Valsartan contaminé : pourquoi l’Agence du médicament ne dit-elle pas tout ce qu’elle sait ?

Bonjour

C’est une affaire pharmaceutique sans précédent : le retrait massif des médicaments à base de valsartan  « en raison de l’identification de la présence éventuelle d’une impureté » [23 spécialités commercialisées par 11 firmes différentes soit 60% du marché] ; une disponibilité du valsartan désormais « très réduite » ; des professionnels de santé invités à « se mobiliser » pour « épargner les  stocks résiduels » afin de permettre aux patients prioritaires de continuer à bénéficier de leur traitement.

L’Agence nationale de sécurité du médicament a donné ce matin la plupart des informations pratiques nécessaires à la gestion de cette situation de crise médicamenteuse. Reste les informations non délivrées et dont on ne peut imaginer que cette puissante Agence ne les possède pas. Dans le désordre : les origines précises, la chronologie, la dynamique et les causes connues de cette contamination pharmaceutique; les actions engagées (à l’échelon national et international) pour situer les responsabilités et les éventuelles culpabilités ; les évaluations chiffrées quant aux risques auxquels ont été exposées les très nombreuses personnes qui ont consommé, souvent sur de longues périodes, les spécialités concernées.

Sans doute ces questions ont-elles déjà été posées par différents médias à l’ANSM. Les réponses sont attendues avec une impatience certaine.

A demain

@jynau

4 réflexions sur “Valsartan contaminé : pourquoi l’Agence du médicament ne dit-elle pas tout ce qu’elle sait ?

  1. Ah vraiment ? Puissante ANSM ?
    On peut s’interroger, et je n’ai pas de réponses :
    n’a-t’elle pas dans la crise du Lévothyrox avoué à demi-mots et parfois expressément qu’elle ne disposait notamment pas de certains moyens techniques ? quid des réseaux d’information ? quid des relations avec les organismes d’autres pays et l’EMA ? de quelle nature et de quelle transparence sont-elles ? quid de l’immensité du monde des produits à surveiller ? quid de…

    Je remarque que sur les sites d’agences anglophones l’information semble être sortie deux ou trois jours plus tôt … par exemple https://www.fda.gov/Safety/Recalls/ucm626802.htm

  2. Par ailleurs, pour éviter les affolements inutiles (que je lis sur les réseaux sociaux) parmi ceux qui sont sous Valsartan et qui vous lisent, je reprends ici le commentaire de votre confrère le Dr DD (qui ne m’en voudra pas de le citer), sous son propre article :

    « Une comparaison pourrait vous aider à comprendre pourquoi il est inutile de s’inquiéter : il est bien plus dangereux de faire rissoler un aliment dans une poêle avec de l’huile, car les quantités de nitrosamines (les impuretés en cause dans le médicament) libérées par cette cuisson à haute température sont bien supérieures à celles potentiellement présentes dans les lots de médicaments concernés.

    Ces nitrosamines détectées ne constituent pas vraiment un danger, mais un défaut de fabrication qui rend le produit impropre à la vente. L’Agence du médicament doit donc à la fois informer le public, rappeler les lots concernés en stock dans les pharmacies, et rassurer sur l’usage des lots de médicaments concernés déjà délivrés aux patients, ce qui n’est pas simple !

    On pourrait résumer le problème autrement : ces lots de médicaments sont impropres à la vente, mais pas à la consommation, un peu comme un produit alimentaire périmé depuis la veille. Je comprends bien que cela paraisse bizarre, mais c’est la réalité »

    En espérant que l’optimisme est vraiment de rigueur.

  3. Depuis le milieu de l’été 2018, la chronologie et les causes semblent assez claires.
    Il est important de savoir que le processus de fabrication de la molécule est relativement complexe : environ 17 étapes de procédé.
    Le fabricant du princeps est Novartis ; le produit ayant été développé par Ciba (avant la fusion de 1996).
    1/ En 2012, il y a eu une modification d’une des étapes de procédé par un fabricant alternatif du principe actif.
    2/ Un amendement au dossier d’enregistrement du principe actif a été déposé auprès de l’EDQM (Pharmacopée Européenne / Conseil de l’Europe).
    3/ A priori, l’amendement ne décrivait que la modification du procédé mais ne décrivait aucune modification des méthodes analytiques. Cependant, le changement de solvant aurait dû induire une modification des méthodes analytiques puisqu’un solvant différent crée potentiellement des produits secondaires différents.
    4/ Au nom de la protection de la propriété intellectuelle des procédés, les clients du fabricant chinois du principe actif n’ont disposé que du certificat CEP émis par l’EDQM. Néanmoins, il est à noter que les clients peuvent légitimement demander à mieux connaître les détails du processus de fabrication du produit qu’ils achètent. De même, dans le cadre d’un audit fournisseur, il n’est pas inopportun de vérifier l’adéquation des contrôles (y compris des méthodes analytiques).
    5/ Les clients se sont approvisionnés en principe actif chez le fabricant chinois, sans savoir ou sans comprendre que les méthodes analytiques utilisées pour le contrôle qualité du produit n’étaient plus adaptées au procédé de fabrication effectivement mis en œuvre.

    Quelques remarques :
    a/ L’EDQM a sans doute failli. Néanmoins, il faut savoir qu’un dossier d’enregistrement est TRÈS volumineux. Qu’à minima, la description de l’amendement devrait être suffisamment clairement décrite afin d’en permettre une évaluation efficace. Visiblement la FDA (USA) n’a pas été plus perspicace sur ce sujet (à confirmer). Que ceux qui critiquent se rappellent que souvent ils critiquent également les « lenteurs administratives ». La complexité des processus relatifs aux produits pharmaceutiques implique des délais relativement important pour gérer les modifications.
    b/ La responsabilité du détenteur de l’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) est toujours engagée, quelque soit le fauteur réel du trouble (par exemple: fournisseur, façonnier, …).
    c/ En conséquence, il n’est pas normal que les détenteurs d’AMM se retranchent uniquement derrière le seul CEP. Ils portent une responsabilité car ils ont une obligation de supervision (oversight) de leurs processus et de leurs produits, cela incluant l’approvisionnement et la qualité des matières premières engagées (en l’occurrence : principe actif) et la fiabilité des fournisseurs.

    Conclusion
    1/ D’un point de vue de santé publique, ce problème de traces de nitrosamines n’est pas grave (Bobinette a raison ; cf. commentaire précédant).
    2/ En revanche, d’un point de vue réglementaire, ce cas d’école montre les limites des certificats délivrés par des autorités de contrôle. Nous avons à faire à des processus de plus en plus complexes et les évaluateurs dans les agences réglementaires ne peuvent pas être spécialistes de tout. Il est donc nécessaire que les fabricants soient beaucoup plus transparents dans la manière de décrire les amendements qu’ils soumettent aux agences.
    3/ Les détenteurs des AMM doivent arrêter de « se cacher derrière leur petit doigt ». Ils sont responsables (accountable) vis à vis du patient des produits qu’ils mettent sur le marché. Ils doivent connaître et comprendre le produit, le processus de fabrication (et, par voie de conséquence, les procédés / méthodes analytiques afférents), et les exigences réglementaires applicables.

    Mieux connaître le produit et les procédés (fabrication et analytiques) demandent des efforts, que beaucoup de génériqueurs ne souhaitent pas fournir (car cela coûte cher). Il serait bon que les gouvernements occidentaux et les caisses d’assurance maladie comprennent que le coût des médicaments n’est pas dû aux seuls profits des fabricants. La qualité du médicament à un coût et la délocalisation des fabrications est une fausse économie. Cela répond seulement à une vue court-termiste qui sur le long terme ne manquera pas d’engendrer de coûteux problèmes de santé publique.

    Disclaimer:
    Je ne travaille pas pour une agence réglementaire.

  4. Pour compléter le tableau.
    Il est à remarquer que les différentes formulations de Valsartan produites par Novartis ne sont pas concernées par les rappels de lot.
    En revanche, certaines formulations commercialisées par Sandoz (filiale générique de Novartis) le sont.
    En conséquence, il est facile de déduire que Sandoz ne s’approvisionne pas toujours auprès de sa maison mère lorsqu’il s’agit de générique de Novartis !!!
    Quel dommage ! …

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