part, la possibilité de modifier le génome d’un embryon pendant le temps de l’expérimentation, notamment par la technique Crispr-Cas9, qui permet d’inactiver un gène précis, ou de le remplacer, et donc d’en déterminer la fonction. Cette approche pourrait être considérée comme portant atteinte à l’intégrité de l’embryon, et donc au respect qui lui est dû. D’autre part, l’établissement récent de conditions permettant de poursuivre in vitro le développement d’un embryon au-delà du 7e jour – délai physiologique de l’implantation dans la muqueuse utérine. La loi française ne fixe pas de limite temporelle au temps de culture, mais une limite tacite et respectée jusqu’à maintenant par les scientifiques est celle du 14e jour, date de survenue de la gastrulation (correspondant aussi à l’apparition des tout premiers stades cellulaires qui vont plus tard conduire à l’émergence d’un système nerveux) et limite temporelle d’une possible gémellité. Dans cette approche, on laisse se développer un embryon vivant à un stade post-implantatoire normalement inaccessible, ce qui pourrait être considéré comme un manque de respect » .

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